CHAPITRE HT. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) !Jo
répétition et de Tordre des représentations associées. « La grande loi de rhabilude, dit James, fait que vingt répétitions nous mettent à même de nous rappeler une chose mieux qu*une seule répétition, et une longue habitude d'errer rend impossible la pensée exacte » et puis, ajoute-t-il, « l'association est entre les choses qu'on pense ; ce sont les choses, et non pas les idées qui sont associées dans l'esprit » (i). C'est dire que l'ordre des associations ne dépend pas de l'intérieur. Bien plus ils reconnaissent dans la répétition, la condition même de la mémoire, du souvenir, et par suite, de l'association des idées. « Il est devenu populaire, dit James, qu'une impression est mieux rappelée dans la même mesure où elle est : i** plus récente ; a* plus vive ; 3* plus répétée » (a). *
La part de la propriété nerveuse se réduit donc à bien peu de chose, même d'après les partisans de la thèse physiologique. Et. si Ton ajoute encore que cette propriété est un élément constant, donné avec l'homme et, par suite, sous-entendu, alors même quel'association de représentations n'a pas lieu, il s'ensuit qu'elle devient de ce fait encore négligeable. Puisqu'elle ne nous dit rien sur les conditions spéciales de l'association, puisque la répétition, l'attention et l'ordre extérieur des choses qui nous en disent tant (3) ne dépendent pas d'elle, et puisqu'elle est toujours donnée, soit qu'il y ait association d'idées, soit qu'il n'y en ait point, on ne peut que la mettre hors du calcul de l'association mentale. Elle ne fait que représenter la condition physiologique de la vie mentale, la matière informe, qui doit être modelée par des circonstances spéciales afin que le phénomène spécial de l'association ait lieu. C'est donc le violon aux mains de l'artiste qui. s'il rçnd possible les accords, les mélodies qu'on joue sur lui,
(1) Op. CU. p. 552.
(2) Ibidem, p. 664.
(3) «L'habitude appanft avec et par la société. Elle résulte de la répétition du semblable dans la vie humaine. Sans la répétition du semblable, il n'y aurait ni mémoire, ni connaissance. > G. Schmoller, op. cit. p. 49.
ao6 LIVRE n. — rapports entre la psychologie BT !▲ SOCIOLOGIE
ne peut dire absolument rien sur la complexité cérébrale de Tartiste, qui produit ces harmonies et ces accords.
Cependant nous nous garderons bien d'aller jusqu'à dire que c'est parce que les idées doivent avoir leurs lois propres que l'association des idées n'a aucune base physiologique. M. Durkheim pense qu'il serait faux de dire que « les idées se lient parce que les points correspondants de la masse cérébrale sont eux-mêmes liés matériellement n. Mais ainsi il se met en contradiction avec le fait incontestable relevé par Wundt : la disposiUonJonctionneile qui continue matériellement les représentations psychiques. 11 n'existe pas de raison valable d'être en désaccord avec Wundt. Car s'il est vrai que l'affinité des idées est intrinsèque, cela n'empêche pas ces affinités de se traduire dans le langage physiologique, c'est-à-dire dans un complexus de lignes cérébrales, liant matériellement des poiiits cérébraux correspondant aux idées elles-mêmes. C'est, donc, que si l'ordre des idées n'est pas d'origine intérieure mais extérieure, il peut bien s'inscrire matériellement et se conserver sous cette forme matérielle. De la sorte, on n'a pas besoin de la conception insoutenable, à laquelle a recours cependant M. Durkheim : une vie psychique immortelle qui se continue indépendante de tout lien avec la matière organique. Car, comme le dit Hôfiding, <( il n'est point besoin d'admettre que chaque représentation ait une sorte d'immortalité individuelle »(i). Au contraire on peut s'imaginer les représentations, inscrites physiologiquement et se conservant sous cette forme, jusqu'à ce qu'un stumulus nerveux les éveille en mettant en branle des dispositions fonctionnelles correspondantes. C'est ainsi que l'ordre intérieur conserve physiologiquement, et reproduit physiologiquement, l'ordre extérieur de quelque nature que ce soit. « Les séries d'images, d'abord présentées comme choses extérieures, deviennent ensuite images internes. »
(!) op. cit. p. 187.