‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 77 sur 153 · CHAPITRE lU. — LA MÉMOIAE (RÉTENTION · texte numérisé non relu

CHAPITRE lU. — LA MÉMOIAE (RÉTENTION

plique la mémoire, Tassociation par ressemblance, par les nécessités pratiques de la vie. C'est Tactivité qui conduit à l'habitude, « car le mécanisme moteur une fois monté fonctionnera invariablement de la même manière. On peut supposer des perceptions aussi différentes que possibles, si elles se continuent par les mêmes réactions motrices..., quelque chose de commun s'en dégagera » (i). C'est donc que l'activité pratique rend possible l'unité de la conscience. Dans les habitudes motrices, dans la phase de la vie psychologique simplement rêvée, où l'activité ne se déploie pas encore, « pour régler l'effet des ressemblances et par conséquent de la contiguïté, la perception actuelle se dissout en une infinité de souvenirs également possibles » (a). Il y a là comme une contre-épreuve du' fait que sans l'activité pratique l'unité du moi s'évanouirait et l'associatioh des idées serait absolument irrégulière. Dans le même sens, M. Ribot remarque à plusieurs reprises qu' « à l'origine l'abstraction est régie par des causes pratiques » (3). Le même point de vue est soutenu par Hôffding. « L'intérêt et l'attention que cet intérêt provoque jouent un rôle essentiel dans le cours de nos représentations. A l'origine, certaines fins et certains intérêts pratiques font baisser le plateau au profit de certaines représentations » (4).

De cette manière donc se vérifie la thèse de Kant, qui est aussi la nôtre, savoir : que l'unité de la conscience trouve son explication dans le monde de Tactivité pratique qui est la société. En même temps, nous avons là l'origine sociale de l'attention, cause elle-même d'association des représentations.

D'autre part, nous trouvons également dans la psychologie contemporaine le moyen d'expliquer comment la conscience individuelle dérive indirectement de la société. Sociologues et

(1) Matière et mémoire, p. 175.

(2) Ibidem, pp. l«!-183.

(3) L'évolution des idées générales, p. 109.

(4) Op. cit. p. 212.

a I a LITRE U. — RAPPORTS ENTRE LA PSTGH0L06IE ET LA SOCIOLOGIE

psychologues tombent d'accord pour reconnaître que la conscience morale de Tindividu est déterminée par la constitution et la forme de la société. A notre tour, nous suivrons les indications données par Kant, et tâcherons de montrer que la conscience morale se forme en même temps que la conscience individuelle proprement dite. Nous dirons donc que Ton est conscient réfléchi, parce que Ton a été contraint d'être moral, et non inversement. Dans le même sens. M. Bernés est d'avis que la morale réfléchie a pour antécédent une morale sociale qu'on ne saurait historiquement résoudre en une série de jugements individuels.

D'ailleurs, d'une façon générale, la morale, qu'estr-ce? sinon la cohérence et la régularité de- la conduite, l'unité de la vie. L'unité de la conscience proprement dite n'est que l'écho de la conscience morale. Dithley relève bien l'eff'et qu'a sur les commencements du développement de la personnalité humaine, le pouvoir régulateur de la conscience morale de la collectivité (a). En somme donc, la conscience morale est faîte d'éléments absolument pareils à ceux de la conscience proprement dite, au point que la question qui nous préoccupe peut passer indifféremment du domaine de la psychologie* à celui de la morale. M. Lester F. Ward pense, lui aussi, que le problème de la morale tient à celui de la sociologie. D'autre part, dans la société, dit cet auteur, il faut voir un dynamisme psychologique » (3). Les faits sociaux, selon M. de Roberty, s'identifient avec les faits psychiques », et les faits sociaux dérivent des faits moraux n (4)*

(1) Article de la Revue Internationale de Sociologie, 1896, pp. S92-693.

(2) Op. cit. p. 79.

(3) Compte renda de la Revue Philosophique, 1894, (I), p. 180. <4) Le Bien et le Mal, pp. 65 et 66.

Page 1