CHAPITRE lU. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) 2I
vement de la cohésion des représentations, c'est d'examiner comment ces organes sociaux nous transmettent les perceptions, et dans quel ordre.
La Famille : Les observateurs et les psychologues reconnaissent que : « Au début de la vie consciente, les sensations et les appétits sont absolument isolés et épars et paraissent se présenter sans liaison intimes et sans unité (i) ». L'observation suivie des enfants montre aussi, dit-on, que « la vie psychique commence par les sensations sporadiques et indépendantes qui ne seraient réunies et reliées entre elles que peu à peu (a) ». Mais il va de soi que cet état d'incohérence psychique ne dure pas. Nous grandissons au milieu de cette société étroite, fermée, <]u*est la famille, par ses soins et surtout sous sa vigilance. i( En comptant dix impressions par seconde, on a 54o.ooo impressions dans la journée. Sous peine de disparaître rapidement, il va falloir que l'enfant débrouille le chaos d'impressions hétérogènes... C'est sous la tutelle des parents, des adultes, qu'il va, sans danger, opérer la classification des rapports » (3).
Rien de plus naturel que de recevoir d'elle la première forme de notre unité psychique. L'incohérence mentale des enfants se trahit dans leurs fantaisies indisciplinées, et surtout dans le mensonge. La discipline familiale cependant ordonne bientôt cet état d'esprit. Mais l'acquisition mentale la plus importante, qui se fait dans la famille, est le langage, les mots, ces formes multiples de l'intuition, qui nous permettent de réunir nos sensations de lieu et de temps dans des faisceaux définis : les perceptions ou les notions. On voit déjà, assez clairement, par là, combien étroit est le parallélisme entre la perception, le mot, la suggestion : ces trois éléments ne constituent, en somme, qu'un seul et
(i) HômiKG. Op. cit. p. 178.
(2) ViERORDT. Physiologie des Kinderaltes, pp. i57-l69.
(3) Patot. Lac. cit. p. 626.
a e8 livre n. — rapports entre la psychologie et la sociologie
même fait, vu dans ses trois moments constitutifs. C'est une des manifestations du parallélismeentre la psychologie et la sociologie. Non seulement les mots, mais encore les premières formes du discours, de la pensée, quoique rudimentaires et vagues, ont été déjà données dans la famille. Les conditions de la vie de Tenfant le forcent, par cette nécessité absolue, à priori, immuable, qu'indiquait Kant, à s'approprier les mots et leurs premières formes de combinaisons en usage dans la famille. Aussi la famille doitelle être la première étape de cette conscience transcendantale d'où dérive la conscience empirique de Tenfant.
U école et V église, — La tâche de la famille est reprise et poursuivie par récole et l'église. De sept à vingt ans, ou plus tard, récole entreprend de nous meubler l'esprit d'un grand nombre de concepts bien définis et qui se lient logiquement entre eux. Ou bien, dans la terminologie de Kant, l'école et l'église continuent à définir et à parfaire les formes de l'intuition, en mettant à notre disposition, en même temps, des formes de plus en plus précises de pensées et par suite des catégories de plus en plus exactes.
Tout d'abord, l'école nous présente les idées de même tournure, liées entre elles comme par une nécessité objective. Le sujet doit toujours s'accompagner d'un prédicat et de tel attribut, déterminé. La coordination, la cohésion des idées, encore trop lâche en famille, se resserre à l'école qui prétend apprendre la logique. Lorsqu'en dépit de leur cohésion, le lien qui attache les idées menace de disparaître, l'école est munie de moyens préventifs, coercîtifs, pour lutter contre cette défaillance : des sanctions de toutes sortes formant comme un arsenal pédagogique bien connu par les élèves inattentifs.
On va à l'école pour chaque jour assimiler une quantité donnée d'idées, dont la liaison même, dite logique» est déterminée rigoureusement d'une certaine manière.