‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 81 sur 153 · CHAPITRE in. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) aig · texte numérisé non relu

CHAPITRE in. — LA MÉMOIRE (RÉTENTION) aig

Vous ne pouvez rien changer d'essentiel: les détails tout au plus restent à votre disposition. Si vous ne retenez pas Tordre précis de Tenchainement déterminé des idées, dans un^définition géométrique ou grammaticale, lorsqu'on vous fait faire la preuve, toute une série de conséquences désagréables vous attendent. L*amour-propre, développé et excité, alors, est blessé. Au contraire, des satisfactions bien vives vous attendent si vous avez été assez attentifs et si, dans une leçon d'histoire, vous avez retenu Tordre logique ou chronologique exact des idées. Bien plus, TEcole a inventé des preuves ultérieures pourqu'elle puisse constater, après un laps de temps plus ou moins long, le degré d'attention que vous avez mis à assimiler ces idées dans leur ordre. Elle vous traitera selon que votre esprit sera plus ou moins 'fidèle à Texamen de fin d'année, aux concours, au baccalauréat, etc. Les idées qu'on vous demande d'assimiler peuvent être en ellesmêmes et entre elles aussi différentes ou aussi semblables, aussi concordantes ou aussi opposées que possible, elle vous demande non pas de vous en enquérir, mais de les acquérir ainsi. Donc, le facteur qui se détache parmi les conditions de l'association des idées, c'est Vattention queTécole sait éveiller et développer par des moyens appropriés.

Un autre facteur de la liaison des idées, non moins important, c'est la répétition. En effet, lorsque l'attention défaille et ne suffit pas à cimenter définitivement les idées dans Tordre exigé, Técole ajoute la répétition. Dans les études, donc, la répétition supplée Tattention. D'autre part, quel que soit l'intérêt qu'on ait mis pour s'assimiler une série d'idées, dans leur ordre donné, le lien mental perçu se relAche avec le temps. Il pourrait même disparattresi on ne le renouvelait et rétablissait par la répétition. Ce n'est que la répétition des textes è maintes reprises, dans la vie, qui garantit la liaison des idées correspondantes. Seule la répétition de nos connaissances peut combattre les conséquences du temps. On a dit depuis l'antiquité repetitio mater studiorwn.

aaO LIVRE U. — RA.PPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA. SOCIOLOGIE

Ainsi la répétition est une cause de l'association des idées aussi fondamentale que l'attention. Comme l'attention, elle est l'œuvre de l'Ecole tout d'abord. Elle non plus ne dépend ni des différences, ni des ressemblances des idées, mais des sanctions que l'école applique à ceux qui n'ont pas gardé les idées assimilées, dans leur ordre essentiel, précis, et c'est ainsi que l'école fixe peu à peu, les formes de notre pensée et nous met à même de penser par des catégories bien précises et nettes . L'Eglise à laquelle l'Ecole d'aujourd'hui se substitue et dont on apprend par cœur le catéchisme avant d'être admis à la communion, ne procède pas autrement pour retenir ses fidèles : les liens sont de nature fort voisine, ici et là.

Uatelier, Vusine et la caserne, — Ce que façonne le plus évidemment la vie sociale, c'est bien notre activité. L'enchaînement de nos actes est déterminé donc effectivement par nos conditions sociales. Si chaque action ou manière de faire nous place dans un état d'esprit particulier, il est sûr que Tenchainement de nos actes détermine l'enchaînement des états d'esprit correspondants. C'est ainsi que Vatelier, ïusine, la caserne viennent, par un autre procédé, reprendre l'œuvre de la famille et de l'Ecole, et parachever la cohésion de notre esprit, la cohérence de nos associations d'idées . En modelant nos actes, en les rendant cohérents, l'atelier, l'usine, la caserne contribuent à rendre cohérentes nos idées.

Dans l'atelier, par exemple, les objets nécessaires à la vie se décomposent dans des séries précises d'actes particuliers, solidaires, associés toujours dans un ordre nécessaire. Pour confectionner un de ces objets, il faut intégrer la série complète et, dans leur ordre préalable, tous les actes ; pour achever une paire de chaussures ou une maison, il faut accomplir toute la série des actes indispensables, qui se tiennent entre eux par une logique immuable, sous peine d'échouer, si vous ne vous y conformez

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