CHAPITRE IV. — l'abstraction ET LA VOLONTÉ a4l
abstraction des difTérences individuelles qu*il couvre précisément en généralisant la partie semblable abstraite. L'invention pratique fait plus ; elle ne fait pas seulement abstraction des différences individuelles, mais elle les fait disparaître réellement, car elle élimine d*abord tous les éléments opposés ; ensuite tous les éléments différents mais conciliables qui rentrent dans la synthèse.
Puis, les produits de la manufacture, surtout de la machine^ facture se remarquent précisément par leur parfaite ressemblance formelle autant que qualitative ; et ils se répandent et se généralisent au sein de la société. Si la nature ne produit pas deux brins d'herbe semblables, la manufacture, l'industrie ne produit que des choses semblables et qui puissent se superposer. Il résulte donc bien que l'unification économique est l'idéal, le type même de l'unification psychique, qui s'exprime dans l'abstraction. Au moins, les quatre moments de l'abstraction, la discrimination, l'élimination du différent, la synthèse du semr blable, la généralisation se retrouvent dans l'acte d'invention, qui constitue le progrès de l'unification économique. Tout comme on dit, en psychologie, que l'abstraction et la généralisation sont les deux aspects du processus psychique, M. Tarde a pu dire que : « l'invention et l'imitation sont l'acte social élémentaire )) (i). Or, l'abstraction est plus spécialement identique à l'invention, et la généralisation est la propagation et le triomphe de cette invention. •
L'unification politique et juridique. — Voyons maintenant si les résultats du processus de l'unification économique sont confirmées par l'unification politique et juridique.
(1) Ut lois de IHmiiation, p. 157.
a^a LivAE n. — ra.pports entre la psychologie et la. sociologie
En général, le processus d'unification, qui suit la différenciation des règles de conduite et des règles juridiques» ne s'éloigne pas beaucoup de Tunification économique. En effet, lorsque l'intégration de plusieurs sociétés en une seule met en circulation, au sein de cette société, une multiplicité de règles morales et juridiques, qui se contredisent ou sont simplement différentes, le mouvement d'unification, de réduction ne se fait pas attendre. La condition sociale la plus favorable à ce mouvement de con* centration est une société fortement centralisée, laissée à la disposition d'un monarque tout puissant. Cette condition s'est réalisée plus d'une fois dans l'histoire. Nous n'aurions qu'à rappeler les cas les plus récents : la codification française sous Napoléon et l'unification législative et administrative sous Guillaume et Bismarck, en AUemagne. Avant ce mouvement d'unification, la législation du pays est, au fond « une justice accumulée » capitalisée. Le droit y est, depuis cette époque, assez uniforme et assez stable.
On distingue souvent l'époque du droit et de la morale philosophiques, de celle du droit et de la morale coutumière, naturelle. Le processus réducteur est, au fond, le même ; seulement dans un cas, il est beaucoup plus lent, imperceptible ; dans l'autre, il est brusque, visible, parce qu'il est concerté et réalisé dans un intervalle de temps déterminé. Il est évident que l'unification juridique, réfléchie, si elle commence avec un monarque, qui crée un état centralisé, se continue nécessairement telle, aussi longtemps que la société reste centralisée. Probablement, dans l'époque de la création et de l'unification juridique naturelle, le processus réducteur s'accomplit d'une manière très analogue à Tunification économique. Les règles juridiques s'accumulent, tout d'abord, par suite de l'intégration sociale, et le mouvement d'accumulation provoque nécessairement un mouvement d'invention, et par suite d'abstraction, c'est-à-dire de substitution. Une série de règles analogues se condense dans une seule qui se substitue à la série.