CHAPITRE rV. — l'abstraction ET LA VOLONTÉ
de la majorité. En effet, le principe de la majorité est l'instrument le plus décisif de la généralisation sociale.
De cette manière donc se réalise, dans la pratique des choses elles-mêmes, un processus psychologique et logique d'abstraction et de généralisation.
Cette logique externe, cette abstraction et cette généralisation pratiques et tout extérieures ne sont pas inintelligibles, u 11 est remarquable, dit Renouvier, que l'abstraction et la généralisation qui sont des conditions nécessaires pour construire une science quelle qu'elle soit, sont en outre des conditions spéciales pour rendre la morale possible, et cela même dans la pratique (i). » Sigwart a montré que la volonté dans son fonctionnement suit une marche parallèle très analogue à celle de la pensée h). Les méthodes que suit la volonté dans son activité éthique sont les mêmes que les méthodes de la pensée et présentent aussi les mêmes défauts (3).
Le processus de l'unification se continue absolument pareil. A la Chambre, un projet de loi, ou la nomination des ministres qui exécutent des lois, s'accomplissent d'après le même mécanisme de la majorité. Les conséquences immédiates, directes ou indirectes, en sont d'abord la création d'une vraie hiérarchie sociale, à plusieurs étapes, et, par suite, la coordination forcée des fonctions sociales; ensuite l'extension de la similitude sociale. En effet, les lois qui s'obtiennent par le mécanisme de la lAajorité sont imposées à la minorité. Les partisans des différentes minorités qui, réunis, font plus que la majorité relative, sont tenus de régler leurs actes et leurs aspirations en accord avec les lois qui ont triomphé contre leur gré. Par conséquent, bon gré, mal gré, le régime représentatif est un instrument d'égalisation, de nivellement, d'uniiormation, ce qui correspond au processus de la généralisation psychique.
(1) La science de la morale. Paris 1869, t. I, pp. 99-100.
(2) Die Logik, t. II, p. 723.
(3> Ibidem, p. 724.
aA6 LIYBE n. — RAPPORTS ENTRE LA PSYCHOLOGIE ET LA SOCIOLOGIE
Les textes de lois sont repris ensuite par les jurisconsultes, par les philosophes, et sont soumis à une élaboration ultérieure qui en tire les principes de justice absolue, idéale, qu'on appelle principes de l'égalité complète.
Les jurisconsultes et les philosophes ne font donc que mener théoriquement jusqu'au bout le processus d'uniformisation qui est, en même temps, effectivement réalisé dans le régime représentatif organisé par le suffrage universel et le principe des majorités. De fait, le travail de l'abstraction philosophique rejoint l'élaboration du suffrage universel, et se propose à celle-ci comme l'idéal à réaliser. Et ainsi, le processus d'abstraction ou de raisonnement conduit à la conception et à la réalisation de la justice absolue qui ne veut dire, au fond, que l'égalité politique idéale. Donc l'unification juridique et politique aboutit parfaitement aux mêmes résultats que l'unification économique.
Mais, si l'on cherche ce qui se passe au fond des choses, lorsque le groupe élabore sa candidature, on s'aperçoit que c'est toujours lefifort d'une personnalité décidée, volontaire, qui crée le groupe, et, par des procédés divers, trouve le moyen de s'imposer à lui. Par une énergie d'attention et par un effort soutenu, il arrive à obtenir l'adhésion du groupe, à concilier et à harmoniser ses prétentions et à lui faire faire de la propagande. Ensuite, jusqu'au jour de l'élection et ce jour-là même, le candidat doit fllre preuve d'une force d'attention, d'une énergie de volonté, d'un effort qui ne se relâche point, car ce sont bien là les seules conditions de la réussite. Si, une fois arrivé dans l'Assemblée législative, il continue à faire preuve de la même énergie de volonté, de la même attention aux affaires et aux hommes, du même effort concentré et soutenu, il ne manquera pas de se créer là-même un groupe, de synthétiser un état de choses, et d'arriver par là au banc des ministres, ainsi de s'ouvrir la possibilité de l'action, en participant au pouvoir exécutif. Dans sa nouvelle situation, il est à même de synthétiser l'état