‹ Du rôle de l'individu dans le déterminisme socialChapitre 98 sur 153 · CHAPITRE IV, — l'abstraction ET lA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV, — l'abstraction ET lA VOLONTÉ

étaient, par cela même, relevées, et le fondement des systèmes dogmatiques s'évanouissait. L'analyse corrosîve fit ainsi écrouler les thèses absolues et anéantit ce qu'avaient d'arbitraire toutes les thèses générales absolues» croyances philosophiques et concepts. En place de la hiérarchie des concepts généraux abolis se redressa le peuple des notions concrètes, individuelles. La perception individuelle» immédiate, hérita des concepts de cette aristocratie de la pensée que les sophistes détruisirent, de même que le peuple hérita de l'aristocratie sociale.

Le mouvement démocratique est donc la cause de l'abaissement de l'aristocratie, du relèvement du peuple et par contrecoup seulement il détermina aussi l'évolution de la pensée, en la faisant passer du stade des généralités arbitraires mais absolues au stade du criticisme et de l'empirisme même sous leurs formes extrêmes. La dialectique inaugurée par le régime démocratique de la vie sociale devint la vraie méthode philosophique deSocrate, de Platon... Déplus, les préoccupations philosophiques de Socrate se concentrent principalement sur l'objet de la politique, sur la morale. Mais le vrai principe de la démocratie, le suffrage, le vote du peuple dans les décisions politiques, ne passa effectivement dans la philosophie qu'avec Aristote. Lui, il fonda la logique inductive, la généralisation par induction, juste pendant, avons-nous vu, du suffrage dans les assemblées du peuple.

Dans le même sens, Dithley a bien observé que les fonctions de l'esprit, les différents concepts et les règles observables dans la science de l'esprit n'ont été dégagées que par l'exercice des fonctions sociales. Le développement résulte de l'apprentissage nécessaire du gouvernement des sociétés, fonction qui exige des coups d'œil généraux sur l'ensemble de la société (i).

Au Moyen Age, certaines tendances nominalistes, qui appa-

(1) Op. cit. pp. 26-27.

a58 LIVRE n. — bapports entre ia psychologie et la sociologie

raissent dès le X* siècle, se continuent pendant le XI* et le XII* siècle avec Roscelin et arrivent au XIV* à une prospérité inconnue auparavant avec Guillaume d'Occam, rappelant de très près le mouvement des Sophistes. Mais il ne faut pas oublier que le réalisme, la méthode spéculative déductive, domina tout le Moyen Age. La vie intellectuelle de ces temps fut dcmc partagée entre le nominalisme et le réalisme, avec prédomination du premier.

A les bien considérer, ces modes de la pensée réfléchissent exactement l'état de la hiérarchie sociale de ces temps-là. Le réalisme, l'abstraction, le dogmatisme philosophique et les méthodes logiques, déductives rappellent bien l'absolutisme de l'Eglise et de la noblesse. Et le nominalisme, qu'est-ce sinon le reflet du manque d'autorité de l'empereur, la répercussion de l'indépendance de la grande noblesse par rapport aux souverains, auxquels on ne reconnaît plus qu'une souveraineté nominale. Et cependant l'émiettement de l'autorité, la puissance de la noblesse se sont effectués par une véritable dérivation de cette même autorité centrale. La noblesse fut créée par l'empereur lui-même qui conféra des titres et des provinces à ses serviteurs distingués. Aussi la pensée de cette époque a-t-elle pris une tournure absolument analogue. Les vérités du Moyen Age étaient dérivées, elles aussi, par une simple déduction, des vérités générales de la théologie chrétienne, ou de Platon et d'Aristote. L'autorité logique venait d'en haut, au Moyen Age, puisque l'autorité sociale venait elle-même également d'en haut.

Il suffit de rappeler que le doute de Montaigne et celui de Descartes apparaissent dans l'histoire de la pensée, l'un au moment où les luttes religieuses affaiblissent la royauté, l'autre pendant et après la Fronde. De même ce n'est pas une coïncidence insignifiante que Léonard de Vinci, Telesio, Campanella, citoyens libres de la république Florentine, furent les prédécesseurs de Bacon. Et surtout le fait que la logique inductive expérimentale

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