DU HÔLE DE LA FAMILLE
notre paix intérieure* Ce ne soilt pas oes inoidentt misérables et ces imperfections â*autrtii qui s'élè^vent jusqu'à nous , c'est nous qui nous plaisons à y descendre et à y laisser périr notre repos-
Un ancien a sâgemetit remarqué que nos occupations journalières nous paraissent importantes, prises à part et en leur temps^ mais qu'ensemble et de loin^ elles se confondent dans Tinsignifiance et que le regard glisse sur elles^ pour s'arrêter à une ou ddux actions indpor tantes » Il en est ainsi de nos impatiences et de nos courts engagements contre les défauts d'autruié Nous en sommes occupés et troublés eil leur temps; si plus tard nous les cherchons des yeut, tout s'est évanoui ou plutôt tout s'est confondu danâ le souvenir indéterminé de nos ennuis.
La politesse est la forme élégante de cette pa* tienoe et de cette douceur, que nous nous devons mutuellement dans le monde. L'honneur, « qui est dans l'ordre morale selon la juste remarque d'un écrivain, ce que le sentiment de notre conservation est dans l'ordre physique » a lui-même la poiiteâse pour enveloppe et pour sauvegarde. Elle ré^ pand autour dé nous une atmosphère protectrice, qui fait obstacle aux violences d'autrui et à nos propres emportements; Il faut, pour la rompre et pùiit la traverser^ noUi^ défaire de l'habitude et le
vouloir àted résolutioâi il faut dès efforts qui àugmetiteut les dhaucés de la téflexiou et du màiu^ tien de la paix parmi les bommes. Que de foiâ la politesse udUd a sauvés d 'autrui et de nôushmâiïiéS^ eu enchaînant, par la coutume et par la douce ûé^ cessité de ses usages, c6 qu'il y a de despotique et de violent au fond de tous les cœurâ !
Vous ferëM sentir à TêcoHer l'utilité et la béaUté de la politesse, en lui montrâtit qu'elle tiè sert pâ» seulement à orner les salons, mais à pacifier la so* dété, à ennoblir la vie publique et les pratiques de la liberté. La contradiction, qui en est Tâme, Vit surtout de politesse i et c'est dans le respect dé la dignité humaine qu'est son principe et sa forcé« Une discussion polie, sur des sujets graves, est le plus beau témoignage que puisse rendre d'elle-^ même la civilisation d'un peuple libre.
C'est parce que la politesse naît du Sentiment de la dignité humaine et doit partout la respecter, qu'elle doit être égale pour tous et reconnaître, à travers toutes les altérations, l'image de l'humà^ nité. ÈSt^l un art plus odieux que celui de nuanoer la politesse et que de la dispenser selon le rang dU la fortune? Il y a peu dé noblesse à se montrer plus poli envers ceux dont ôU espère ou dont ott craint quelque chose, qu'envers ceux qui ont quelque chôslé à craindre ôti à espérer de noUô. C'est â
ce lâche calcul que se réduisent pourtant ces gradations savantes qu'un esprit éclairé dédaigne, que condamne un cœur juste. A qui ne doit-on pas la politesse ? On la doit à ceux qu'on blâme, à ceux mêmes qu'on frappe au nom de la loi. Jeffries, qui outrageait des innocents en les envoyant à la mort, n'eût pas été moins digne d'horreur s'il eût insulté des coupables, et la postérité de JeSries, qui n'est jamais entièrement éteinte, est la honte de l'espèce humaine.
Attendez cependant, pour exiger de l'enfant la politesse, qu'il soit capable d'en comprendre le sens et la dignité. Une politesse prématurée que parfois le collège produit, par l'attrait du contraste, chez des enfants pressés de ressembler à des hommes, n'est pas seulement très-ridicule, elle est dangereuse, parce que ces enfants, satisfaits d'euxmêmes, ne s'élèveront jamais jusqu'au sentiment de la véritable politesse. De tous les enfants pro* diges, chez qui la sotte et cruelle vanité des familles fait périr le fruit dans sa fleur, l'enfant prématurément poli n'est pas le moins digne de pitié.
Un autre défaut de discernement porte souvent la famille à attaquer de front la timidité de l'enfant et à vouloir l'en dépouiller par force. C'est l'œuvre du temps et il n'est pas bon de la précipiter. Cette hâte d'ailleurs n'est pas sans péril, et, en confon-
dant deux causes bien différentes de la timidité de la jeunesse, on augmente trop souvent ce qu'on veut détruire. Il est une timidité charmante, fille d'une modestie sincère, qui vient du respect d'autrui et d'une conscience exagérée de notre propre faiblesse, et qui communique à toutes les actions et à toutes les paroles de celui qu'elle possède, une inquiétude pleine de grâce. Il est une autre timidité qui naît d'un orgueil soupçonneux et d'un soin exagéré de notre propre dignité. On redoute d'être mal compris et mal jugé; on se garde de donner prise à l'opinion d'autrui et l'on se tait par orgueil comme d'autres parlent par vanité. Aucune de ces timidités n'est dangereuse, si on n'y mêle point en les combattant le découragement ou Tamertume, si on les livre avec douceur aux effets de l'expérience et du temps.
La famille doit être convaincue que l'éducation du corps lui revient presque entièrement par droit de déshérence , et que pour aucune chose son intervention n'est plus nécessaire. Il n'est point d'exercice assez attrayant et assez prolongé pour rétablir l'équilibre dans ces jeunes corps, lassés par l'immobilité la plus contraire à la nature, énervés par l'effort continuel de l'esprit. Les soins des parents et des maîtres viennent trop tard et s'épuisent dans un cercle vicieux, lorsque l'enfant,
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abandonné à de mauvaises habitudes , n'a plus de goût pour les exereices qui seuls pourraient le guérir et qui seuls auraient pu le préserver. L'i^ nertie physique et Fennui, voilà les véritables cop» rupteurs de notre jeunesse pour laquelle n'existent pas les excitations auxquelles cédait 1^ jeunesse de la Grèce et de Rome; voilà les tristes causes qui flétrissent la santé et l'imagination de tant d'en? fants, qui leur enlèvent par avance le désir de vivre et la force d'aimer.
Le plus naturel des exercices, la marche, sembb eultivé au collège, si Ton en croit les longues pro^ menades ; mais on oublie trop que la marche, sans un but attrayant et changeant à propos, n'est qu'un travail pour l'enfance. Aller régulièrement au même endroit et par le même chemin, en revenir à heure prévue, après une station d'une longueur déter* minée, est si peu un plaisir, que les écoliers s'en dispensent volontiers pour faire une lecture in té* ressante, et balancent entre la promenade et la retenue. Une promenade d'enfants doit être oe qu'on appelle une partie de campagne, et la famille doit y pourvoir, à défaut du collège. Il n'est pas de bois trop impraticables, de chemins trop escarpés, de ferme trop lointaine pour épuiser I4 vigueur d'un écolier, qui court vers un lieu qui lui platt, en compagnie de gens qui lui plaisent.
DANS L'ÉDUCATION DU CARACTÈRE. Ob
Les meilleures vacances se passent donc dans le plus beau pays et surtout dans le plus sauvage. Que le collège, que la ville, que la contrainte soient oubliés et fassent place au grand air, aux longues courses et surtout à la liberté, sans laquelle il n'est au monde personne d'heureux ni rien d'aimable. Pas de souci du costume, pas de reproche importun sur la toilette , nul regret des vêtements gâtés ou déchirés ; recherchez ceux qui ne peuvent ni se perdre ni se regretter. N'empoisonnez pas, enfin, les délices de la vie de campagne par les tourments de la vie de château. L'enfant trouverait moins tristes encore les murs du collège, autour desquels ne viennent pas errer les tentations de la nature et l'image de la liberté.
Veillez, au collège et hors du collège, à la régularité des bains froids, et que l'enfant connaisse aussi bien le chemin de la rivière que celui de la classe; mais n'oubliez pas , en même temps , que plus tôt l'enfant saura nager, plus il aimera ces bains et moins il en perdra l'habitude. Il y a, dans le plaisir de se sentir soutenu sur l'eau et de s'y mouvoir, un attrait naturel auquel tous les enfants sont sensibles , quand la contrainte ne le détruit pas et quand l'émulation l'augmente. Nager pour la pre» mière fois ressemble à la conquête d'un sens nouveau. C'est en effet la source de nouveaux plaisirs,
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qui doivent être , comme tous les autres , accrus encore par la liberté. Qua,nd Tenfant sait nager et se sent sûr de lui-même, l'enceinte du bain lui pèse et fait languir son délassement. C'est à la famille de lui donner cette liberté, en la rendant inoffensive. Nager au grand soleil , suivre un bateau , se chercher et se fuir les uns les autres, aborder dans une île , sortir de Teau pour s'y replonger, rafraîchit un jeune sang et accroît, avec la vigueur, l'appétit et le sommeil.
L'escrime peut être salutaire, si on ne laisse point se fortifier dans l'esprit de l'enfant les idées de lutte et de domination qui trop souvent l'accompagnent. Elle excelle d'ailleurs à développer le corps et à l'embellir, elle le munit de vigueur et de souplesse; par l'image constante du danger, par l'habitude de braver le fer toujours prêt à frapper, elle peut inspirer le mépris de la mort qui est d'un grand secours pour bien vivre. Il est aussi trop vrai que, malgré l'effort des législateurs, le duel peut être imposé au plus sage par des injures que l'honneur ne peut souffrir et que la loi paraît à tort impuissante à réparer.
Il n'est pourtant aucune injure qui soit au-dessus ou au-dessous de la loi dans une société bien ordonnée, et nos heureux voisins ne rougissent point de lui soumettre tous les jours des griefs
qui parmi nous ne relèvent que de Tépée. Tant que nos mœurs seront ainsi moins civilisées que nos lois, nous ferons bien de ménager à nos enfants le moyen de sauvegarder leur dignité; mais plus ils seront capables de la défendre, plus nous devons leur apprendre à respecter la dignité d*autrui. Appliquons-nous donc à les rendre d'autant plus justes et d'autant plus polis qu'ils seront moins désarmés devant l'injustice et devant l'insolence.
Il est un autre exercice qui est remis entièrement à la famille et dont elle méconnaît trop souvent Timportance. L'équitation est un des plus naturels , des plus salutaires et des plus utiles plaisirs qui puissent balancer Teffet du travail intellectuel et combattre l'amollissement du corps. On ne peut guère louer le cheval après Buffon, mais il n'a lui-même exprimé qu'incomplètement l'excellence naturelle de cette noble créature, quand elle n'est pas dégradée par un travail excessif ou par les soins ridicules qui prétendent souvent à l'embellir.
Tout est délicieux et profitable dans l'usage intelligent du cheval. Il vous élève à quelques pieds de terre et donne plus d'espace à vos yeux et à votre pensée ; çon mouvement, qui se confond avec le vôtre, vous échaufTe, vous anime, donne au sang
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un oours plua rapide et augmente le se^tiI^e^t de la vie. Si vous pressez sa course, la vive succession des images et le changement précipité des lieuiç deviennent y dans un beau pays, une source de ravissements ) purs de toute fatigue. Si vous le laissez marcher k sa guise , dans le silence d'un boiSf vous connaîtrez le charme de méditer à votre aise y bercé par son allure tranquille et par le son régulier de ses pas.
Deux choses (outre le danger que s'exagère la tendresse maternelle et que peuvent écarter les précautions les plus simples) éloignent trop souvent la famille de donner à l'enfant l'habitude et le goût du cheval : la crainte de développer en lui le goût du luxe et des amusements ruineux^ la crainte surtout de l'engager dans la société d'une folle et prodigue jeunesse. On s'exagère le premier péril, en ne séparant pas de l'usage du cheval des idées de luxe et de dépense qui n'en sont nullement inséparables, en oubliant aussi que ee qui est coûteux à Paris ne l'est pas dans la province. La seconde appréhension est malheureusement plu9 justifiée^ mais elle peut être rendue vaine aisément. Q est trop vrai que les mœurs ont fait de l'usage 4es chevaux le privilège ordinaire de la partie la v^QXW estimable de la jeunesse , et une sorte dç complément de l'ignorance, de la débauche et de
la fatuité. C'est cependant prendre l'effet pour la cause que d'en accuser les chevaux. S'ils hantent seulement les promenades à la mode , tournant au bout de vingt pas sur eux-mêmes pour refaire le même chemin ; s'ils piaffent sans avancer et étalent de préférence leurs grâces prétentieuses autour de la voiture des femmes faciles et vénales ^ ne leur attribuez pas à eux-mêmes ce mauvais goût , ces mauvais penchants et ces ridicules. Ce ne çont pas les chevaux qui font des sots et des fats ; c'est la fréquentation des sots et des fats qui compromet les chevaux.
Faites fuir à l'écolier, par l'attrait des plus charmantes promenades et surtout par la poursuite d'un but agréable, ce spectacle afffigeant de la sottise humaine, corrompant les bienfaits de la nature. Qu'il ne soit point de l'école de Néron, qui aimait, lui aussi, les chars et les chevaux; qu'il les aime en honnête homme et en homme intelligent. Mieux vaut encore avoir pour modèle le jeune paysan qui galope sans selle et sans bride, secoué par le dur serviteur de la charrue. Peu importe qu'il soit un cavalier élégant s'il est inébranlable et infatigable; peu importe qu'il ne sache pas tenir délicatement sa cravache, si en cas de besoin et en un jour de danger il n'est pas embarrassé par son sabre.
Nous voudrions aussi (comment oser le dire, après tant de contradictions impérieuses et méprisantes?) que Ton profitât de l'instinct et de Tingénieuse activité qui se remarquent chez Tenfant, pour lui donner, en Tamusant, non pas un métier, mais les éléments d'un art manuel qu'il pût à son gré développer ou délaisser plus tard. Le plaisir vif et sincère qu'il éprouve s'il a fait lui-même un de ses jouets ou s'il l'a réparé , est un avertissement de la nature qu'il est sage de comprendre et de suivre. Ce n'est pas seulement l'art du menuisier qui, selon la juste observation de Rousseau , attire l'enfant et ne lui disconvient pas. L'art du tourneur, celui du graveur, vingt autres, exercent ingénieusement et utilement ses mains enfantines et le préparent aux sentiments qu'il doit avoir un jour envers ceux de ses semblables qui vivent du travail des mains. Une petite imprimerie est à sa place parmi les jouets de l'enfant, et lui donne, avec quelques notions du plus noble des travaux manuels, un utile pressentiment de la puissance et de la dignité de la pensée.
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