CHAPITRE TROISIÈME
DB l'Éducation publique.
« Par votre institution, Spartiates^ vous ressemblez moins à des citoyens qu'à des soldats campés sous une tente. Votre jeunesse est semblable à une troupe de poulains qu'on fait paître ensemble dans la prairie sous un gardien commun. Les pères n'ont point, chez vous, le droit d'arracher leur enfant de la compagnie des autres, malgré son caractère farouche et sauvage, de l'élever dans la maison paternelle, de lui donner un gouverneur particulier, et de le dresser en le caressant, en l'apprivoisant, en usant des
DE L'ÉDUCATION PUBLIQUE. ^ 4i
autres moyens convenables à Téducation des enfants ^ »
Ce n'est pas seulement à cette espèce de haras où la race dorienne, cédant à son génie, aimait à voir grandir sa jeunesse, que peuvent s'appliquer ces belles paroles de Platon. Il y a dans toute éducation publique, même chez les peuples les plus cultivés, quelque chose de dur et de farouche que le rôle de la famille est d'adoucir et de tempérer. L'éducation de l'intelligence et du caractère sera incomplète , si une main plus douce que celle des maîtres et des condisciples n'y a laissé quelques traces; et il est, le plus souvent, facile de reconnaître celui qui a traversé une éducation publique exclusive, sans avoir été, comme dit le poëte philosophe, caressé ni apprivoisé par personne.
L'expérience seule fait connaître l'invisible rempart qui sépare le collège du monde, pour l'enfant qui n'a point d'autre famille que celle de ses condisciples et de ses maîtres. Si pendant ces jours de congé, attendus avec impatience par les écoliers et par les mères, vous voyez quelques collégiens attristés traverser en ordre les promenades publiques sous la conduite d'un maître, dites -vous, sans crainte de vous tromper, que parmi ces enfants ,