C'est rare qu'on rie de sa propre caricature
OU de mots ou de phrases jetés intempestivement, les phrases incohérentes \ les quiproquos, prolongés, agissent de cette même façon sur notre organisme auditif et sur notre mémoire. Sans celle-ci la drôlerie n'existerait pas. Le quiproquo ne divertit que parce que le spectateur sait et rétablit en lui-même la vérité qui échappe aux interlocuteurs. Lorsque le malentendu doit entraîner des conséquences graves pour les personnages en présence, l'impression se traduit en pitié — c'est le cas des tragédies : opposez par exemple la cassette de l'Avare (confondue avec sa fille) et le cas d'OEdipe. Dans tout effet comique il y a constatation d'un avantage acquis à un ou à des personnages auxquels nous nous intéressons (fût-ce nous-mème) au détriment d'un ou de plusieurs autres, soit par leur faute, soit par suite d'enchaînements imprévus ; mais il ne faut pas que le détriment aille jusqu'à une conséquence tragique pour la victime, ou jusqu'à un déséquilibrage qui menacerait l'observateur (la folie par exemple).
1. Les phrases incohérentes sont drCtks lorsqu'elles contiennent des aflirmations nettement contradictoires : par exemple un personnage de Labiche s écriant : « Toutes les femmes que j'ai aimées, cela a été pour la vie. »
Il en est de même dans le mouvement, dans les gestes soil individuels, soit collectifs. Il faut une certaine orgaiiisation dans leur incohérence voulue pour que cette incohérence produise un effet plaisant. Cette organisation consiste presque toujours à opposer à des continuités familières à la mémoire des interruptions hrusques d'enchaînements habituels ( — par exemple dans les cirques un cortège solennel qui successivement tombe dans l'eau, au théâtre des personnages de caractères variés qui tous à leur tour et d'une façon inattendue reçoivent la même douche — aux cinémas les épisodes imprévus des poursuites par la police sur les toits, dans les gares, etc.).
Dans tous les cas — et des milliers de cas analogues — la limite entre le plaisant et l'incohérent ou le pénible est extrêmement ténue. De plus elle se déplace suivant le degré de culture, l'âge ou le tempérament des spectateurs. Parmi ceux-ci il faut une certaine spontanéité de surprise : si par l'expérience ou par la réflexion ils prévoient l'application du procédé qui avait pour but de les faire rire, l'intervention subite de la mémoire nécessaire au rire ne se produit pas : l'effet est, comme on dit quelquefois, escompté : au
lieu de rire on s'ennuie ; on en veut uiènie au public moins prévenu qui se divertit bruyamment — ou quelquefois on Tenvie (ainsi en est-il souvent des personnes mûres voyant rire des enfants). Dans ce cas l'action calmante de la mémoire expérimentée, agissant par l'influence préventive, a le même effet que l'absence de logique chez les animaux, absence qui les rend insensibles à ce qui nous fait rire par drôlerie. Les animaux expriment leur gaieté par des gestes qui correspondent à notre rire expansif en cas de joie : mais ils n'ont rien qui réponde à notre rire provenant du comique visuel ou auditif : des êtres humains qui n'auraient que le genre de mémoire <les animaux, très appauvrie au point de vue qui nous occupe par le manque de langage, ne riraient probablement pas de ce qui fait rire la moyenne de ^humanité^ Pour celle-ci les règles
1. lis riraient par simple épanouissement de joie comme les animaux ont des gestes ou des éclats de voix joyeux, sans rire. Souvent les enfants eux rient sans cause. Le rire alors n'est qu'un geste de gaieté.
Le fait que des pièces qui ont fait rire plusieurs générations n'ont plus ce résultat, me paraît s'expliquer par la familiarité où nous sommes d'avance à force de lectures ou de récits, avec ce qui devrait être une surprise et n'en est plus une.
Le même fait se produit pour les inconvenances débitées sur le théâtre ou dans une assemblée nombreuse où il était de
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(le la poict'plion conservée par la mémoire s'appliquent aussi bien quand il sagil de tirer du laid on (\u difforme momentané réalisé artificiellement une impression plaisante durable, que lorsque l'art veut donner l'impression du beau. Il y faut une certaine organisation de contraste avec la réalité retenue et vite rétablie par le souvenir, organisation qui n'est pas un simple hasard, mais le résultat d'une combinaison, d'art inférieur, mais art tout de même.
— J'ai lu après coup le petit livre si ingénieux de M. Bergson sur /e Rire, Sa théorie est résumée par lui dans ces quelques lignes que je lui emprunte : « Le comique (source du rire) est ce côté de la personne par lequel elle ressemble à une chose, cet aspect des événements humains
règle (conservée par la mémoire) qu'une certaine pudeur dans les mots fût conservée.
Les premières fois que des expressions licencieuses inattendues dans ces milieux y sont lancées avec des gestes correspondants, ce sont des fous rires provoqués par la surprise, A mesure que la liberté du langage devient plus coutumière, le rire naît moins facilement de l'emploi de termes crus. Il y faut an crescendo continuel et c'est ce que nous constatons depuis que la censure n'existe plus. Mais le crescendo ne peut être éternel et quand on aura pris l'habitude de tout dire et de tout entendre en public, on aura de la peine à faire rire par la grossièreté.
qui imite par sa raideur, le mécanisme pur et simple, Fautomatisme, enfin le mouvement sans la vie. 11 exprime donc une imperfection individuelle ou collective qui appelle la correction immédiate. Le rire est cette correction même. Le rire est un geste social qui souligne et l'éprime une certaine distraction spéciale des hommes et des événements ». p. 89.
Cette définition me paraît à la fois trop exclusive, et s'exprimer par des termes empreints de quelque confusion : elle est trop exclusive même pour le genre de rire qui n'est pas une simple marque de satisfaction physique : Fautomatisme ne me semble pas la seule imperfection qui suscite le rire visé par l'auteur : j'en aperçois plusieurs autres. Je crois, je lai dit plus haut, que fait rire une imperfection que l'observateur constate et « corrige », mais je conçois ici la correction comme un rétablissement par la pensée et non comme un châtiment que semble indiquer M. Bergson lorsqu'il dit que le rire « réprime »: je suis d'accord avec lui sur la nécessité d'une imperfection constatée et réparée en pensée par l'observateur, mais non sur la nature unique et forcée de cette imperfection ni sur le mobile de
la réparation. 11 faul que celte réparation soit envisagée exclusivement par l'observateur. Si elle Tétait par le personnage observé, elle cesserait d'engendrer le comique. Il faut que ce dernier reste (ou ait l'air) de rester dupe et naïf, que, comme on dit, « il suive son idée ». S'il riait de lui-même, cela prouverait qu'il s'aperçoit de son imperfection, et son infériorité par là même disparaîtrait ou s'atténuerait. C'est son inconscience ou son ignorance affirmée par sa gravité, qui le rend drôle.
Dans ces conditions, je ne nie pas la correction parle rire, visée par M. Bergson : mais ce peut être un effet de second plan, voulu souvent par celui qui par artifice fait naître le sujet du rire, mais non recherché par l'observateur qui rit. Indirectement celui qui a subi le rire d'autrui pourra se rendre compte postérieurement du délaut qui a fait rire de lui, se sentir humilié et chercher à se corriger dans l'avenir: de même celui qui a ri pourra essayer de ne pas tomber lui-même dans le défaut qui l'a fait rire. La littérature comique agira ainsi sur les uns et les autres dans le sens d'un perfectionnement y et le castigat ridendo mores jouera un rôle social : mais tout cela sera
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éloigné des origines mêmes du rire et des conditions dans lesquels il se produit.
Celles-ci me paraissent en résumé être l'existence d'une incorrection ou imperfection chez autrui constatée et corrigée instantanément par la mémoire de robservateur, sans que cette imperfection ou cette incorrection engendre chez lui la pitié, ou la crainte, qui naîtrait de la révélation d'un danger individuel ou social résultant du défaut observé. Souvent, par contre, l'observation d'une infériorité dans autrui se traduit pour Tobservateur en sentiment d'une supériorité personnelle, et, là, le rire marque l'expression de ce sentiment de supériorité.
Il semble que la passion (dans le sens où nous prenons le mot présentement) soit le propre de l'homme, et même de Thomme relativement civilisé.
Il est curieux qu'en grec r.x^oq vienne de la même racine que T.i^r^[j.x souffrance, comme nous avons tiré la passion du latin pati (souffrir) tandis que les Latins n'ont pas eu de mot correspondant ni de même origine pour exprimer la passioîî (motus, cupido, etc., n'en sont pas Téquivalent). Le mot passion a été pendant longtemps, on le sait, usité exclusivement pour désigner la souffrance, notamment la souffrance suprême de Jésus-Christ.
Ce n'est que tardivement qu'il a pris le sens que lui donne Littré (sans indiquer l'époque ni les textes de la transition) — de « mouvement de
Jàiiie en bien ou en mal pour le plaisir ou pour la peine » — ce qui d'ailleurs n'est pas suffisamment précis, et tendrait à amplifier trop le sens du mol. Il ne faudrait pas en effet confondre, comme on le fait souvent, dans une appellation commune la simple action énergique et violente, mais passagère et ne se rattachant pas à une ligne de caractère ou de tempérance d'une certaine continuité, avec la passion définie par Condillac un désir dominant tourné en habitude'.
— Pourquoi les animaux ont-ils en général peu dépassions proprement dites? Si comme le dit Malebranche « l'amour et l'aversion sont les passions mères » {Rech. de la Vérité, V, 10) les animaux, ressentant vivement l'une et l'autre impulsion, devraient comme nous connaître la passion, si elle n'a pas d'autres sources que celleslà. Bourdaloue a trouvé une explication théologique : « Dieu a voulu punir les hommes sur la lerre, il n'y a point employé de plus terrible châtiment que de les livrer à leurs passions »
1. Traité des animaux, ch, 8 (noie) : Cf. Logique, ch. vi : '( Les désirs tournés en habitude se nomment passions. De pareils désirs sont en (}iH'l(|no sorte permanents. »
MÉMOIRE p:t passions 155
(^Trahison (le Judas, 8, p. 431), mais Texplication ne nous satisfait ni ne nous suffit.
Cependant l'analyse de la façon dont certains animaux, dans des conditions données, subissent et manifestent des excitations plus ou moins analogues aux passions humaines, pourrait quelque peu renseigner sur l'origine et les raisons d'être de celles-ci.
On pourrait observer d'abord que la violence du désir ou de l'aversion n'engendre pas généralement chez les animaux la passion au sens propre: elle se satisfait, ou non satisfaite s'engourdit pour renaître brusquement quand l'occasion se présente. Il lui manque pour être la passion humaine la continuité. Aristote avait déjà remarqué (dans l'Ethique à Nicomaque, viii, 3) que « ce qui fait que les bêtes ne sont pas intempérantes (dans le sens de déréglées — passionnées) c'est qu'elles n'ont pas la conception du général (:t'. eux ïyv, 7.a66Xoj b-zkr^-bvi) : elles n'ont que l'apparence et le souvenir des choses particulières. »
C'est le contact de l'homme avec des animaux domestiques qui semble donner à ceux-ci les caractères d'affection ou d'aversion pour les personnes humaines ou même entre eux qui sont
lo6 DU RÔLE DE LA .MÉMOIRE
le propre de nos passions d'êtres supérieurs. On voit des chiens ou d'autres animaux s'attacher avec « passion » à leuis maîtres ou à d'autres êtres vivants ou en haïr d'autres également avec passion : mais c'est presque toujours le contact de l'homme qui semble leur en avoir transmis l'habitude. La jalousie par exemple visà-vis du maître ou du logis ou de tel traitement semble le propre de l'animal domestiqué.
Il paraît bien que dans ces conditions les animaux éprouvent ce que nous appelons passion dans le sens où on emploie ce mot dans le langage courant, mais qui ne correspond pas à la définition rigoureuse de lapassion\
Les psychologues contemporains remplacent souvent ce mot passion par le mot émotion^: cela me semble un tort, car «émotion» ne dit pas ce que dit : « passion » . De ce que le xvn** siècle a employé trop couramment ce dernier mot, il ne faudrait pas le confinera un emploi trop rare dans
1. « La jalousie des êtres inférieurs (animaux, jeunes enfants) me parait réductible à i\v» émotions discontinues dans leur répétition. Mais la terminologie mal fixée, équivoque, de la psychologie affective, favorise la confusion. » Th. Ribol, hissai sîir les passions, p. l^i.
:2. Th. Ribot, Psijcholofjic des sentiments, p. 93 et Essai sur les Passions, p. '■ItiHuiw où il blâme l'abandon actuel général du mol.
la langue philosophique. Cette confusion qu'on commet souvent entre l'émotion et la passion '
1. Th. Kibol a cuntomlu assez souvent émotion et passion (nous verrons quil a tîni par les distinguer). Ainsi il écrit de la jalousie, p. 204 : «Cette passion mériterait une monographie. Elle comprend : i» la représentation duu bien possédé ou désiré, élément de plaisir qui agit dans le sens de l'excitation et de l'attraction ; 2° 1 idée de la dépossession ou de la privation (par un rival), élément de chagrin (^ui agit dans le sens de la dépression ; 3° idée de la cause réelle ou imaginaire de cette dépossession ou privation, qui éveille à un degré variable la tendance destructive (colère, haine)... »
«Cette émotion est donc un composé ternaire, etc.. » Ribot remarque d'ailleurs que « rien n'est plus vague et plus inconstant que la terminologie de son sujet ». — M. Delacroix {Psychologie de Stendhal, p. 19) fait la même observation.
Et cependant le premier devoir d'une science n"est-il pas de préciser sa terminologie ? Celle de la psychologie (et même de la philosophie en général) manque absolument de précision, d'où des discussions indélhiits qui ne peuvent jamais aboutir.
Avant de discuter il faudrait définir les termes qu'on emploie, et c'est ce qu'on ne fait pas. Même des mots comme conscience et mémoire ont des sens différents suivant les auteurs. Pour les uns la conscience suppose mémoire — ce qui au premier abord paraît évident : mais d'autres ne 1 admettent pas. Vt)ir la discussion dans (irasstt {La scioice et In j)hilosophie, p. 59). Ce qui me semble vrai c'est qu'il faut la réunion par la mémoire de plusieurs perceptions conscientes pour établir le caractère conscient de chacune de ces perceptions : la conscience naît d'une solidarité de souvenirs. Si je ne pouvais pas rattacher une perception à d'autres par des relations de temps, de lieu, de qualité ou de quantité conservées par la mémoire, je n'aurais pas* l'idée du moi, donc pas de perception consciente. « Tout ce qui en moi est ignoré de moi, est inconscient », écrit le D^ Grasset (p. 39). Donc il faut pour la conscience le concept du moi et il ne peut être acquis que par le contact du non-moi, conservé par la mémoire.
se rattache à la lacune que Tli. Ribot constate dans Tétude de la mémoire afFective. « C'est à peine, écrit-il, si l'on trouve quelques remarques éparses sur les images qui dérivent « des sensations internes, des plaisirs et des douleurs, et des émotions en général. La question de la mémoire affective reste à peu près intacte*. »
Lui-même s'attache dans le chapitre où il insère ces lignes à en commencer l'étude. « Je constate que les documents sont bien insuffisants pour se prononcer sur « la reviviscence des émotions et passions ». « L'attention des psycholo- <;ues, écrit-il, s'est concentrée sur la natuie de la mémoire afFective. Pour la plupart d'entre eux, le souvenir est simplement celui des circonstances concomitantes de l'émotion. Pour les autres il y a un souvenir de l'émotion, comme telle. » L'auteur s'est attaché « à recueillir de nouveaux documents et de rechercher » s'il n'existe pas (l'un individu à l'autre, de grandes différences dans la mémoire affective », ce qui suivant lui expliquerait les dissentiments des auteurs.
Ce qui pourrait bien expliquer aussi, à notre
1. Pfif/rh. des .scntimeitls, p. l'iO. Cf. Bourtleau, PhHoa. aff'erl. p. 80.
avis, les dlilërences des tempéraments au poini (le vue « passions ». L'enquête à laquelle Ribot sVst livré et qui lui a fourni une soixantaine de réponses individuelles, dont plusieurs assez vagues, il faut l'avouer, et l'auteur en convient, conduit le philosophe à conclure, contre l'avis de la plupart des psychologues, qu'il y a une mémoire affective réelle. « Chez les uns, elle est fausse ou abstraite, chez les autres, elle est vraie ou concrète. Chez les uns elle se ravive peu ou point, chez les autres, elle se ravive en grande partie ou totalement », et il établit que « les conditions indispensables de la mémoire sont les mêmes pour les états intellectuels et pour les états affectifs. Seulement le souvenir. affectif a ce caractère propre qu'il s'accompagne d'états organiques et physiologiques qui en font une émotion réelle ». « Il en doit être ainsi, ajoute Ribot, car une émotion sans sa résonance dans tout le corps n'est plus qu'un état intellectuel. » L'éminent psychologue pose encore — et je crois qu'il a raison — qu'il y a plusieurs types de réminiscents atfectifs, les uns partiels, les autres plus complets, mais ayant plus spécialement telle ou telle faculté de réminiscence, comme des
160 Df ROLE DK LA MÉMOIRE
impressions tristes ou craintives, plutôt que des joyeuses, ou réciproquement. Il aperçoit, sans y insister, un lien entre cette faculté et la question des caractères. « Il ne suffît pas, écrit-il, queTimpression soit vive, il faut qu'elle se fixe. Souvent elle se renforce par un travail d'incubation latente <[ui dépend du tempérament individuel. » Il cite l'exemple de Chateaubriand qui dit de lui-même : « Dans le premier moment d'une offense je la .sens à peine, mais elle se grave dans ma mémoire; son souvenir au lieu de décroître .s'augmente avec le temps, il dort dans mon cœur des années entières, puis il se réveille à la moindre circonstance avec une force nouvelle, et ma blessure devient plus vive que le premier jour » (^Mémoires, t. I, p. 78).
Voilà, je crois, un bon exemple du passage de l'émotion à la passion: on voit le rôle qu'y joue le souvenir. C'esl m quelque sorte la permanence établie dans l'organisme parla mémoire ({ui change l'affection passagère en habitude, en passion véritable.
« L'émotion, écrit encore Th. Ribot(P67/c/f. des sent., p. 12), est dans l'ordre affectif, l'équivalent de la perception dans l'ordre intellectuel, elle se
compose essentiellement de mouvements produits ou arrêtés, de modifications organiques (dans la circulation, la respiration, etc.), d'un état de conscience agréable, ou pénible, ou mixte, propre à chaque émotion. Elle est un phénomène à apparition brusque et à durée limitée. »
Dans un autre passage il ajoute, ce qui me paraît tout à fait juste : « la passion est dans l'ordre affectif ce que l'idée fixe est dans l'ordre intellectuel; c'est l'émotion en permanence ». Et dans son Essaisur les passions il complète(p. 33) sa pensée :
« La passion en raison de sa durée vit non seulement dans le présent, comme l'émotion, mais dans le passé et l'avenir. Elle se nourrit de reviviscences, de caractère affectif,... qui (p. 188) ne peuvent être des représentations sèches, mais qui sont puisées dans la mémoire des sentiments. Les passions réelles et profondes sont construites avec des images de cette espèce. »
Descartes avait bien aperçu le caractère essentiel de la passion qui est de faire durer ce qu'il appelle les « pensées de l'àme », qui pourraient aussi bien être : les impressions ou les émotions.
« L'utilité de toutes les passions, écrit-il dans les Passions de l'âîne, 2^ partie, article 74, ne
D'ElCHTHAL. 11
consiste quVn ce quelles fort i lient el font durer en l'àme des pensées lesquelles il est bon qu'elle conserve et qui pourraient facilement sans cela en être effacées. Comme aussi tout le mal qu'elles peuvent causer consiste en ce qu'elles fortifient et conservent ces pensées plus qu'il n'est besoin; ou bien qu'elles en fortifient et conservent d'autres auxquelles il n'est pas bon de s'arrêter. »
Et à propos de la passion qu'il intitule « admiration » et qui semble bien être la curiosité' il écrit encore :
« Bien qu'une chose qui nous était inconnue se présente de nouveau à notre entendement ou à nos sens, nous ne la retenons point pour cela en notre mémoire, si ce n'est que l'idée que nous en avons soit fortifiée en notre cerveau par quelque passion » (art. 7o)".
1, C'est dans ce sens que l'entend Bussuet dans (^onti. <le Dieu el de soi-même.
2. Cf. Art. 30 : « Le principal effet de toutes les passions dans les hommes est qu'elles incitent et disposent leur âme à vouloir les choses auxquelles elles préparent leur corps. » Bossuet, dit de même (Conn. de Dieu, ch. 3, ii). « Le corps est disposé par les passions à de certains mouvements, et l'àme est en même temps puissamment portée à y consentir » etch. 9, H Souvent il nous arrive d'exciter exprès (par 1 imagination) et de fortifier quehjue passion en nous-mêmes ; par exemple
I audace, ou la colère, à force de nous représenter... les motifs cpii nous les peuvent causer. Comme les passions peuvent être
Enfin il dit des veiiiis (ait. 171): u ce qu'on nomme communément des vertus sont des habitudes en l'àme qui les disposent à certaines pensées en sorte qu'elles sont différentes de ces pensées, mais qu'elles les peuvent produire et réciproquement être produites par elles... Ces pensées peuvent être produites par Tàme seule, mais il arrive souvent que quelque mouvement des esprits les fortifie et pour lors elles sont des actions de vertu, et ensemble des passions de Tâme. »
Les passions, comme les mobiles mêmes et les modes de notre activité, dont elles ne sont qu'une forme plus intense et plus continue, semblent pouvoir se rattacher à deux catégories' :
excitées et fortifiées par notre choix, elles peuvent aussi par là être ralenties. Nous pouvons fixer par une attention volontaire les pensées confuses de notre imagination dissipée et arrêter par vive force de raisonnement et de volonté le cours emporté de nos passions... »
1. Je ne titns pas compte ici des nomenclatures des passions de Descartes, de Spinoza ou de Bossuet, qui sont extrêmement désordonnées et ptu précises. « Les premiers ont, tlit Th. Ribot, procédé par méthode géoméirique et déduclive. » C'est un fait curieux que le chaos qui règne cliez les auteurs
celle d'acquisition, et celle de conservation et de défense (qui comprend au besoin l'attaque préventive).
Dans les désirs, les actes, les passions d'acquisition, il faut comprendre tout ce qui peut contribuer à maintenir et à accroître dans son milieu naturel et social l'individu tant au physique qu'au moral* : nourriture, possession et biens
dans rénumération et la classiflcalion des passions, a Descartes en admet six primitives : admiration, amour, haine, désir, joie, tristesse et il en déduit les autres qui s'élèvent à environ iO » (Ribot, op. cit., p. 2o7). Spinoza n'en admet que trois principales : désir, joie, tristesse et il en déduit les autres (au nombre de 46). Bossuet compte onze passions et les divise en dtux groupes (de G et de o) suivant « qu il y domine le désir (ou la concupiscence) — ou bien la colère — à cause de la difliculté à surmonter ou de l'ellorl à faire ». 11 joint d ailleurs à ces onze passions principales d autres qui en dérivent (Conn. de Dieu. I, VI). — Helvétius ramène toutes les passions à l'amour du pouvoir, qui est lié nécessairement à l'amour de nous-mtmes (De l'homm;, III). — M'"«de Staël dans son Influence des pas-siionii .sur le bonheur des individus ne parle que de l'amour de la gloire, 1 ambition, la vanité, l'amour, le jeu, l'avarice, livresse, l'envie et la vengeance, l'esprit de parti. Elle avait cependant aperçu un bon point de départ pour la classification dans a 1 agrandissement de soi, ce désir, qui est d une manière quelconque toujours le principe de toute action au dehors. » Sect., I, ch.8. Par là elle se rattachait à Helvétius. — Stendhal écrit dans « Rome, Xaples, etc., » i7i (cité par M. Delacroix): « Ce n'est que par des monographies de chaque passion du co'ur humain que l'on pourra parvenir à connaître 1 homme, » Lui-m.'me a s.-mblé voul(»ir : «. Faire un cahier des passions : Amour, haine, ambition « : mais il n'a traité que de l'Amour. 1. a Une passion, dit Spinoza (Eth., .'^ part, dernière explic).
MÉMOIRE ET PASSIONS IHo
matériels, commandement sur les autres, élargissement par la reproduction et la famille, ce qui suppose l'union sexuelle et la vie en commun avec un être de Tautre sexe : d'où s'engendrent par une transformation spéciale les passions d'avidité, de cupidité, d'ambition, et aussi d'amour sous ses diverses formes.
Après l'acquisition, vient la conservation, dans un milieu naturel et social où les désirs d'acquisition des autres êtres cherchent à se satisfaire au dépens de celui qui est relativement pourvu : défense contre les périls naturels, défense économique, avarice, jalousie, pouvant susciter comme passions la colère, la haine, l'agressivité préventive : le tout souvent précédé par la peur qui n'est pas un acte ni une passion, mais la constatation d'un danger apparu supérieur aux moyens actuels de défense, et qui momentanément les paralyse ; puis suivi par la joie si le souci a répondu à l'effort : par la tris-
est une idée confuse par laquelle lame affirme que le corps ou (juelqu une de ses parties a une puissance d'exister plus grande ou plus petite que celle quil avait auparavant », et dans la troisième définilionau début de la 3* partie : « J'entends par passions (atïectus) ces afifections du corps qui augmentent ou diminuent, favorisent ou empêchent sa puissance d'agir. »
tesse, le découragement ou le désespoir si les efforts de conservation et de défense tant pour les biens que pour les personnes aimées sont restés vains.
Ces dernières, peur. joie, tristesse, sont ou engendrent des affections prolongées qui ont tantôt le caractère de passions, tantôt celui dr prédispositions dominantes de l'organisme moral et physique. Sous ces différents caractères, les passions et les affections plus ou moins stables diffèrent des émotions passagères par un trait que nous avons déjà signalé et qui est essentiel : la durée et la continuité. Ce trait, elles ne peu vent le recevoir que de la mémoire. Spinoza dit dans son Eth. (3*^ part. prop. 18): « Ubomnir peut être affecté d'une impression de joie et dr tristesse par l'image d'une chose passée ou future, comme par celle d'une chose présente. » On est surpris qu'il n'ait pas poussé l'idée plus loin en étudiant le rôle que joue cette image, ou l'accumulation de ces images dans la formation et le fonctionnement de la passion. Et pouitant il avait bien observé que « nous ne pouvons rien faire par la décision de l'âme qu'à l'aide de la mémoire » et il avait finement ana-
-MÉMOIRE ET PASSIONS KiT
lysé la puissance respective des images du passé. 4lu présent et du futur (lesquelles, pour le futur, ne peuvent être qu'une réminiscence du passé projetée dans l'avenir).
Il semble qu'une analyse un peu plus serrée permette d'apercevoir clairement la façon doni la mémoire organise en quelque sorte l'émotion en passion, comme elle organise nos autres actes plus ou moins réfléchis. Elle fournit à la fois par Taccumulation et la conservation des images affectives Taliment d'énergie nécessaire au fonctionnement de la passion, et par la fixation du but à atteindre (qui également est constitué par iin ou des souvenirs), elle détermine le choix des moyens d'action à employer.
L'accumulation des images affectives va parfois jusqu'à l'obsession, au paroxysme de l'hallucination, à la frénésie : mais, même contenue dans deslimites plus modérées, elle entretient un foyer d'excitation nerveuse que le raisonnement pur a de la peine à refroidir : de là le dérèglemenl fréquent du jugement si bien indiqué par Bossuet comme « le plus grand mal des passions (jui est de nous empêcher de bien raisonner, parce que nous sommes portés par la passion,
h croire les choses par ce qu'on veut qu'elles soient, et non par ce qu'on a vu qu'elles sont en effet ».
Impuissante à arrêter le déclenchement de la passion, la mémoire suscite par l'habitude ou le souvenir les procf'^dés de réalisation qui conviennent aux différents genres d'action et dont l'expérience lui a fourni les précédents : de sorte que la passion procède dans son exécution à peu près comme les actes réfléchis, inspirés par la mémoire. Elle y met cependant par sa fé'brililé même une certaine incohérence qui décèle aux yeux de l'observateur calme l'origine de l'action adverse, et si cette action doit lui être nuisible lui donne certains avantages pour s'en défendre par ce qu'on appelle le sangfroid. Même si l'action du passionné n'est pas d'intention hostile à autrui, elle se heurte souvent par son désordre à la résistance des objets ou des lois naturelles, et par là même se désarme. L'oubli de ces conditions qui, sans la passion, auraient été présentes à la mémoire de l'être agissant et auraient dirigé son action empêche souvent celle-ci d'aboulir à ses conséquences extrêmes.
D'ailleurs la mémoire, après avoir surexcita la passion par les images condensées et emmagasinées dans le cerveau, peut intervenir dans un sens opposé pour la modérer ou la contenir ou même la réprimer par le souvenir (notamment par celui des suites fâcheuses qu'entraîne l'acte irraisonné et docile au simple bouillonnement des centres impulsifs), — et de la nécessité attestée par l'expérience, de reprendre l'exercice calme et de sang-froid des facultés de raisonnement, pour agir avec quelque sûreté. — C'est ainsi que la mémoire peut engendrer dans le mouvement passionné des nuances, ou des degrés, qui vont de l'extrême violence à la simple activité des sentiments et des mouvements, nuances ou degrés pour lesquels le langage n"a pas de dénominations équivalentes, et que la littérature ou l'art décrivent ou représentent par des images ou des expressions plus ou moins métaphoriques et approximatives. Soit une quelconque de ces passions, une passion d'acquisition par exemple comme l'amour du gain : que de
ITU DL' ROLE DE LA MÉxMOIRE
degrés dans l'échollo ascendante entre le simple désir du salaire, la convoitise de l'épargne, puis du bien-être, puis de la fortune par des entreprises bien concertées, et le jeu en vue du gros gain, la cupidité devenant avarice, la ruse et les combinaisons pour dépouiller autrui et s'assurer son bien devenant presque ou totalement crime! Ni Molière, ni Balzac n'ont épuisé toutes les formes de la passion du lucre dont ils ont représenté surtout les aboutissants ridicules ou odieux : Harpagon, Grandet, Gobseck, etc.
On pourrait dresser une carte cotée de chacune des principales subdivisions des passions, où les chiffres des cotes représenteraient l'intensité de chacune de leurs diverses formes ou catégories : ainsi dans la « carte du tendre », on irait du simple désir sexuel ou d'amitié, à l'amour ou la tendresse prononcée et exclusive, à l'adoration, à la flamme violente, à l'enivrement, au délire ; puis dans la passion de conservation, dérivée de celle d'acquisition, le soupçon, la jalousie dans ses obsessions, la colère, le désespoir, la vengeance, le meurtre.
On retrouverait de même dans l'ambition, désir normal de l'agrandissement de l'individu
MÉiMOIRE ET PASSIONS 171
dans le milieu social, la source de la vanité, de l'orgueil, de la volonté d'usurpation, de conquête, puis, comme passions de conservation, tyrannie, oppression, cruauté, barbarie, meurtres, massacres, etc., transformant l'ancien ambitieux en monstre criminel, ainsi que l'histoire en a fourni trop d'exemples.
La mémoire donne à chacun de ces degrés une intensité nouvelle par rapport à son précédent : elle accumule les images surexcitantes, elle rabâche les mobiles incendiaires. Elle organise comme une poussée qui fait passer Fètre humain par cette filière où son àme est de plus en plus resserrée à la fois et violente, et va jusqu'à la folie, parfois au meurtre ou au suicide, si elle n'est pas retenue par des forces contraires ((ui constituent des freins.
— Ces freins dans une société civilisée sont fournis par la raison : celle-ci, en dehors des souvenirs d'expériences personnelles est pourvue, par l'éducation, c'est-à-dire par la mémoire, de préceptes, de règles de morale religieuse ou civique, d'exemples tirés de la pratique de siècles d'huma- Tiité. Suivant la vieille comparaison classique avecla lance d'Achille, la mémoire peut contribuer
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ainsi à guérir Ifs maux (juCllc a en partie causés*. Elle le fait à la fois par les leçons directes qu'elle fournit h la raison et par sa propre puissance de distractions. Ces distractions, elle les offre à l'imagination empoisonnée d'obsessions. L'imagination a la faculté de renrichir, aux premiers moments de calme même relatif, d'autres impressions et d'autres images que celles qui ont tout (1 abord obstrué et incendié le cerveau et le système nerveux : cette pâture nouvelle semble au moins partiellement neutraliser la trop forte dose de l'ancienne fermentation et fournir des mobiles d'activité qui appellent Tat-
1. Une littérature psychologique un peu subtile et s'attachant plus à instruire qu à plaire devrait s'appliquer à suivre 1 échelle descendante des passions dans les individus, sous l'intluence de l'éducation des exemples, de l'expérience, de f'àge nit'nie ou de la lassitude. Il y faudrait des monographies du genre de certains de nos romans, mais à direction inverse, puis(jue ceux-ci en général suivtnt Taccroîssement et le développement de la passi(»n el n<in son apaisement et sa transformation par modération.
L'apaisement mystique ou religieux, si souvent observé et analysé, est plutôt une substitution dune passion à d'autres (si salutaire qu elle ait pu être parfois) qu un règlement rationnel, et expérimental. Certains auteurs voudraient sous le nom de « mysticisme rationnel » conserver la double influence : (v. notamment les ouvrages de M. E. S» illière): mais leur tentative ne parait pas s'appuyer sur une logique bien rigoureuse : dès qu'on admet la correction du «( mystique » par le « rationnel » on admet la supériorité de la raison et alors où l'arrêter ?
tentionetla volonté vers de nouveaux débouchés. Au lieu d'être enfermé dans une prison de passion ou il s'exaspère, l'être cultivé peut ainsi, par des contacts multipliés avecrextérieur. retrouver un certain équilibre ^ Qui ne sait l'inlluence de ces contacts (étude, profession, art, voyages) dans les grandes émotions, lesquels contacts, sauf dans les cas de désespoir ou de commotions définitives et fatales, finissent souvent par l'emporter sur le cours torrentiel de Timagination et l'endiguer dans d'anciennes ou nouvelles habitudes?
— Au lieu de maudire et de condamner les passions comme l'ont fait la plupart des philosophies et des religions, au lieu de les diviniser comme l'a tenté la littérature romantique-, il
1. « Nature procède par le bénéfice de linconstance, écrit Monlaigne : car le temps quelle nous a donné pour souverain médecin de nos passions, gagne son effet principalement par là que fournissant autres et autres afïaires à notre imagination, il démcle et corrompt cette première appréhension pour forte quelle soit. »
:2. Le romantisme a été surtout la proclamation ouverte de la fatalité des passions — et par suite de leur grandeur substituée à la fatalité du destin antique — et de 1 impuissance de la raison à les refouler. Le dogme de la bonlé naturelle de l'homme cher au xvhf siècle et à Rousseau, trouvant les passions dans la nature de l homme, devait accuser les institutions sociales de les avoir dévoyées et empoisonnées, et les glorifier dans leur impulsion primitive. Rousseau y voyait « le principal instrument de notre conservation et même de notre
faudrait se rappeler le mot de Montaigne : « Le sage péripatéticien ne s'exempte pas des perturbations des passions, mais il les modère. »
On a raison de considérer comme une utopie enfantine le monde rêvé par Fourier avec chaque passion humaine cataloguée et agissant, dans une case spéciale de Féchiquier social, suivant un rite déterminé: mais, sans tomber dans la chimère, on a droit d'estimer qu'une culture appropriée, c'est-à-dire un appel méthodique à la mémoire, n'est pas sans agir heureusement sur les formes passionnelles, aussi bien (|ue sur les facultés intellectuelles de l'homme : seulement il y faut plus de souplesse, les tempéraments étant encore plus variés et déconcertants dans leurs initiatives ou leurs ardeurs que les intelligences. II faudrait surtout viser, dans l'éducation des enfants, plus encore la formation des volont/'squecellede l'esprit^ et dans la mémoire
développement ». 11 ne faut pas oublier que déjà Bossuet incriminait le théâtre classique « de ne pas être honnête et de ne pouvoir lètre parce que tout son appareil ne tend qu'à faire des hommes passionnés et que tout ce qui remue le sensible attaque secrètement la pudeur ». Cf. Rebelliau, Bossiiel, p. lo7 et les ouvrages d E. Seillière sur lîunssean et le Rovsseauisnic. — M"»^^ de Staël déclare les passions \v principalobstaele au bonheur individuel et polilicpie (De l'hiflticnce des passions). 1. Je lis dans Stendhal, hist. de la peinture en Italie, p. 12 :
plus un moyen d'acquisitions vraiment importantes pour la vie générale que d'entassements de formules, de mots, et de petits faits que représente à Texcès actuellement notre instruction classique. Celle-ci a toujours cherché à préparer des (( hommes du monde » plutôt que des hommes tout court. Elle était en cela fidèle à ses origines du xvii*" siècle : elle comptait sur la religion pour assurer le côté moral de l'existence par le recours à une discipline rigoureuse et à des interdictions dogmatiques munies de sanctions post-terrestres. Ces perspectives ont changé sous la pression de la science, et il faut aujourd hui que l'éducation générale s'attache à remplacer ce qui s'est affaibli ou a disparu. Elle ne peutyréussir qu'enfaisant comme onl'aditw passer du conscient dans l'inconscient «Mes mobiles utiles de l'action. Parmi ces mobiles de l'action elle ne ptnit pas ne pas rencontrer les passions que la nature a mises au cœur et au sang de
« L'éducation (scolaslique) de la tin du moyen âge si ridicule dans ce qu'elle enseignait, obligeait ses élèves à une telle force d'attention qu elle a produit la chose la plus étonnante que présente l'histoire ; la réunion des grands liommes qui au \vi« siècle se présentèrent à la fois pour remplir tous les rôles sur la scène du monde. »