Dr Lebon, Pftycholoyie de réducation
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J'homine. Tout le travail de la civilisation et de Téducation qui la prépare est de dériver ce qu'on j)eut de ces passions vers une réalisation souhaitable'. « Le grand triomphe des passions, a écrit La Bruyère, est de remporter sur l'intérêt" ». Ce caractère de désintéressement n'est vrai que de certaines passions ou du développement jusqu'à l'irrationnel de certains sentiments. L'éducation doit s'adresser à ces passions-là. ou à ces sentiments exaltés, pour les tourner, dans la mesure du possible, au bien de l'individu et de la communauté, dont il dépend étroitement. Sur ce terrain de la solidarité sociale, qui a été si f«'cond dans Tliistoire des religions, il reste beaucoup, on pourrait dire presque tout à faire, à notre pédagogie.
— Les legons de la dernière guerre pourront être «lune aide puissante à ceux qui voudront la rétbiiiier dans ce sens. Quelle magnifique illustralion elle a fournie de ce que peut créer de vertus
1. Voir ce qu Ad. lilanqui cliargc de l'éducation d'enfanls observait de la puissance persistante chez eux, de leurs passions. Rcv. de Paris, !«' nov. 1918.
2. Cf. Stendhal dont les idées sur le désintéressement (l« l;i passion sont résumées dans la Psf/rhohf/ie de Stendhal par Delacroix, p. 30.
la passion dirigée vers un but social devenu sacré — cette fois : la libération et l'honneur du pays ! « Rappelez- vous, disait Henri Saint-Simon dans Tune de ses dernières paroles, que pour faire quelque chose de grand, il faut être passionné. » Jamais on ne remplira trop la mémoire de nos ♦'nfants et petits-enfants des exemples glorieux qu'ont apportés à l'histoire du monde nos jeunes « passionnés », nos « enragés » de pa triotisme des années tragiques et sublimes 1914- 1918. La mémoire reprendra ainsi son rôle fécond de grande éducatrice qu'on étoufie trop souvent en vue de résultats médiocres, comme les examens et les concours encombrés de superlluités inutiles et stérilisantes pour Tintelligence, et presque nulles au point de vue de la formation des caractères. Nos pères rapprochaient souvent la Gloire de la Mémoire considérée comme conservatrice collective, à travers les générations, de l'honneur. Ce sont des leçons auxquelles — dans le naufrage de tant d'autres stimulants des grandes actions — la guerre nous a ramenés et auxquelles il faudra de nouveau recourir.
La guerre aura encore pi()u\é combien on
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peut demander dv virilité aux jeunes hommes à un âge où. en temps ordinaire, on avait trop de tendancM' chez nous à les croire bons simplemeni à préparer des examens. Javais été frappé, dans un voyage aux États-Unis, de voir des jeunes gens de vingt à vinj^t-cinq ans, déjà maîtres d'aflaires commerciales ou financières importantes et qui réussissaient. J'ai été émerveillé dans nos dernières années tragiques de constater l'aisance, la maturité, le sang-froid avec lequel des officiers presque imberbes remplissaient leurs fonctions de directeurs d'hommes et d'organisateurs de clioses dans des circonstances cependant bien difficiles. C'est là une leçon dont il ne faudrait pas perdre le profit. Il faudrait mettre les hommes en face des réalités de la vie et de l'action beaucoup plus tôt qu'on ne Ta fait jusqu'ici en France. Ce serait un service immense rendu à la productivité générale : c'en serait un plus grand encore rendu à la formation des caractères, et par conséquent à la direction des sentiments et des passions. La mémoire qui, dans la jeunesse, peut accumuler tant d'aliments dangereux, se charge aussi avec fruit des données positives nécessaires à l'action.
Ce « vague des passions » dont parlait René et qui naît le plus souvent d'une vie trop désœuvrée^ peut être remplacé par Fardeur de faire, qui, même si elle aboutit parfois à l'ambition, maintient cependant les volontés dans la ligne droite et les tend vers une saine activité sociale. L'organisation militaire, si — ce qui est probable — elle doit durer, devra tenir largement compte de la nécessité de fournir à la jeunesse intelligente des emplois d'initiative et de responsabilité qui seront pour elle un précieux complément d'éducation et de préparation pour la vie civique.
La mémoire — si vivace dans la jeunesse — puiserait là de bienfaisants éléments de direction pour Tâge mûr : elle contiendrait et guiderait les passions, tout en en conservant la flamme et Fardeur initiatrice.
1. « Le vague des passions... letat de l'âme qui précède le développement des passions. Plus les peuples avancent en civilisation, plus cet étal de vague des passions augmente. » Génie du ('Jinslianisme, 1. III, ch, 9.
MÉMOIRE, LAXGAdK. ACTION
Taiue a bien marqué dans son Intelligence (premier chapitre), le rôle essentiel que joue le langage dans le fonctionnement de Tesprit humain et dans la formation de nos idées générales.
Je me figure que si, reprenant et complétant les idées de Condillac, il avait écrit le volume qu'il méditait sur la Volonté^, il aurait mis en plein relief l'importance que le langage a dans la formation de nos déterminations et de nos actions ; et je n'aurais pas moi-même à revenir, fut-ce superficiellement, sur un sujet oii je crois apercevoir quelques points qui auraient pu être placés plus en lumière, au moins dans ce que je connais de la littérature relative à cette matière, littérature dont forcément une grande partie m'échappe.