‹ Du rôle de la mémoire dans nos conceptions métaphysiques, esthétiques, passionnelles, activesChapitre 2 sur 18 · L'Inyénu · texte numérisé non relu

L'Inyénu

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n'a-t-on pas encore sufrisamincnt marqué son rôle prédominant dans notre existence intellectuelle, individuelle et collective Au lieu de lappeler par son nom ^ on lui substitue des facultés plus ou moins vagues et mal définies : d'où une singulière confusion dans les idées et dans les mots.

Dans les courtes réflexions qui vont suivre, je n'ai pas eu la prétention de comprendre le pourquoi pas plus de la mémoire que des autres choses de l'univers et de la vie : mais restreindra le pourquoi à une seule catég^orie d'inconnues ne serait pas un résultat négligeable et simplifierait le problème de la connaissance. Ce serait le débarrasser de beaucoup dhypothèses confuses, s'enchevètrant les unes dans les autres, et se conciliant mal les unes avec les autres.

La conception unitaire de l'énergie en matière de phénomènes physiques et chimiques, n'a pas donné le pourquoi de l'organisme cosmique : mais elle a été un pas capital vers la réduction de l'inconnu dans létudc dr la matière. Il en

1. Ce nom unique est d'ailleurs insullisant pour désigner les diverses modalités de cotte faculté. Voir plus loin, p. 78, sur ce point qui a déjà été relevé par bien des observateurs

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serait do môme [)Oui* nos conceptions intellectuelles, si elles pouvaient, en grande partie, être ramenées comme origine au fonctionnement de la mémoire, à ses lois, à ses habitudes. Les philosophes ont eu souvent le tort de ne pas rechercher les sources de leurs formules là où elles sont réellement, et de leur attribuer toutes espèces d'origines mystérieuses. Le fonctionnement de la mémoire renferme encore bien de rinconnu, et par là il peut apparaître et apparaîtra longtemps peut-être comme un mystère, ainsi que la vie elle-même ^ : mais c'est un mystère que la science a le droit d'espérer pouvoir pénétrer et déchiffrer malgré la complication des phénomènes qui y sont impliqués et dont elle résulte. Si les savants emploient à développer et à perfectionner les investigations de la biologie psychologique, la patience, l'ingéniosité et la force d'esprit que les métaphysiciens ont apportées à l'édification de la métaphysique, ({u ils ont

1, Même si les belles expériences de M. Daniel Bertlielol sur les rayons ultra violets expli<juaient la création de la vie terrestre par un soleil ancien plus chaud que le soleil actuel, la transmission »'t la continuation de la vie ne seraient pas encore explicjuées. (CJ. l'art, de M. Edmond Perrifr dans Le Temps du i-'i août 1017, feuilleton scientiti(iue.)

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laborieusement et si souvent biillaninient construite sur des données imaginaires, on peut espérer que nos enfants ou nos petits-enfants connaîtront le jeu de la mémoire et de ses fonctions comme nous connaissons la respiration ou la digestion. Ce jour-là il restera peut-être de la métaphysique traditionnelle ce qui reste d'un beau rêve ' : mais pour éclaircir le problème il faut user des méthodes qui sont lopposé de celles qu'ont trop souvent pratiquées les métaphysiciens : c'est-à-dire procéder exclusivement par observation et expérimentation des pliénomènes soumis à notre analyse.

Le sujet en vaut bien la peine, et il égale en attrait de mystère les énigmes de sa destinée, que rhomme scrute avec tant de passion depuis des siècles. Seulement, là. il se heurte vite aux bar-

i. « Il y a beaucoup de difficultés dans la métaphysique, écrit Faguet à propos de Malebranche : mais il y a de très beaux métaphysiciens. » Faguet aurait pu le dire de plusieurs philosophes de nos jours. 11 est peut-être permis à qui n'est pas de la partie de rester en marge d'un brillant mouvement, considérable en efforts (d'ailleurs souvent antagonistes), mais faible, à mon sentiment, en résultats de certitude, — et d'essayer de suivre un simple sentier. Cf. Parodi, La phihsophic contemporaine en Fronce (1919), conclusions p. 4o3, sur le caractère surtout critique du philosophisme contemporain. Il comprend, conmie la pharmacie, beaucoup d eti(iuettes.

U) Dr RÔLK DE LA MÉMOIRE

rif'ivs (if rinconnaissable, vi est obligé de recourir soit au révélé, soit à l'imaginé ; tandis que lorsqu'il s'agit de l'exploration de la mémoire qui est après tout une faculté organique, il peut, malgré les extraordinaires difficultés de la tache, espérer réussir à en éclairer les procédés et à en découvrir le secret. Jusqu'ici, il faut bien le dire, ce travail d'investigation positive ne semble pas bien avancé. On est obligé de se contenter pour expliquer l'action de la mémoire, d'hypothèses et surtout de comparaisons, et d'images, souvent séduisantes, mais peu démonstratives.

Rien de tout cela ne paraît très solide, et il faut, je crois pour le moment, se contenter, si l'on veut rester sur un terrain sûr, d'enregistrer les résultats de la fonction dite mémoire, sans cherclier à connaître comment ils sont obtenus. C'est je dois le diic un grand sacrilice à s'imposer à soi-même, que de savoir résister à la tentation des hypothèses sur l'origine et les racines de phénomènes dont nous analysons l'aboutissant, et qui jouent un rôle si capital et .si mystérieux dans notre existence entière.

Pour ma part, je me suis résolument interdit

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