‹ Du rôle des chambres en matière de traités internationauxChapitre 12 sur 35 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Entre l'Angleterre et la France, le contraste est frappant : là, nous avons étudié le développement lent et continu d'institutions séculaires, qui se sont modifiées progressivement, sans heurts et sans secousses, sous Tinfluence du temps et des mœurs : ici nous assisterons au contraire h des changements brusques, à des révolutions qui réduisent au néant l'œuvre édifiée la veille, pour créer à leur tour de nouvelles constructions aussi éphémères que les précédentes. Là on invoque la tradition, tout en la phant aux exigences de la pratique ; ici on prétend construire des systèmes rationnels, et asservir les faits à des conceptions théoriques. Là on s'appuie sur la coutume ; ici on édicté des dispositions nombreuses et détaillées, impuissantes cependant à prévoir et à prévenir tous les cas de conflits entre deux pouvoirs sans cesse antagoniques, l'exécutif, désireux de recouvrer les prérogatives qu'on lui a ravies, et le législatif, jaloux des droits qu'il a eu tant de peine à conquérir. Cet état de la France depuis un siècle apparaîtra sans doute à l'historien

de Favenir comme une longue crise politique. Au sortir des abus du pouvoir absolu, la Révolution se jeta passionnément dans la voie opposée: il en résulta des excès, puis une réaction vers le principe d'autorité, que Bonaparte ne fit qu'accélérer et confisquer à son profit. L'esprit de liberté reparaît en 181 5, pour être ensuite gêné par la Restauration. Mais bientôt le mouvement de réforme s'accentue et aboutit à la seconde République. A la suite d'événements douloureux, un nouveau revirement se produit, et on voit remonter sur le trône impérial le gouvernement atitoritaire avec un second Napoléon. Enfin le courant libéral reprend bientôt sa marche, un instant entravée après les cruelles secousses de 187 1 . Cependant il semble que nous approchions de l'époque de calme et de conciliation où s'élaborera la constitution définitive, à l'abri de laquelle la France nouvelle pourra achever son organisation et reprendre son œuvre civilisatrice : les oscillations s'affaiblissent de plus en plus, comme celles d'un pendule que la résistance de l'air tend à arrêter. L'autoritarisme de Napoléon I" est loin de ressembler à celui de l'Ancien Régime ; le Second Empire n'est pas allé aussi avant dans cette voie que le premier. De même les excès de la démocratie sous la Convention n'ont pas été égalés en i848, et la troisième République a profité à son tour de l'expérience de sa devancière.

Malgré la brièveté de leur existence, l'étude des diverses constitutions françaises, si riches et si variées, n'en est pas moins singulièrement instructive et captivante. Si l'historien ne peut se défendre d'un certain sentiment de tristesse à la vue de tant d'œuvres, si longuement élaborées, sur lesquelles on fondait tant d'espérances, et qui se sont effondrées les unes sur les autres dans l'oubli du passé, il cherchera néanmoins à travers ces documents éteints, auxquels il essaiera de rendre la vie, les opinions, les désirs, et aussi les erreurs de ses ancêtres, et il suivrapas à pas les progrès qui leur auront été enseignés par les rudes leçons de l'expérience. Nous voudrions dégager l'esprit des

textes, en saisir la filiation, démêler les influences qui les ont préparés. Le caractère des diverses institutions se reflétera sur les dispositions particulières que nous aurons à examiner et qui forment le champ restreint de notre étude : nous tâcherons de discerner, — pour reprendre la comparaison platonicienne, — dans les ombres de notre caverne, les gestes et les allures de ceux qui ont passé sur la route.

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