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lité el par suite concevoir une mesure du temps, on la rapporte à des moments qu'on détermine. Encore ces moments étant déterminés, définis sur l'infinité de Tintuition, on ne les conçoit que comme des limites et on ne conçoit jamais le temps en soi. C'est-à-dire que là encore, on oppose le fini à l'infini.
Et l'acte de toute la Raison humaine en définitive consiste à opposer le fini à l'infini, comme l'acte de la Raison créatrice elle-même. Par la catégorie de la causalité, nous déterminons de plus en plus de causes et des causes de plus en plus générales dans la causalité supposée infinie, et nous avons d'autant plus de Raison que nous sommes capables de pousser plus loin ce procès. A cet égard, il y a de la Raison jusque dans les intuitions de la sensibilité, puisqu'elles sont des moyens d'opposer des temps et des espaces finis plus vécus à un temps et un espace infinis moins vécus. On pourrait donc dire qu'il n'y a au fond dans l'esprit que deux catégories essentielles, celle de l'inlini conçu à la limite comme substance absolue et celle du tini qui, parce qu'elle donne des choses finies, les donne comme phénomènes (jui. élant finis les uns par les autres, sont relatifs les uns aux autres.
Et qu'on n'aille pas croire que, si la quantité de Raison se mesure à la quantité de détermination finie qu'elle est capable de produire, elle est en raison inverse de son aperceplion de l'infini. C'est tout le contraire. Car pour qu'un être lini aperçoive l'infini, il faut qu'il en distingue le fini et notre Raison est par là en raison mémo de la puissance qu'elle a de distinguer l'infini, ce qui n'arrive jamais mieux que quand elle le conçoit comme trans(M>n(lant et absolu. Mais à mesure que la distinction
de rinfmi décroît, celle du lini décroît par là môme. La Raison tombe dans une sorte d'état que l'on peut ai)peler Tindéfini, dont le type est dans les animaux. L'être ne peut plus se définir lui-même, par conséquent dire moi et parler. La représentation de la causalité, du temps et de l'espace se modifie donc indéfiniment jusqu'à ce que, à la limite, dans l'être inorganique, elle devienne infiniment petite et ait pour limite zéro.
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Mais si riniiiii. morne vécu, n'est jamais conçu adéquatement, s'il est seul absolu, s'il nous faut tout concevoir dans la catés^orie de la relation et notre moi luimême, si par suite le moi nous apparaît, lui aussi, empiriquement, dans des relations de temps, d'espace et de causalité, il est évident que nous n'avons aucune représentation adéquate d'aucune vie en soi, car en disant vie. nous projetons déjà l'être dans les formes a priori de notre esprit.
Nous serions donc obligés de nous taire de toute vie. comme nous aurions été oblisfés de nous taire de Dieu, si nous n'avions fait appel à l'usage transcendant de la Raison. Mais cet usa^re nous a rendu le verbe en nous donnant Dieu et en Dieu rationnellement conçu comme absolu, nous avons trouvé la raison du relatif, c'est-àdire de la vie. Celle-ci nous est apparue absolument comme une identité de l'infini avec lui-même, la création de la vie relative comme une opposition de l'intini et du fini, enfin cette vie relative elle-même comme une opposition du fini à l'infini.
L'acte de la création de la vie relative, nous l'avons trouvé absolument libre. Il faut donc que dans la vie relative, nous trouvions une imas:e de cette création libre, comme dans l'être relatif nous avons trouvé
une image immaneiile de l'être absolu transcendant.
Cette image nous a paru consister précisément dans la présence simultanée des caractères de l'infinité et de la fini té. Mais cela même nous donne d'abord le mot de la vie relative, car en tant que nous sommes de l'infini, notre vie est quelque chose de la vie de Dieu, mais en tant que nous sommes finis, nous sommes quelque chose par nous-mêmes, nous sommes séparés de Dieu infini, nous sommes relativement libres.
Notre liberté, dans la vie relative, consiste donc précisément à opposer notre essence finie à l'infini et, sur l'aperception confuse de l'infini, à déterminer des concepts et des actes finis. Ainsi l'acte par lequel, sur le tableau noir, c'est-à-dire sur un espace supposé infini, nous traçons une figure mathématique, me paraît une excellente figure de la liberté : car ce tableau contenait une infinité de fig-ures en puissance, mais nous en avons déterminé une. Et qu'on le remarque bien, cet acte ne consiste pas seulement à tracer des lignes; il consiste bien moins en cela que dans une organisation synthétique des éléments infinis de la fig^ure dont les lignes ne sont conçues que comme la limite. Ainsi la liberté dans la vie consiste à déterminer, sur le fonds infini des représentations de phénomènes, des concepts intellectuels et moraux par l'organisation subjective de ces représentations, c'est-à-dire par la qualité que nous leur donnons et dont les concepts ne sont que les limites. L'esprit se fait ainsi une mathématique de concepts solides qui le rendent propre à résoudre au mieux les problèmes intellectuels et moraux, et il assujettit les solutions qu'il en donne à une détermination précise dont la raison est dans sa liberté même. Aussi l'indétermination de la
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conduite, par exemple, n'est-ellc pas un signe de vraie liberté, pas plus que l'impossibilité de résoudre un problème de mathématiques ne serait un indice de science. Mais la liberté, comme la science, consiste à se faire un système d'idées ou de concepts, à se créer ainsi à soimême intérieurement une loi qu'on puisse appliquer extérieurement.
Il suit de là, toutefois, quil convient de distinguer, dans la vie relative, les déterminations spontanées qui viennent du dedans et les déterminations subies qui viennent du dehors. Ainsi la matière, qui est conçue comme souverainement déterminée, n'est pas conçue comme libre, étant ce qu'il y a de plus indéterminé par soi et c'est par là qu'elle se prête à tant de transformations qui la déterminent. Ainsi un être est libre dans la mesure où il se détermine lui-même, où il est cause de soi et c'est par là que Dieu nous a semblé absolument }ibrc. étant la cause infinie qui donne l'infini, c'est-àdire soi-même, sans rien perdre. La matière, à l'état inorganique, comme pur mouvement, c'est-à-dire étudiée dans la physique mathématique, donne un autre rapport d'égalité de la cause et de l'efTet, mais bien différent, puisqu'elle perd tout ce qu'elle donne. On peut imaginer encore d'autres rapports inégaux entre la cause et TefTet, par exemple une cause qui dépenserait beaucoup pour obtenir peu, comme la JXature dépense beaucoup d'êtres pour en faire survivre un petit nombre et appauvrit la vie pour soutenir la vie. Au contraire la vie intellectuelle et morale se rapproche de la vie divine, en ce qu'elle produit souvent de grands effets par de petites causes et s'enrichit en se dépensant : elle va donc vers la limite où, étant infinie, elle se donnerait sans
rien perdre. Quant à exprimer la mesure intensive de notre liberté, il parait difficile de le faire par des symboles quantitatifs scientifiques ou il faudrait qu'une science trouvât quelque autre symbolisme aussi exact; cette intensité, infiniment relative d'un être à l'autre, doit varier d'ailleurs à chaque moment de la même vie, puisque c'est le sujet qui la détermine par l'usage de ses catégories, et quand même on trouverait dans les phénomènes psycho-physiques des éléments plus ou moins réductibles à une mathématique, l'essence de la liberté n'en serait pas atteinte, puisque la coloration intensive de ces éléments dans une synthèse qui les détermine viendrait toujours du sujet placé en dehors du mécanisme absolu parla transcendance du moi en soi, si bien qu'en fait, la prévision absolue des actes d'un sujet normal et libre demeurerait sans doute impossible, même dans la vie relative et phénoménale.
Ainsi la vie s'explique toute dans son essence absolue ou relative et dans ses apparences par l'idée de liberté et de cause. Ces deux mots sont identiques à la limite absolue, en Dieu. Là, c'est la liberté infinie absolue qui se crée elle-même infinie et qui crée, avec la puissance de l'infini, le fini, le relatif. L'idée de liberté nous permet donc de nous rendre raison de l'infini et du fini. Dans l'être fini raisonnable, c'est la liberté qui, en oppo-, sant le fini à l'infini, permet à l'être de se déterminer, de former par conséquent le concept de lui-même et tous les concepts, depuis les idées transcendantes qui en sont comme la projection à l'infini jusqu'aux concepts les plus relatifs, et de se donner ainsi ses lois.
Mais ne peut-on imaginer objectivement qu'il y a aussi dans la Nature une sorte d'imitation de ce pouvoir