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DU ROLE DES CONXEPTS

serait d'être liberté, c'est-à-dire d'être et que Dieu étant infini, il s'ensuit que tout est librement à un degré infinitésimal quelconque. Le mal n'est que de vouloir être moins en se fermant, mais tout veut être et il n'y a pas plus de mal absolu que de destin absolu ou de néant. Et par suite celte pénétration des essences libres, la matière la veut encore ou la veut déjà et dans la Nature, chaque être la veut, moins ou plus.

En effet, si le type positif de la causalité est dans la grâce, c'est-à-dire dans l'idée de libertés qui se pénétreraient absolument intérieurement, sans qu'on pût jamais prévoir de leur union un rapport de quantité déterminé, le type opposé ou négatif de la causalité est dans le mécanisme, c'est-à-dire dans le concept de choses qui se juxtaposeront absolument extérieurement de telle manière qu'on puisse toujours assigner à leur addition un rapport de quantité déterminé. C'est donc le concept de causalité mécanique qu'on appliquera à toutes les choses conçues comme se juxtaposant absolument extérieurement dans l'étendue.

Mais pour que les choses se juxtaposent absolument extérieurement dans l'étendue, il faut, semble-t-il d'abord, qu'elles ne se pénètrent absolument pas, sinon la juxtaposition ne serait plus absolument juxtaposition pure, et ensuite qu'il n'y ait absolument entre elles aucune discontinuité, qu'elles soient dans une relation de continuité supposée absolue, où il ne restera aucune place pour des actions positives discontinues de la liberté.

Ainsi la continuité absolue de deux choses dans rétendue suppose absolument leur contact.

Mais le contact ne peut être représenté que comme la rencontre de deux limites en un même lieu. En effet,

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aucune limite, en vertu de notre impossibilité de nous représenter un néant, ne peut être représentée comme un néant d'épaisseur; pour l'esprit elle occupe donc un lieu. Et cela est vrai des deux limites des deux choses. Or si on rapproche les deux limites, on rapproche les lieux qu'elles occupent; mais tant qu'il y a entre elles un lieu où elles ne sont pas, elles ne se touchent pas. Il faut donc, pour se représenter qu'elles se touchent, supprimer par la pensée le lieu où elles ne sont pas et les juxtaposer. Mais le plan où elles sont justaposées ne peut être représenté comme un néant d'épaisseur; il est donc représenté comme une épaisseur infinitésimale où sont confondues dans un même lieu, synthétiquement, les épaisseurs infinitésimales des limites. Ainsi le concept de la continuité absolue extérieurement, c'est-à-dire du mécanisme absolu, est irreprésentable et demeure une idée, un idéal pour l'esprit; et la Nature objectivement représentée, légitimement étudiée d'ailleurs sous le concept de cet idéal, garde pour l'esprit même une réserve infinie d'indétermination logique dans le jeu des pénétrations infinitésimales, où des quantités infinitésimales échappent à la détermination absolue. Il reste donc dans la Nature, par la pénétration infinitésimale, une image infinitésimale du concept positif de la causalité, c'est-à-dire encore de la grâce infinie, et la réalité sensible objectivement représentée à l'esprit nv se laisse jamais ramener à la détermination absolue d'un ra])port mathémathique de quantité, c'est-à-dire au mécanisme absolu, c'est-à-dire encore au type négatif de la causalité.

Pour se représenter objectivenieul comment les cires agissent les uns sur les autres, il faut donc imaginer la

rencontro et la pénétration réciproque de leurs limites. Et cela est d'autant plus nécessaire que toute quantité d'être, pour ainsi dire, étant infinie en soi, elle ne peut être déterminée et connue ou conçue que par ses limites. Si donc la science parvenait à circonscrire l'atome matériel, en soi, il demeurerait pour notre esprit mystérieux comme Finfini. L'unité, infinie en soi, est donc pour la connaissance objective, adéquate à sa limite; voilà la chose finie. Mais pour se représenter comment les choses finies, les êtres, les atomes agissent les uns sur les autres par leurs limites, en sorte qu'il en résulte le mouvement et la vie, il ne faut pas imaginer négativement qu'il y a du vide entre eux, comme l'ont fait les anciens mécanistes, ce qui abolit la possibilité de la Nature quand on croit lui donner du jeu; ni imaginer seulement qu'ils se touchent d'une manière continue dans rétendue, comme l'ont fait les nouveaux mécanistes, ce qui abolit la possibilité de la Nature en lui ôtant tout jeu; mais bien, imaginer qu'ils se pénètrent à un degré infinitésimal par leurs limites, ce qui laisse à la Nature l'élasticité nécessaire pour qu'elle soit, c'est-à-dire pour que les choses soient conçues synthétiquement par l'opposition de leurs limites finies à une infinité d'autres choses possibles, et aussi relativement, selon la nécessité de notre forme de la connaissance.

Mais si c'est une loi de l'esprit de concevoir les choses comme finies par leurs limites extérieurement les unes aux autres et aussi de se les représenter se pénétrant les unes les autres, l'esprit ne décomposera-t-il pas dans l'espace et dans le temps cette double nécessité contradictoire et ne se représentera-t-il pas chaque élément des choses, l'atome matériel par exemple, comme ren-

fermé en lui-même d'une part, de l'autre comme pénétrant le lieu voisin par une vibration, une oscillation, une ondulation infniitésimale, indéfiniment répétée? Et voilà toute la Nature dans un branle, un choc, un mouvement infinis. La réalité objective du mouvement qui crée indéfiniment des états nouveaux, correspondra à l'existence de la liberté synthétique dans le sujet et attestera, même à l'observation objective de la Nature, que la Raison suprême des choses relatives et finies ne peut être absolument imaginée que dans l'activité d'une liberté infinie.

Grâce à l'idée d'infini, le mouvement dans l'espace et le temps cesse, non pas d'être illogique, mais d'être irrationnel. Il y a en efTet autant d'infinis difîérents dans le monde qu'il y a de quantités finies, c'est-à-dire qu'il y a en puissance une infinité d'infinis égaux entre eux ou plus grands ou plus petits les uns que les autres. Dès lors, un mobile ne parcourt pas un espace infini dans un temps fini ou inversement, mais il parcourt un certain espace, infini en puissance, fini en fait, dans un certain temps infini en puissance, fini en fait, soit un infini fini d'espace dans un infini fini de temps qui sont proportionnels l'un à l'autre par la vitesse du mobile.

Les antinomies de la logique pure se laissent ainsi ramener, même au point de vue objectif, à des concepts synthétiques de la Raison. Pour cela, il suffit de remplacer le concept absurde et irreprésentable du néant par celui de l'infini en puissance réalisé dans les limites du fini. Car on ne peut pas plus penser adéquatement le néant qu'on ne peut se représenter adéquatement le point. Le néant est donc en quelque sorte transcendant par rapport à la pensée comme le point par rapport à

l'espace. C'est une transcendance antithétique par rapport à celle de l'être infini et qui par hypothèse ne donnerait rien, comme celle-ci par l^ypothèse donne tout.

Donc nous ne pouvons penser le néant d'être. Le moins que nous puissions faire est de penser un être. Mais penser un être, c'est s'en représenter les limites, et s'en représenter les limites, c'est s'en représenter la relativité intérieure et extérieure. Si donc il y a un être absolu, sans parties et* sans limites, si Dieu existe, il n'est pas de l'espace, car l'espace se présente avec une infinité de parties possibles, c'est-à-dire avec une infinité de limites possibles; et un espace avec un néant de parties serait un néant d'espace. Le néant d'espace, c'est le point qui, étant un néant absolu d'espace, n'est pas plus de l'espace que l'être absolu n'est de l'espace; aussi le point, inversement à l'être absolu, n'est-il pas conçu comme un absolu en soi, mais il est conçu négativement, à la limite de Tinfiniment petit de l'espace, et il est déterminé dans l'espace relativement à des lig-nes, (*'est-à-dire à des quantités positives d'espace infinies en soi.

Le point, par suite le néant absolu d'espace, ne peut donc pas plus être pensé que le néant d'être ou l'être absolu. Nous pensons donc toujours de l'espace. Mais nous ne pouvons penser le néant d'être : nous pensons donc toujours de l'être. Nous pensons donc toujours de l'espace quand nous pensons de l'être et de l'être quand nous pensons de l'espace. L'extension de l'espace est donc pour la pensée objective identique à l'extension de l'être. Mais l'être absolu n'est pas de l'espace. L'extension de l'espace • est donc identique à l'extension de l'être relatif. Mais un être relatif, étendu, portant en soi une infinité de

divisions possibles, n'est conçu que par les limites de ces divisions et il est lui-même conçu dans son unité comme la limite de ces divisions ; il n'est donc conçu que par les limites de son extension. Mais à supposer qu'il y ait une infinité d'êtres étendus, cette infinité totale, si ces deux mots ne juraient ensemble, serait elle-même conçue comme une somme, c'est-à-dire par sa limite. Une infinité d'êtres relatifs étendus ne peut donc être conçue que par une limite ou, si l'on veut, la somme de l'être relatif étendu ne peut être conçue que par sa limitation. Mais comme l'extension de l'espace est identique à l'extension de l'être relatif, la somme de l'extension de l'espace, infini dans ses divisions possibles, ne peut être conçue, elle aussi, que par sa limitation et par la même limitation que la somme de l'être relatif étendu, infini, lui aussi, dans ses divisions possibles. Au delà de cette limitation, il n'y a donc plus d'espace ni d'être, sinon possible; car comme nous ne pouvons penser ce néant d'espace ni d'être au delà de la limitation, nous les pensons possibles.

Il y a donc, pour la pensée objective, un espace réel coextensif aux limites de l'être relatif, c'est-à-dire conçu comme limité, et au delà, une possibilité infinie d'espace virtuel, non conçue, mais seulement aperçue.

De là il suit déjà que nous ne pouvons penser ni plusieurs, ni une infinité de créations absolument séparées dans l'espace. En elîet, pour que ces créations soient absolument séparées, il faut qu'il y ait entre elles un néant de continuité. Mais nous ne pouvons penser entre elles ni un néant d'être ni un néant d'espace. Nous faisons donc effort pour vider d'être l'espace que nous nous représentons entre elles, nous nous représentons le

vide. Mais de deux choses l'une : ou le vide n'est rien, et alors comme rien ne sépare les créations, elles se touchent; ou le vide est quelque chose, et alors elles se touchent encore. Dans les deux cas, toutes les créations possibles n'en font qu'une.

Et le même raisonnement est applicable à l'intérieur de la création une. Elle est une et continue.

Mais le même raisonnement est applicable au temps et on ne peut penser qu'il y ait plusieurs ni une infinité de créations successives absolument séparées dans le temps. Pour qu'elles le fussent, il faudrait en effet qu'il y eût entre elles un néant de continuité dans le temps. Mais nous ne pouvons penser le néant d'être et de temps. Nous faisons donc effort pour vider d'être le temps qui serait entre elles. Mais si le vide du temps n'est rien, les créations successives se touchent dans le temps; et s'il est quelque chose, les créations successives se touchent encore par ce vide du temps qui est quelque chose, où il y a de l'être et qui par conséquent n'est pas vide absolument.

La création est donc une et continue dans le temps comme dans l'espace. Si elle est continue dans le temps, elle dure.

Mais la durée prise absolument n'est pas du tout identique au temps. En effet le temps se mesure par une série de changements d'état ou d'événements. Si donc il y a un état qui ne change pas, il dure, mais en lui le temps est suspendu, n'existe pas ou n'existe qu'en puissance. Ainsi en Dieu, on peut dire qu'il y a durée identique à l'être, il est éternel ou éternellement, mais il est hors du temps comme de l'espace, parce qu'étant absolument un et infini, tout lui est ég-alement présent.

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