S DU ROLE DES CONCEPTS
Le temps est donc la condition de quelque chose qui à la fois dure et change, ce qui est la condition contradictoire de l'être fini, tout plein de divisions possibles à l'infini.
Le caractère à la fois fini et infini de la créature ou de la création est donc corrélatif à la nature du temps. S'il arrivait que la créature ne changeât pas, le temps serait suspendu pour elle, il n'y aurait plus de temps pour elle. Donc dans le temps elle change toujours; et si on dit qu'elle change, on dit en même temps qu'elle dure, qu'elle persiste par une certaine identité dans son changement perpétuel, sans quoi ce ne serait plus elle qui changerait; il y aurait des états séparés, non des changements, et il ne peut y avoir séparation absolue d'états dans la création, puisqu'entre ces états de l'être, il n'y aurait plus d'être, c'est-à-dire qu'il n'y aurait rien, et des états qui ne sont séparés par rien se touchent et par conséquent sont continus et non séparés.
La création est donc, au point de vue objectif, l'état fini d'un être qui dure parce qu'il est un être et qui change perpétuellement, parce que, par essence et à chaque moment, il est fini. Elle se présente donc comme la trame continue d'une révolution perpétuelle ou, autrement dit, comme la trame continue de révolutions qui sont autant de créations pénétrées les unes par les autres. Ou encore, par une évolution, la même et unique création continue et la môme création a changé. Et dans cette création, les êtres finis se pénètrent, sont solidaires les uns des autres et ils sont relativement distincts dans le temps, puisqu'ils sont par essence des êtres finis, comme ils sont relativement distincts dans l'espace, puisqu'étant étendus et infinis par l'infinité des
divisions possibles de leur extension, ils ne sont finis et par suite relatifs dans l'étendue que par leurs limites.
Ainsi Tessence infinie de Tètre relatif, de son extension dans l'espace et dans le temps, de son mouvement et de son chang-ement est ineffable, parce que cela est de Finfini et rien de tout cela ne peut être conçu que par des limites. La continuité de l'être dans l'espace, comme la conçoit la physique moderne, et sa continuité dans le temps, comme la conçoit la théorie moderne de l'évolution, sont donc les conditions de l'intelligence des choses pour notre Raison, mais elles ne sont la raison d'aucune chose, d'aucune différence, puisque les différences ne peuvent être conçues que par des limites, comme des actes synthétiques, et par suite originaux ou libres de la Nature ou de l'esprit. Aussi la physique moderne semble-t-elle revenir à concevoir la matière d'une façon analogue à Descartes, comme un seul milieu absolument homogène, mais elle est obligée, pour y retrouver les atomes, même conçus comme des tourbillons, d'admettre dans ce milieu des mouvements qui sont absolument incompréhensibles, si, à l'homogénéité absolue de ce milieu, on n'ajoute une certaine distinction de parties qui est de l'hétérogénéité; et la théorie transformiste dans l'histoire naturelle donne bien, par l'idée d'une évolution continue, la condition de la création des états et des êtres distincts, mais elle n'en donne aucune raison.
Ainsi la nature des choses, même considérées objectivement, nous amène à considérer l'être relatif comme un et fini en fait, comme infini dans sa substance et dans ses possibilités intérieures et extérieures, mais comme n'ayant pas dans sa finité ni sa relativité la raison de ce