G8 DU ROLE DES CONCEPTS
pouvons affirmer aucune substance en soi comme cause des phénomènes que nous connaissons par la perception externe ou interne, ni une substance matérielle, ni une substance spirituelle, ni Dieu, pas plus que nous ne pouvions absolument les connaître; et ainsi les concepts fondamentaux où se ramenaient les substances et les causes perdent leur valeur objective et, au moins à titre d'absolus donnés, cessent d'exister dans une philosophie critique de la pensée pure.
Le subjectivisme est la position philosophique d'un relativisme radical, puisque toutes les choses y apparaissent comme relatives au moi, comme relatives entre elles en tant qu'elles ont un centre de relativité mutuelle dans le moi ou, si on veut, en tant qu'elles convergent vers ce centre de relativité réciproque et puisqu'enfin ce moi lui-même ne se saisit que dans sa manifestation empirique ou relative. On pourrait donc s'en tenir là pour affirmer ou constater la relativité universelle de la science humaine, et cette position philosophique ou critique serait à la fois suffisante et sùrc \
1. C'est pour cela qu'il n'entre pas dans mon plan de retracer la suite de l'enchaînement historique des concepts, la « Critique de la Raison pure » ayant constitué la préface des métaphysiques qui se sont élevées depuis, à commencer par celle de Kant lui-même, et demeurant, à mon sens, par la théorie décisive qu'elle donne du concept de la relativité, le terrain d'où il faut que le métaphysicien parte encore aujourd'hui.
On peut remarquer que, des philosophes allemands qui ont paru depuis Kant, les uns ont procédé d'abord plus directement de sa critique de la Raison en général, puis d'autres ont développé le concept de volonté contenu dans son idée de la Raison pratique. Là encore, il me semble que la marche ordinaire de l'esprit philosophique peut être constatée. Fichte, en faisant produire par le moi le non-moi qui lui était étranger chez Kant, revient au monisme et Schelling relie le moi et le non-moi à un absolu d'où ils découlent également; mais Hegel identifie l'absolu avec le processus même de l'esprit et de la Nature, c'est-à-dire le ramène et l'incline vers le relatif. Schopenhauer établit le monisme de la Volonté ; Hartmann, en s'élevant entièrement au-dessus de la considération des volontés individuelles, donne à la Volonté toute