LES TRIBUNS ET LA REPRÉSENTATION JUDICIAIRE TI
Cela est favorable à l’idée que les tribuns n’auraient joué primitivement, vis-à-vis des plébéiens, d'autre rôle que celui du patron vis-à-vis de son client (1), ce qui concorde également avec le caractère non historique des deux pre-
mières sécessions (2). Si le tribunat n’a pas eu une ori-
moins facile à saisir si l'on admet avec MM. Ed. Meyer, Geschichte des Alterthums, IT, p. 522; Hermes, XXX, 1895, pp. 15-16, et Niese, Abriss, p. 27, que la plèbe se composait de tout l'ensemble de la population libre qui n’appartenait pas à la classe riche dominante, ce qui englobe nécessairement aussi les clients.
(1) La situation primitive de la plèbe était en effet inférieure à celle de la clientèle, et l’on conçoit très bien que les premiers efforts de la plèbe aient tendu à l’acquisition des avantages dont bénéficiaient les clients, Nous ferons remarquer encore ici combien ce rôle primitif attribué aux tribuns par M. Ed. Meyer, Hermes, XXX, 1895, p. 15, s'accorde peu avec la théorie de cet auteur sur la composition de la plèbe. — V. à ce sujet la note précédente.
(2) M. Ed Meyer, die Secessionen von 494 und 449, Hermes, XXX, 1895, pp. 19-24, a fait cette démonstration en s'appuyant sur les contradictions que présentent les versions récentes des annales avec les versions plus anciennes et en comparant la pauvreté des renseignements fournis par ces dernières avec l'abondance des récits postérieurs. Le mont sacré n'apparaît que dans les versions récentes alors que les versions plus anciennes ne connaissent que l’Aventin. L'histoire de Virginie n’est pas historique, ainsi que le révèle, en dehors de son parallélisme avec l’histoire de Lucrèce, l'absence des noms propres dans la version primitive. Les annalistes anciens ne connaissent pas non plus les nations avec lesquelles Rome était en guerre lors des deux sécessions. Le rôle de Menenius Agrippa, prépondérant dans les versions anciennes lors de la première sécession, perd de plus en pius son importance et se voit substiluer l'intervention de M. Valerius, M. Ed. Meyer fait remarquer enfin que l'établissement du tribunat apparaît comme un moyen un peu singulier de remédier aux difficultés qui auraient suscité la première sécession et qui consistaient principalement dans l'élévation du chiffre des dettes. Ce qui confirme d'ailleurs cette observation, c'est que l'établissement du tribunat paraît bien n'avoir eu primitivement aucun rapport avec la première sécession et n'avoir été ajouté qu'après coup. De même, pour la deuxième sécession, le rétablisse-
gine révolutionnaire, son rôle primitif n’a pu être que fort modeste (1). La représentation en justice présente ce caractère et elle était précisément la principale obligation du patron vis-à-vis de son client (2).
M. Girard (3), envisageant celte conjecture au point de vue juridique un peu laissé de côté par M. Meyer, à à la fois montré son caractère très séduisant et son point faible.
Il est possible que la legis aclio n’ait pas toujours été ouverte aux plébéiens. N'étant les clients de personne, ils étaient soumis à la justice privée des patriciens. On conçoit donc l'importance que pouvait avoir pour les plébéiens l'intervention du tribun. Sans elle, le magistrat aurait dû autoriser tout patricien, faule d’adversaire capable de /ege ägere, à s'emparer de leurs personnes ou de leurs biens. Le tribun, en jouant le rôle du patron, contraignait le magistrat à célébrer la legis actio et faisait ainsi obstacle à la main-mise du patricien sur la personne ou sur les biens du plébéien, M. Girard fait
même remarquer avec raison quil importe peu que l'op-
ment du tribunat n’a absolument aucun lien avec la chute des décemvirs. C’est l'addition postérieure du tribunat qui a entraîné la substitution du mont sacré à l’Aventin pour la première sécession et son apparition à côté de l’Aventin pour la deuxième, — Cf. pour le caractère non historique des deux premières sécessions, Julius Binder, die Plebs, p. 88, et en particulier pour la première, p. 234, n. 129. V. aussi Pais, Storia di Roma, I!, pp. 461 et ss., 492 et ss.
(4) Cf. Girard, Org. jud., I, p. 148, n. 2,
(2) V. Girard, Org. jud., I, pp. 97-99.
(3) Girard, Org. jud., I, p. 148, n. 8.