‹ Du rôle du chirurgien dans les infectionsChapitre 9 sur 23 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

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Pathogénie des lésions locales d'origine infectieuse.

En parlant des réactions locales de l'organisme, au: point où l'agent pathogène est parvenu, nous avons dit que les phénomènes réactionnels qui se produisent relèvent tous de l’activité des cellules fixes ou des cellules migratrices, et peuvent donner naissance à des actions réflexes, dont les éléments anatomiques situés au point lésé sont le point de départ. £

En cherchant à comprendre le mécanisme de ces perturbations dont l'ensemble constitue la lésion locale, on constate qu'elles sont de trois ordres bien différents :

Les unes sont caractérisées surtout par des phénomènes congeslifs et vaso-moteurs.

Les autres comprennent des phénomènes d'irritation avec accumulation par places de cellules embryonnaires.

Les lésions du troisième groupe résultent directement de l'action du poison : elles sont d'ordre dégénératif.

Les désordres qui se produisent dans nos tissus sous l'influence des agents infectieux ne pourront souvent pas rentrer dans un des trois groupes que nous venons d'étu-

dier. Si, en effet, il est une loi qui paraisse trop absolue,

yes et qui se trouve souvent contredite, en microbiologie, c'est celle qui veut que les mêmes causes produisent tou- Jours les mêmes eflets.

Le grand nombre d'éléments divers qui entrent en jeu dépendant, les uns de l'organisme atteint, les autres de l'agent infectieux lui-même, permettent de saisir facilement le pourquoi de cette diversité dans les phénomènes observés. Cependant, en synthétisant les résultats fournis par l'observation, en ramenant à des formes définies les phénomènes que l’expérimentation a permis de saisir, ces réactions locales peuvent être ramenées à six types nets : elles peuvent se traduire par l'inflammation et la congesion dont la diapédèse fait tous les frais, la fausse mem- ‘brane, la suppuration, la gangrène. le tubercule.

À. Inflammation. — Nous sommes loin aujourd'hui du temps où Boyer (1) pouvait dire : € L'inflammation est une de ces maladies dont la nature est inconnue », et où Grisolle (2), ne voyant dans ce terme d’inflammation qu'une expression métaphorique analogue à celles de phlegmasie ou de phlogose, consacrée dans la science depuis un temps immémorial pour désigner un état morbide capable d’affecter tous les tissus vivants, en était réduit pour l’étudier à analyser minutieusement les signes cliniques qui l’accompagnent.

L'inflammation est la première réaction morbide des Uissus envahis par des agents infectieux: elle n’est que le

résultat des phénomènes réflexes qui prennent naissance

(1) Rocer. Traité des maladies chirurgicales, & I. (2) Grisorce. Loco citato.

Es 20 Lee au point d'application de l'infection. Commune aux processus infectieux, à l’action des traumatismes et de certaines substances minérales ou végétales, elle résulte de l'irritation des éléments anatomiques qui réagissent et. opposent aux poisons microbiens les moyens de défense dont ils disposent.

Consistant anatomiquement dans l’extravasation des liquides plasmatiques, et un renforcement de la fonction diapédétique. nécessitée par la phagocytose qui entre en jeu, elle peut êtré perçue directement par nos sens, grâce aux {rois signes qui l’accompagnent toujours, la tuméfac- Uon, la chaleur et la rougeur.

La prédominance dans lexsudat plasmatique de telle ou telle substance produite par les réactions cellulaires constitue les différentes espèces d’exsudats que la clinique nous à appris à connaître : séreuæ, s'il est limpide et citrin, fibrineux quand 1l est susceptible de se coaguler en réticulum délicat, muqueux quand les sécrétions des glandes muqueuses y prédominent, croupal quand il est fibrineux et muqueux.

B. Suppuration. — Si dans ect exsudat l'aliment cellulaire est très abondant, si de nombreuses cellules mortes nagent dans le liquide extravasé, celui-ér change de caractère, et-devient purulent. C'est encore une preuve de la lutte qui s’est livrée localement entre l'agent infec- Ueux et les forces de défense de l'organisme.

L'exsudat ‘diffère totalement de eeux que nous avons signalés tout à l'heure, Il a changé de couleur; des innombrables cellules qu'il contient, les unes bourrées de bac-

téries montrent qu'elles ont lutté jusqu'à la dernière

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extrémité ; d'autres influencées par l'élément toxique avant

d'avoir pu aborder le microbe présentent des caractères

de dégénérescence qui traduisent la désorganisalion intime

de leur protoplasma et de leurs noyaux. Des fragments de tissus, des fibres musculaires, des esquilles osseuses, du sang, montrent que tous les éléments de l'organisme peuvent être atteints. C’est à la périphérie que ces délabrements se pr oduisent : la collection purulente est hmitée par une paroi inégale el anfractueuse formée par les faisceaux du tissu conjonctif ramollis refoulés par l'aceumulation des globules blancs, tassés par la pression du liquide et unis par une couche de fibrine (Reclus). Plus en dehors n'apparaissent plus que des signes de simple

irritation : des leucocytes plus abondants qu'à l'état nor-

mal, des cellules prolférées d'autant‘ moins Rormprenses

qu'on s ‘éloigne davantage du foyer pur ulent.

C. Fausse membrane. — L'inflammalion et l'exsudation ne faisaient que traduire une réaction de l'économie dans un but salutaire sous l'influence d’une excitation quelconque. qui, nous l'avons dit, ne résultait pas forcément de l’action des germes infectieux. Les quelques mots que nous avons consacrés à la suppuration nous ont montré des phénomènes exclusivement pathologiques puisqu'ils relèvent d’un processus dégénératif et destructif. Nous le retrouvons encore si nous étudions la fausse membrane.

Sous les deux formes, croupale, ou diphlérique que les auteurs modernes lui assignent, elle résulte où d’une réaction locale dé l'organisme qui sécrèle une espèce de

vernis protecteur destiné à le mettre à l'abri des agents

infectieux, ou d'une nécrobiose des cellules et de l'exfolation d'une partie existante sous l'influence de l’action directe de la toxine sécrétée.

L'exsudation joue encore ici un rôle prépondérant, mais la partie liquide n'existe plus pour ainsi dire ; la fibrine dont l'origine hématique a été démontrée par les travaux de Dastre, la nécrose de coagulation des cellules, si bien étudiée par Weigert contribuent seules à constituer la fausse membrane : il y a eu exsudation, mais exsudaüon d’un principe coagulable, solide pour ainsi dire. NEAe Gangrènes. — Toute cause de débilitation locale

ou générale favorise l'évolution des lésions que nous venons d'éludier ; cependant elles peuvent se développer dans des issus absolument sains. À côté d'elles s'en produisent d'autres qui ne sauraient évoluer quand le fonchionnement de nos organes est régulier et que rien n'est ‘venu l'affaiblir:: nous voulons parler des gangrènes.

- Toujours les gangrènes résultent d’un processus infectieux greffé sur une altération préexislante où concomitante de l'organisme. Des causes fort dissemblables assurément peuvent le mettre dans cet état d'infériorité.

: Aux désordres produits par les agents physiques, chimiques et mécaniques peuvent se joindre ceux qui ont élé causés par un élal morbide antérieur, même d'origine infectieuse, par une de ces propathies dont Verneuil avait déjà signalé l'importance.

Les dégats que causent les agents infectieux dans les ussus dont la vitalité est altérée sont en raison directe de cette diminution de leur force vitale, el par là même de

leur force de résistance. Sous l'influenee des IICrOOFLa-

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nismnes quelconques qui les envalussent, les tissus réagissent encore, puisqu'ils ne sont pas complètement morts, dans l'immense majorité des cas. Ils peuvent s'œdématier, s'enflammer, mais leur résistance cesse bientôt d’être suffisante pour s'opposer à l'énergie vitale considérable des germes pathogènes. Les éléments anatomiques cessent bientôt de fonctionner, les échanges nutritifs ne peuvent plus s'effectuer, un nouveau facteur, la putréfaction, vient Joindre son action à celles du microbe et de ses toximes. La défaite de l'organisme est complète, si complète que la partie ainsi infectée cesse de faire partie intégrante de l'économie et s'élimine. Cette élimination des parties sphacélées peut encore être considérée comme un moyen héroïque employé par l'organisme pour se soustraire à l'action des principes qui peuvent lui nuire.

FE; Tubercule. — |''étude de linflammation, de la suppuration, de la fausse membrane, nous ont fait connaître les moyens que Florganisme emploie pour se défendre contre les toxines. Les lésions locales semblent marquer par leur degré croissant d'importance les différentes phases d'une lutte sans merci dans laquelle Fun des adversaires en présence doit fatalement succomber. Un seul processus semble dirigé contre l'agent infectieux Jui-même. c'est le tubercule.

On a peine à concevoir à première vue le tubercule comme un moyen de défense : quil soit causé par Île bacille que Koch avait découvert le 24 mars 1882, et qui à gardé son nom, où par les nombreux agents pathogènes connus ou inconnus qui peuvent lui donner naissance, le

tubercule par le seul fait de sa présence au sein des tissus

est loujours une cause de graves dangers, mais malgré tout, elle témoigne encore de l’ardeur que met notre organisme à triompher de tout ce qui peul déranger ou entraver son fonctionnement.

Le tubercule, avec sa cellule géante, entourée des cellules embryonnaires de la zone périphérique, et des cellules épithéloïdes de la zone moyenne, n'a pas d'autre origine qu'un groupement dans un ordre particulier et dans un but défini des cellules phagocytaires. C’est ce qui résulte des recherches les plus récentes que cette phrase de Metchnikoff résume parfaitement : € Le tubercule est composé d'une réunion de phagocytles d'origine mésodermique qui affluent vers les endroits où se trouvent les bacilles et les englobent ».

Telles sont les différentes sortes de réactions qui peuvent se produire au point même où l'agent infectieux s’est installé. Si nous avons attribué à leur étude une place relativement considérable dans ce travail, c'est parce que, comme le fait ressortir Roger (1), & ce qui doit être mis au premier rang dans l'étude de la maladie, c’est la localisation morbide » et que le traitement de la Tésion locale prend une place très grande dans celui de la maladie

infecüieuse.

(1) Presse médicale, mars 1899, n° 19. Définition et classification des maladies infectieuses,

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