MORT DU JBUNIK ROI
mais homme n^avait rencontré autant de sympathies, chez ses ennemis même , que le jeune Henri ; et Bertrand de Born fut en cette circonstance Tinterprète ému du deuil général.
Dans Mon chan fenisc , le troubadour annonce que jamais plus il ne chantera ; car il a perdu sa raison et sa joie en perdant le meilleur roi qui jamais soit né. « Vous auriez été , seigneur, si vous eussiez plus vécu, le roi des courtois et lempereur des preux. Car on vous appelait le roi jeune , et vous étiez le chef et le père de la jeunesse et de la vaillance. »
Le planh a Si luit H dol » est remarquable, comme le précédent , par Taccent de sincérité et de désolation qui Tanime. Il offre en outre l'intérêt, au point de vue du rhythme, d'un système de mots répétés dont on appréciera la valeur : Le premier vers de chaque strophe se termine par le mot a marrimen ; » le dernier par le mot « ira, » et le quatrième avant dernier par a jove rei engles. » La répétition constante de ces mots, qui expriment la douleur ou qui rappellent le nom du prince mort , est comme un glas funèbre, et produit un effet incontestable de tristesse profonde.
En voici les deux premières strophes :
Si tut li dol el plor el marrimen , E las dolors el dan el caitivier.
Qu'bom anc auzis en est segle doien , Fossen ensems , sembleran tut leugier Contra la mort del jove rei Engles , Don reman pretz e jovens doloiros, El mons escurs e tenhs e tenebros , Sems de tôt joi , pies de tristor et d't'ra.
Dolent e trist e plen de marrimen Son remanzut 11 cortes soudadier, El trobador el joglar avlnen.
Trop an agut en mort mortal guerrier, Que toit lor a lo jove rei Engleg , Vas cui eran li plus lare cobeitos !
Ja non er mais , ni non crezatz que fos , Vas aquest dan , el segle plors ni ira.
Je donnerai de ce planh une ingénieuse traduction en vers , due à M. Eugène Magne (1), qui a cherché, — et réussi, — à rendre l'effet de l'original par une disposition semblable :
Si tous les deuils de la pitié chagrine , Tous les regrets amers ou passagers ,
(!) Discours de distribution de prix prononcé au lycée de Périgueux.
Nés dans ce siècle oti le mal prédomine , Pesaient ensemble » ils sembleraient légers Prëd de la mort du prince d'Angleterre ; 8a perte afflige et la gloire et l'honneur , Et sur le front des enfants de la terre Gomme un nuage amasse la douleur.
Courtois soldat semble une ombre chagrine ; "Vif troubadour , avenant ménestrel , Ont vu semblable au guerrier qui chemine Un noir génie , un ennemi mortel :
L'affreuse mort en ce jeune courage Des généreux leur enlève la fleur ; Il ne sera jamais pour tel dommage , Jamais assez de larmes de douleur.
Cruelle mort , à notre humeur chagrine Vante tes coups : nul autre chevalier Ne leur offrit si vaillante poitrine I Quelle vertu de son noble métier Ne distinguait ce jeune homme héroïque?
Si Dieu toujours rendait le droit vainqueur, Il eût vécu mieux que tel homme inique Qui pour les bons n'a que mal et douleur.
Du siècle lâche où meurt ma voix chagrine, Si l'amour fuit, je tiens son rire faux, Car il n'est rien qui ne tourne en ruine , Pauvre aujourd'hui, si moins qu'hier tu vaux ! Que chacun aime en ce jeune modèle A contempler un preux au noble cœur ; Il est parti , ce cœur tendre et fidèle , En nous laissant déconfort et douleur.
Nous , à celui qui vers l'âme chagrine Voulut descendre , et mourir parmi nous En nous sauvant par sa vertu divine , Comme au Seigneur doux et juste envers tous Crions merci , pour qu'au prince il pardonne Selon sa grâce . et que dans sa splendeur , Au sein des preux , là sa main le couronne Oti ne sera jamais deuil ni douleur.