GUERRES ENTRE PHILIPPE- AUGUSTE ET HENRI II
conférence à ce sujet dans la marche de Touraine et de Berry. La discussion s'anima à tel point , pendant cette conférence , que Hichard donna un démenti à Philippe-Auguste et le traita de vil mécréant.
Nous ne trouvons dans aucune chronique la confirmation de ce récit. Mais la chronique de Peterborough nous rapporte une réponse de Richard à Philippe-Auguste, qui peut être considérée comme le démenti auquel fait allusion le sirvente. Philippe- Auguste s'étant plaint de la conduite de Richard à l'égard du comte de Saint-Gilles , Richard répondit : « Quod ipse nihil mali fecerat in terra Comitis de sancto iEgidio , iiisi per licentiam Régis Francorum, pro eo quod Comes de Sancto iEgidio refutavit esse infra treugas et pacem quas Rex Franciae et ipse fecerant (1). »
Dans Al dous nou^ écrit à l'époque de « la saison nouvelle » comme beaucoup d'autres sirventes do Bertrand de Born, celui-ci reproche à Philippe- Auguste de rester inactif après le démenti que lui a infligé le comte. On ne l'a jamais vu d'ailleurs briser une lance sur un écu, ni recevoir une blessure, et il aime la paix plus qu'un moine , tandis que Richard aime plus la guerre qu'aucun des Algaïs. — Les Algaïs , nous dit la razo , étaient quatre frère's grands routiers et pillards, qui menaient bien avec eux mille cavaliers et deux mille fantassins, et qui ne vivaient que de pillage.
Si l'on ne connaissait Philippe-Auguste que par les sirventes de Bertrand de Born, on aurait une triste idée de sa valeur et de son énergie. L'histoire nous le présente autrement.
La guerre éclate donc de nouveau entre Henri II et Philippe- Auguste. Bertrand de Born la célèbre dans la pièce Non estarai, La razo place encore ce sirvente après l'avènement de Richard. Mais il y a deux vers de la 4® strophe qui s'y opposent formellemont : oc Si le roi lui (2) donnait le trésor de Chinon , il aurait le pouvoir de faire la guerre, comme il en aie désir! » Ce roi est évidemment Henri II. Nous avons vu qu'en 1187 Richard avait pillé le trésor de son père à Chinon. Le sens des vers que nous venons de citer doit donc être celui-ci : « Si Henri II savait s'attacher Richard par des concessions et des libéralités , il aurait en lui un plus puissant auxiliaire contre Philippe-Auguste. » Quoi qu'il en
(1) Stubbs, II, p. 40,
(2) Ce lui se rapporte évidemment à Richard (Oui-et-Non) qui est nommé dans le vers précédent.
soit, il est certaiu ijug U pièce est aatérieure à la mort Henri II.
Richard est entré eu campagne. U « a mis feu et tiré sang:
C'est le bon temps qui commeuce , le temps où ]es rois ont soin de pieux, de cordes et de ponts, où l'on dresse les tentes pour coucher dehors, où on se rencontre à ceutaiues et à milliers, où ou livre des combats que célébreront les cliansons de
Non eaUrai mon cbanlnr non esparjo ,
Plis Oc e non a mes fog e trag sanc ;
Car graQ guerra fai d'escars si^nhor lare.
Per queiQ sap boD delà reys, quiin vey lur bomba.
Qu'en aioD ops pata e cordas e pan ,
En sion trap tendut per fors jazer,
Ena encontrem s milliers et a cens.
51 qu'après nos en cbant bom de la geala.
Bertrand do Bom serait heureux do recevoir des coups sur, targe, et de teindre en vermeil son blanc gonfanon secourir ses amis, l'écu au col et le capol en tête. Mais il ne pei aller guerroyer au loin sans argent. Si Philippe-Auguste avait brûlé une barque devant Gisors, s'il avait assiégé Rouen de tous côtés, à tel point qu'on n'en pût avoir de lettres saus pigeons, on aurait pu croire qu'il voulait rappeler son grand aïeul Charlemagne; mais c'est la honte qui dirige ses actions (!). Que Richard ne cède pas : a Je ne veux pas que mon Oui-et-Non ahaudom Cahors(2). s
Après avoir, dans nue dernière strophe, fait allusion aux toi ments d'amour qu'il éprouve , et s'être comparé à un vaisseau détresse devenu le jouet des flots, Bertrand de Boru charge Papiol de porter son sirvente à un soigueur Roger, sur lequel nous n'avons pas d'autres renseignements, u Dis à Roger et à tous ses parents que je n'y trouve plus ombre , ni orme , ni repos.
Ce dernier vers, qui n'est pas très-clair, et que je traduis lil paiement, peut contenir une allusion à un fait assez curieux se passa vers cette époque : au mois de septembre 1188 de nouvelles conférences pour la paii s'ouvrirent près de Gisors, sous un
II) U est à psioe utile de faire remarquer que ces accusations d'inertie sont absolument fausses. Philippo-Augusls eut, au contraire, pendant toute cette guerre, un râle très-aclïf et remporta de nombreux succès.
(2) On demandait , en elTet, h Ricbard de câder Cahors. Voir ce que n aoQS plus loin de U conMrtince de Bonmoulina.