CHAPITRE XII
LA CROISADE DE 1190 ET LES LUTTES QUI SUIVIRENT ENTRE PHILIPPE-AUGUSTE ET RICHARD COEUR DE LION.
Nous avons vu qu'après la mort de Henri II , Richard et Philippe-Auguste signèrent un traité de paix. La croisade projetée allait donc pouvoir s'accomplir. Depuis longtemps déjà le marquis de Montferrat, Conrad, guerroyait en Palestine. C'est son exemple que Bertrand de Born rappelle , comme un reproche , aux deux rois croisés qui tardent à partir : tel est l'objet des sirventes Ara sai eu et Fuilheta vos (1). Ces pièces sont donc antérieures au départ de Philippe-Auguste et de Richard. Les deux premières strophes d'Ara sai eu se retrouvent , troisième et quatrième, dans Fuilheta vos.
On sait maintenant quel est le plus vaillant de tous ceux qui se sont croisés : c'est Conrad qui l'emporte., Puisse Dieu le secourir, car le secours des rois se fait attendre. Seul à la peine, il sera seul à l'honneur. Bertrand do Born serait aussi à Tyr, depuis un an passé : mais les rois et les i)rinces ont tardé si longtemps, et sa dame est si belle et si blonde ! Il se contente de recommander Conrad à Jésus.
Tel est le sens de la partie commune aux deux sirventes. Dans Ara sai eu , Bertrand de Born annonce en outre , ou du moins espère , le prochain départ de Richard et de Philippe ; car ils ne peuvent se jouer de Dieu iJus longtemps. Il charge Papiol de passer la mer et de porter son sir vente à Conrad : a Tu lui diras que je serai bientôt à ses côtés, à moins que les rois ne me trompent. Si cependant la traversée déplaît à la dame que je sers, je crois bien que je n'irai pas. »
Philippe -Auguste et Richard partirent séparément, l'un de
(1) Paris, Bibl. nat., n» 1^474. — Rome, Vatican, vfi 3205.