‹ Du rôle historique de Bertrand de Born (1175-1200)Chapitre 28 sur 47 · GUERRES ENTRE PHILIPPE-AUGUSTE ET RICHARD · texte numérisé non relu

GUERRES ENTRE PHILIPPE-AUGUSTE ET RICHARD

Tels ne sont pas les barons de Richard , qui ne savent que profiter des embarras de leur suzerain pour le tromper.

Cette pièce est une de celles où Bertrand de Born exprime avec le plus d'énergie sa passion des combats. Il dépeint avec enthousiasme la presse des boucliers avec leurs reflets blancs et bleus , les gonfanons aux couleurs éclatantes , les heaumes brunis , les tentes et les pavillons dressés , les lances brisées , les écus tranchés et fendus , les coups donnés et reçus. Il se défend d'être aux gages de Richard : « Ne pensez pas que je fasse des mots à vendre. » Mais on doit toujours défendre un puissant et généreux baron. Il n'aime pas la compagnie des seigneurs avares , pas plus que celle des courtisanes vénales. On devrait pendre tout seigneur qui veut « vendre ses dons. »

La pièce SHeu fos aissi est une diatribe violente contre Philippe- Auguste, que Bertrand de Born accuse de ne pas se conduire en preux. <i Je le ferais bien connaître à tous, » s'écrie-t-il, a si j'avais l'esprit libre, si j'étais assez maître de moi pour ne pas être amoureux. » Quelle honte il se prépare pour sa vieillesse, en perdant ainsi son royaume pendant ses jeunes années! Tandis que Richard prend des lièvres et des lions , sans compter les grands aigles qui tomberont aussi en son pouvoir , Philippe-Auguste chasse au faucon les passereaux et les petits oiseaux. Et rien ne peut réveiller son courage , pas même l'affront sanglant que lui a fait Richard , en repoussant sa sœur et en épousant la fille du roi de Navarre. Il ne reste plus aux Français aucun espoir : ils sont devenus un objet de risée et de moquerie, dont Richard et Bertrand s'amusent fort quand ils sont ensemble.

Cette pièce doit être de 1194 , comme les précédentes , car Bertrand de Born y parle de la prise d'Angoulême par Richard comme d'un fait s'étant passé dans l'année. Or, c'est vers le 20 juillet 1194 qu'Angoulême succomba (Voir dans Roger de Hoveden (1) une lettre de Richard annonçant ce succès). Comme Bertrand prédit la reprise des hostilités pour le printemps suivant, pour les « nouvelles fleurs » prochaines, on peut placer le sirvente, d'une façon plus précise, dans les derniers mois de 1194.

Cette année 1 194 fut en effet marquée par des succès importants de Richard. Mais , quoi qu'en dise Bertrand de Born , Philippe- Auguste s'était fièrement défendu. Il avait surpris pendant la nuit et mis en fuite les troupes ennemies qui assiégeaient Vau-

(1) Histor. de France, t. XVII, p. 570.

dreuil. Il avait en outre exercé de nombreux ravages sur les terres de Richard , et dépouillé les églises et abbayes dépendant du roi d'Angleterre. C'est probablement là ce que Bertrand de Born appelle « chasser les passereaux et les petits oiseaux. » Il est vrai que ces petits succès s'efFacont devant le désastre de Frétevah

Je placerai au commencement de 1175 le demi-sirvente Miez sirventes vueil far. C'est un chant de guerre sans allusions précises. Il y est question de l'intervention probable du roi de Castille. Aucune chronique ne parle de cette intervention , même à l'état de projet. Mais comme Alphonse fut cruellement battu par les Mahométans le 18 juillet 1 195 , et eut ensuite fort à faire dans ses Etats , il est probable que la pièce de Bertrand de Born est antérieure à cette défaite.

On verra bientôt lequel des deux , le vaillant roi de CastiUe Alphonse ou Richard , aura le plus de chevaliers , car ils vont se les disputer à prix d'or. Richard répandra l'or à muid et à setier : il désire plus la guerre que l'épervier la caille. Si les deux rois sont preux et courageux , les plaines seront bientôt jonchées de débris , de heaumes et d'écus , de brans et d'arçons , et de guerriers aux bustes fendus jusqu'aux braies. On verra mainte lance à travers côtes et poitrines , les destriers courir en désordre, et joie et pleurs , et deuil et allégresse. La perte sera grande , mais le gain plus grand encore. On pillera les usuriers, et les routes ne seront plus sûres pour les marchands qui iront vers la France. Quant à Bertrand , il sortira de la mêlée vivant ou en quartiers. S'il est vivant , grande joie , et s'il meurt , grand débarras :

Ë si sui viuS; er mi gran benanansa, E se ieu muclr, er mi grans delivriers.

La guerre reprit, avec des chances diverses, en 1195, entre Richard et Philippe-Auguste. Puis en 1196, le 15 janvier, un traité de paix fat signé. Mais Richard ne tarda pas à violer le traité , et la lutte recommença.

L*année suivante (1197) l'attention et les efforts de Richard furent détournés vers la Bretagne, où il crut utile d'intervenir pour revendiquer à main armée la tutelle du jeune Arthur son neveu.

Ce fut l'occasion du sirvente Gent fai.

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