POÉSIES DIVERSES
Enfin, si l'on considère que, parmi les manuscrits qui n'ont pas l'envoi , un certain nombre (toute la famille d) attribuent cependant la pièce à Bertrand de Born , il me paraît difficile de s'arrêter à une autre solution. J'ajouterai que le ton et le style de ce sirvente sont incontestablement conformes à l'allure ordinaire des pièces de Bertrand de Born.
Belh m'es quart vey,
« Bien me plaît quand je vois les seigneuries changer de mains, et passer des vieux aux jeunes, et quand chacun peut laisser après lui assez d'enfants pour qu'il y en ait un de preux... Quand on veut changer de dame ou de seigneur, on doit remplacer vieux par jeune. » Bertrand de Born développe ensuite avec beaucoup de verve ce qu'il entend par jeune et vieille et par jeune et vieux, et il charge le jongleur Arnaut d'aller porter son sirvente à Richard.
Mailolin joglar (1).
Mailolin joglar est une satire plaisante dirigée contre un jongleur que Bertrand de Born accuse d'être glouton et poltron , et d'avoir une voix de paon. Aucun élément ne permet de dater cette pièce.
Moût mi play.
Le'sirvente Moût mi play est dirigé contre les vilains enrichis qui lèvent la tête devant la noblesse. Bertrand de Born les déclare indignes de toute pitié. Il aime à les voir nus , mendiant leur pain , et il se garde bien de les plaindre s'il leur arrive de se casser bras ou jambe.
Cette pièce no se trouve que dans deux manuscrits. Dans l'un elle ne porte aucun nom et vient seulement après les sirventes de Bertrand de Born. Dans la table de l'autre elle est attribuée à Guillaume Magret. Mais ce Magret, d'après le Biographe provençal, était un jongleur, un vilain lui-même, un coureur de tavernes. On ne peut donc pas lui attribuer cette pièce, toute remplie d'un soufile dlntolérance aristocratique.
(1) Mahn, Gedichte, 1005.