‹ Du rôle historique de Bertrand de Born (1175-1200)Chapitre 4 sur 47 · DU DOUZIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DU DOUZIÈME SIÈCLE

Les sourqes dont nous devons nous occuper ici sont de deux sortes : les documents manuscrits et les documents imprimés.

La première classe est malheureusement peu fournie.

Le château d*Hautefort , qui joue un si grand rôle dans la vie militaire de notre héros , possède, il est vrai, des archives importantes. Mais elles ne contiennent aucun document pouvant éclairer l'histoire de Bertrand de Born (1). On avait cru, sur la foi du Chroniqueur du Périgord et du Limousin (2) , qu'elles remontaient à l'an 1000 : nous pouvons affirmer qu'il n'en est rien. Le Chroniqueur du Périgord s'est trop fié à un certain tableau généalogique « de la très-ancienne et très-puissante maison d'Hautefort depuis Van 4000 jusqu'en 1696. » Ce tableau, qui porte le no 19 dans la liasse 96, fait en effet mention d'un acte de mariage, daté de 1022, qui se trouverait dans les archives du château ( mariage' entre Bernard premier d'Hautefort et dame Marie de Massaud). Nous avons vainement cherché cet acte de

(1) Voir ci-dessus, p. 6, n. 4.

(2) Mars 1854, page 72.

10 SOURCES DE l'histoire DE FRANGE

1022; mais , en revanche , nous avons trouvé (liasse 1 , n© 1) un acte de 4W9 , constatant le mariage de Bernard du Luc avec Marie de Massac. Il est assez naturel de penser que Tacte prétendu de 1022 et celui de 1209 doivent être identifiés. Cette conclusion est d'autant plus assurée que notre acte de 1209 porte au dos un ancien numéro de cote qui n'est autre que 1022. C'est donc ce numéro 1022, vestige d'un ancien classement des archives, qui a été pris pour une date par l'auteur du Tableau généalogique.

Nous devons parler en second lieu du cartulaire de l'abbaye de Dalon, dont il existe une copie, faite à la fin du dix-septième siècle, sous le no 17120 du fonds latin delà Bibliothèque nationale (200^ volume de Gaignières). L'abbaye de Dalon, fondée en 1114 (1) , était située tout près du château d'Hautefort et de la terre de Born , et plusieurs membres de la famille de Born , y compris le troubadour Bertrand , interviennent fréquemment dans les actes relatifs à cette abbaye. C'est ce qui fait, à notre point de vue, l'importance du cartulaire. Nous ferons remarquer que non-seulement nous n'avons pas les originaux des actes qui ont été copiés dans le cartulaire, mais que nous ne connaissons le cartulaire lui-même que par une copie. On comprend aisément qu'à travers cette double transcription les noms de lieux et de personnes aient pu subir de graves altérations. Nous aurons l'occasion de constater le fait et de rectifier le manuscrit de Paris. Quant à l'ordre suivi dans le cartulaire , c'est une combinaison assez confuse de l'ordre chronologique et de l'ordre topographique , et malheureusement beaucoup d'actes ne sont pas datés.

Parmi les textes imprimés dont nous aurons à nous servir, nous citerons en première ligne la Chronique de Geoffroy du Vigeois , puisque c'est la seule qui parle de Bertrand de Born.

Oeoffroy du Vigeois (2) ( Gaufredus Vosiensis ) (3) est né vers le milieu du douzième siècle, à Clermont, près d'Excideuil. Son père se nommait Geoffroy de Breuil (4) Par sa mère , il était pa-

(1) Voir le Cartulaire, page 1, et le GaUia Chriitiana , tome II , col. 623.

(2) Vigeois est aujourd'hui un chef-lieu de canton de Tarrondissement de Brives , dans la Corrèze.

(3) Labbe, Nova bibliotheca, t. II, p. 280. Historiens de France, t. X, p. 267, t. XI, p. 288; t. XII, p. 421 ; t. XVIII, p. 211.

(4) Ces renseignements nous sont donnés par Geoffroy lui-même, au ch. L^I

PENDANT LA SÉCOllïDE MOITIÉ DU DOUZIÈMES SIÈCLE. 11

rent des seigneurs de Lastours (1). Ce détail est important , parce que nous aurons occasion de citer sa généalogie de la famille de Lastours ; en outre , la famille de Boni , comme rétablit précisément cette généalogie , était alliée à la famille de Las Tours , et, à ce titre , elle devait intéresser particulièrement Geoffroy du Vigeois. Il fut élève de l'école de Saint-Martial de Limoges , et il nous apprend qu'il habitait Limoges , comme tel , en 1151 (2). Il fut ordonné prêtre en 1 167 (3). C'est en 1178 (4) qu'il fut fait prieur de l'abbaye du Vigeois , dignité à laquelle il doit le nom sous lequel il est connu.

Sa chronique est quelquefois appelée Chronique de Saint-Martial, notamment par l'auteur de la Chronique de Saint-Martin de Limoges. Elle est en deux parties : la première , faisant suite à Adhémar de Chabannes, commence à la mort du roi Robert et va jusqu'au carême de l'année 1182; la deuxième commence aux fêtes de Pâques de la même année et s'arrête , au moins dans l'état actuel des éditions , au 26 février 1184. Geoffroy composait son Histoire, comme il nous le dit lui-même, en 1183 : « Ego siquidem Gaufredus ista dictavi anno Incarnationis Dominicse MCLXXXIII (5). » On comprend aisément l'importance de cette chronique au point de vue qui nous occupe : écrite en Limousin par un compatriote , un contemporain et presque un parent de

de la première partie de sa Chronique : « ... Raymundus (S. Augustini Lemovicensis abbas) cognomento de Bennac filius sororis cujusdam viri de Castro Exidolio , qui Peys Bernard Ramnolfi Lopix cognominatus est, cujus aliam sororem Eufemiam habuit Ademarus de Breuil, de quâ genuit Gaufredum patrem meum et fratris mei Ademari , quorum domus est in villa S. Marise Clarimontis super Exidolium castrum. » (Histor. de France, t. XII, p. 442, en note. )

(1) Chap. LXVI : a Ego tune Subterraneœ degebam, cUm genitrix mea die ipso apud Clarimontem Exidolii obiret. Haec Lucia filia Bernardi Marches de sorore Guidonis et Alduini seniorum de Nobiliaco, qui nepotes exstiterunt Guidonis, Geraldi et Gulferii de Turribus. » {Histor. de France, t. XII, p. 442.)

(2) Chap. LUI : « His diebus abbas Ebolus Tutelensis ad synodum veniens.... nocte apud S. Martialem expiravit... Iste honorificè ab omnibus qui convenerant ad synodum, rogante Pontifice Geraldo, ante januas S. Austricliniani prope tumulum conditur Praesulis Guillermi. Ego Gaufredus eram tune prœsens puerulus in schola. » {Histor. de France , î. XII , p. 437.)

(3) Chap. LXVI : « ... anno MCLXVI... Geraldus Episcopus Cadurcensis apud Beneventum fecit ordines in Yigilia Matthœi Apostoli anno sequenti meque ibi ordinavit Presbyterum. » {Histor. de France, t. XII, p. 441.)

(4) Chap. XXII : « ... anno Incarnationis Dominicse MCLXXXIII... Ego quintum annum tune Prioratûs mei in Cœnobio Vosiensi expleveram. » {Histor, de France, t. XII, p. 421.)

{b)lHi8tor. de France, t. XII, p. 421.

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Bertrand de Born , elle ne peut manquer de nous donner sur ce personnage et sur les circonstances au milieu desquelles il a vécu les renseignements les plus précieux et les plus sûrs.

Labbe s*est servi pour son édition de quatre manuscrits qu'il déclare lui-même très-défectueux. Les éditeurs des Historiens de France n'ont pas été plus heureux : D. Brial se plaint de n'avoir pu rencontrer un seul manuscrit entier. Le texte donné par les Bénédictins est malheureusement scindé en quatre fragments et partagé entre quatre volumes différents : de plus, la partie généalogique mêlée à l'œuvre en est détachée et mise à part.

D. Brial a fait usage , pour la première partie de la chronique, d'un manuscrit de Saint-Germain-des-Prés , et, pour la seconde : 1» du no 5452 de la Bibliothèque nationale qui contient (f. 72) des extraits de notre chronique faits par Pierre Coral, abbé de Saint- Martin de Limoges, et 2* du tome XLIV de Baluze (anc. liasse 4, n® 2) où l'on trouve (p. 88) des variantes recueillies par Justel d'après un manuscrit de Claude Lescure, chanoine de Limoges. Les manuscrits de l'ancien fonds Saint-Germain (n°" 1071* et 1391 ) qui contiennent la chronique de Geoffroy du Vigeois, sont aujourd'hui les n°« 13894 et 13895 du fonds Latin.

Nous dirons immédiatement quelques mots d'un autre Limousin , dont l'œuvre est beaucoup moins importante , Bernard Itier.

La chronique .de Bernard Itier (1) , dont nous invoquerons le témoignage pour fixer la date approximative de la mort de Bertrand de Born, se présente à nous sous la forme singulière d'une succession de notes écrites sur les marges de plusieurs manuscrits. Ces manuscrits, qui sont à la Bibliothèque nationale , proviennent du monastère de Saint-Martial de Limoges , dont Bernard Itier était précisément bibliothécaire. Le plus important est le n° 1338 , où les notes sont entassées dans les espaces blancs du texte liturgique.

Bernard Itier est un chroniqueur soigneux et exact , en qui on peut avoir toute confiance. Il mourut le 27 janvier 1225 comme nous l'apprend un de ses successeurs dans une note du manuscrit 1338 (f° 148 v'») (2). Pour pluade détails sur cette Chronique et

(1) Histor, de France , t. XVIII, p. 223. — Chroniques de Saint^Martial de LimogeSt dans la collection de la Société d'Histoire de France.

(2) Page 237 des Historiens de France, et p. 119-120 de l'édit. Duplès-Agier : I Anno ab incarnatione Dominl MCCXXIV, VI kal. febroarii, obiit B. Iterius armarius hujus loci... » Gomme la date indiquée est avant Pâques, elle se place

sur les manuscrits qui la contiennent , voir la préface de M. Dui^lkS'AgiGT {Chroniques de Saint-Martial de Limoges).

Il y a une troisième chronique limousine : celle de Saint-Martin de Limoges.

Cette chronique (1) est probablement de Pierre Goral, qui fut abbé de Saint-Martin de 1247 à 1276. Elle n*est pas originale pour la partie qui nous intéresserait : Fauteur y copie Rigord , Bernard Itier , Geoffroy du Vigeois.

La chronique dont nous ferons le plus grand usage, après celle de Geoffroy du Vigeois, est celle qui a été longtemps attribuée à Benoît de Peterborough (2).

Les Gesta régis Henrici secundi (3) ont longtemps été considérés comme Toeuvre de Benoît de Peterborough. Dans le XVIP volume des Historiens de France (4) Dom Brial rectifie cette attribution , d*après le témoignage de Robert Swapham , moine de Peterborough, qui vivait au milieu du treizième siècle, et qui, parlant des ouvrages der Benoît, dit en propres termes: « Unum composuit egregium volumen de passione et miraculis santi Thomae... Plurimos quoque libros icribere fecit^ quorum nomina subnotantur. Vêtus et Novum Testamentum.. . Summam Pétri Helise de grammatica cum multis aliis rébus in uno volumine, Gesta régis Henrici II et genealogiam ejus, etc. » Ce passage avait été signalé à Dom Brial par Henri Pétrie : il en résulte évidemment que Benoît de Peterborough n'est pas Tauteur de la chronique qui nous occupe* , et que son rôle s'est boraé à la faire transcrire par les moines dont il avait la direction.

Il existe deux familles de manuscrits pour les Gesta Henrici II : Tune qui se rattache au manuscrit JuHims -4. XT, de la Bibliothè-

dans Tannëe 1225, d^aprëâ notrô usage actuel de coinnieacer les aniiëes au l*» janvier.

(1) Histor. de France, t. XII, p. 454; t. XVIII, p. 238.

(2) Nous devons noter une différence importante, au point de vue chronologique, entre les chroniques françaises et les chroniques anglaises de cette époque. Les premières commencent l'année à Pâques et les secondes à Noël.

(3) W. Stubbs , Gesta régis Henrici secundi Benedicti abbatis, Londres, 1867. (Cette édition, précédée d'une importante préface, forme deux volumes de la collection des Rerum Britannicarum medii œvi scriptores,) — Collection des Historiens de France, XIII, p. 142, et t. XVII, p. 436.

(4) Voir aussi Hardy, p. 494-495 du 2* volume de son Catalogw of the Mate^ riais of British Himry.

14 SOURCES DE L*HIST0mE7DE FRANCE

que Cottouienne ; Tautre au manuscrit Vitellius E. XYII ^ delà même Bibliothèque. La différence essentielle entre ces deux manuscrits consiste en ce que le premier ne va que jusqu'en 1 177, tandis que le second s'étend jusqu'en 1192. L'un et l'autre commencent en 1169. On en trouve la description, d'après Wanley, à la page lxv de la préface de Stubbs. Le manuscrit Vitellius fut considéré longtemps comme ayant péri dans l'incendie d'Ashburnham-House le 23 octobre 1731 ; il a été heureusement restauré , en 1842 , par sir Frederick Madden.

De tous les manuscrits connus , deux seuls portent le nom de Benoît de Peterborough , le manuscrit Julius et celui, aujourd'hui perdu, de Westminster (1). Le manuscrit Vitellius est sous le nom de Siméon de Durham. Dans les autres , les Gesta régis Henrici II restaient anonymes et faisaient honneur au compilateur qui les avait employés. Perdus ainsi sans nom d'auteur dans les chroniques et compilations , les Gesta Henrici II restèrent inconnus au moyen âge.

Un grand pas se trouva fait pour la mise en lumière des Gesta Henrici //, lorsqu'on 1696 le premier catalogue imprimé de la Bibliothèque Cottonienne détruisit la fausse attribution du manuscrit Vitellius à Siméon de Durham , en le rapportant à Benoît de Peterborough. Cette rectification était due à Thomas Gale , qui y était arrivé par la comparaison du manuscrit Vitellius avec le manuscrit Julius.

C'est en 1731 , à la suite de l'incendie qui causa la perte temporaire du manuscrit Vitellius, que Thomas Hearne conçut l'idée de son édition des Gesta Henrici II : ils parurent en 1735, sous le nom de Benoît de Peterborough , d'après la copie que Wanley avait faite du manuscrit Vitellius , quelques anné^ avant l'incendie. Cette publication n'a pas été appréciée à sa juste valeur par Dom Brial. L'heureuse restauration du manuscrit Vitellius a permis de constater la rigoureuse exactitude de la copie de Wanley, qui sert de base à l'édition.

Mais les éditions de Thomas Hearne et des Historiens de France sont aujourd'hui bien dépassées par celle de Stubbs, faite d'après les manuscrits Julius et Vitellius de la Bibliothèque Cottonienne.

L'annotateur du manuscrit Julius, Thomas Hearne et Dom

(1) Le manuscrit de Westminster, copie du ms. Julius , nous est signalé par une note du ms. Julius lui-môme , et par le catalogue de la bibliothèque de Westminster, rédigé en 1672 (ms. de Harley, 694). Il a probablement péri dans Tincendie de la bibliothèque de Westminster, en 1694.

Brial ont cru que les Gesta Henrici II étaient mutilés au commencement. L'opinion contraire est soutenue dans le XIII® volume des Historiens de France , et il est difficile de ne pas être de cet avis lorsqu'on voit tous les manuscrits, y compris les plus anciens, commencer au même point , sans porter aucune trace de mutilation. La seule raison alléguée par Dom Brial pour sa dernière opinion est le titre de la chronique Gesta Henrici II, qui semble promettre une histoire complète du règne de Henri II ; mais ce titre a été ajouté après coup sur les manuscrits , et par conséquent on n'en saurait rien conclure. On peut simplement supposer que les Gesta Henrici II étaient une continuation , et le nom de Siméon de Durham, porté par le manuscrit Vitellius, donne quelque force à cette hypothèse. Dom Brial affirme aussi, avec tout aussi peu déraison, que les Gesia sont mutilés à k fin : il s'appuie , pour le soutenir , sur ce fait que Benoît de Peterborough vécut postérieurement à 1192 ; même dans le cas où Benoît serait réellement l'auteur de la chronique , l'argument n'aurait aucune valeur.

Jusqu'en 1180 les Gesta régis Henrici II paraissent écrits au fur et à mesure des événements. C'est seulement à partir de 1180 que l'on trouve des allusions à dos 6 /énements postérieurs à l'année du récit. La chronique semble devenir alors une compilation , et cela est si vrai que nous trouverons présentés comme deux récits successifs , deux récits d'un même fait provenant de versions différentes.

On peut lire dans la préface de M. Stubbs une discussion intéressante, mais peu concluante, sur l'auteur possible des Gesta. Ce qui est certain , et ce qu'il importe de constater, c'est que les Gesta , très-bien renseignés pour les événements d'Angleterre et de Normaadie , sont beaucoup moins précis pour ceux du midi de la France. Heureusement nous avons Geoffroy du Vigeois pour compléter sur ce'point nos renseignements.

Les autres historiens anglais , pour la période qui nous intéresse , sont Roger de Hoveden , Raoul de Dicet , Guillaume de Newbridge, Gervais de Gantorbéry, Giraud le Gambrien.

Roger de Hoveden (1), clerc du palais sous Henri II, a composé des Annales rerum Anglicarum (2) en deux parties : la première,

(1) Hoveden est une ville du comté d'York.

^2) W. Stubbs, Annales rerum Anglicarum, Londres, 1868-1871. (Cette édition forme quatre volumes de la collection des Rerum Brita»uici»mm imdii

16 SOURCES DE l'histoire DE FRANCE

qui est une suite de compilations, va jusqu'en 1154. Les Historiens de France ne publient qu'un fragment de cette première partie (f. XI). La seconde va de 1154 à 1204 : elle est publiée dans les ^wtoriens de France d'après Savile. Pour cette partie, Roger de Hoveden a eu entre les mains un manuscrit des Gesta Henrici IL Dans les passages originaux de son œuvre, Roger est loin d'éga^ 1er en clarté et en précision l'auteur anonyme des Gesta,

Raoul de Dicet (1) , archidiacre , puis doyen de Saint-Paul de Londres (2) , est l'auteur de deux ouvrages historiques : l'un intitulé Abbreviationes Chronicorum, où il suit Henri d'Huntington et Robert du Mont ; l'autre intitulé Imagines Historiarum , qui va de 1147 à 1199.

C'est ce dernier ouvrage que publient les Historiens de France d'après Twysden. Celui-ci s'est servi pour son édition de quatre manuscrits : trois de la Bibliothèque Cottonienne et un du monastère de Saint- Alban.

Guillaume le Petit (3) , connu sous le nom de Guillaume de . Newbridge (4) , né à Bridlington , dans la province d'York , en 1135 (5) , chanoine régulier de Newbridge, mort en 1208 , a composé une histoire d'Angleterre depuis la conquête des Normands jusqu'en 1197, dédiée à Edmond, abbé de Rieval. Elle est en cinq

cwi scriptores.) — H. Savile, Rerum Anglicarum scriptores. Francfort, 1601. — Histor. de France , t. XI. p. 309 ; t. XIII, p. 205 . t. XVII, p. 546.

(1) Roger Twysden , Historiœ Anglicanœ scriptores. Londres, 1652. — Histor, de France, t. XIII, p. 183 ; t. XVII, p. 615.

(2) Les nombreuses lettres adressées à Raoul de Dicet, que Ton trouve au t. XVII des Histor, de France, p. 632 et suiv., à partir de 1189, sont adressées à Raoul , doyen du chapitre de Londres,

(3) Edition de Jean Picard, chanoine de Saint -Victor. Paris, 1610. — Edition de Thomas Hearne. Oxford, 1719. — Historiens de France, t. XIII, p. 92 ; t. XVIII , p. 1.

(4) tt Quia vero duorum insignium monasteriorum nostrse Eboràcensis provinciae... feci, ut decuit, mentionem, Beilelandae quoque originem debeoexplicare, quae et loci propinquitate mihi est notior : nam uno tacftum miliario distat a Neuburgensi Ecclesia , quœ me in Christo a puero aluit. ( L. 1 , chap. XV , p. 47 de l'éd. Picard.)

(5) Il nous dit , à la fin de sa préface (t. XVIII des Histor. de France , p. 1), qu'il naquit la première année du règne du roi Etienne : « ... média tempora succincte percurram, ut a successore ejusdem Henrici Stephano, cujus anno primo ego G. servorum Christi minimus et in Adam primo ad mortem sum natus, et in secundo ad vitam renatus, narrationem, Deo volente, incipiam prodacero pleniorem. •

livres. Des deux éditions qui ont précédé la leur , les Bénédictins n'ont pu se procurer que celle de Picard , dont ils se sont servis pour leur XIII® volume. Pour le XVIII® , on a pu aussi faire usage de l'édition de JBLearne, et introduire en outre des variantes de Brompton , d'après l'édition Twysden.

Gervais de Cantorbéry (1) (Dorobernensis ou Cantuariensis) ^ moine de Cantorbéry, eiSt l'auteur d'une Chronique d'Angleterre de 1100 à 1199. Cette chronique a été publiée partiellement dans les Historiens de France d'après Twysden. En 1162, lorsque Thomas Becket fut fait archevêque de Cantorbéry , il reçut. Gervais dans son église et l'admit à la profession religieuse. C'est ce qui résulte du passage suivant de la Chronique de Gervais (col. 1418 de l'éd. Twysden , p. 120, en note, du XIIP vol. des Historiens de France) : « Provocavit afFectum meum illius sanctitas , et benîgnitas illexit. Mihi namque monachatum concessit 80 anno quo ipse fuit in archiepiscopum sacratus , et ei professionem feci, et ipse me ad sacros ordines promovit. »

Giraud le Cambrien (2) (Cambrensis) , surnommé Silvestre , né en 1146, fit ses études à Paris sous Pierre le Mangeur (3). Il fut archidiacre, puis grand-vicaire de l'évêché de Saint-David (1180- 1198). Elu évêque de Saint-David, il mourut vers 1220. Nous aurons à lui emprunter les portraits intéressants qu'il a tracés des princes d'Angleterre. On sait qu'il accompagna en Irlande le jeune Jean sans Terre. (Voir la dédicace de sa Topographia Hibernica , t. V de l'édit. Dimock , p. 20.) Les Historiens de France publient une faible partie de son œuvre, d'après G. Camden, pour les années 1170-1180.

Nous passons aux chroniqueurs français de la fin du douzième siècle. Le plus important est Rigord.

(1) Roger Twysden, AngU rerum scriptores, Londres, 1652. — Histor, de France, t. XIII. p. 120 ; t. XVII, p. 660.

(2) Publié en 6 volumes par Brewer, puis par Dimock. Londres, 1861 et années suivantes, dans la collection des Rerum Britannicarum medii œvi scriptores. — Historiens de France, t. XIII, p. 209; t. XVIII, p. 121. — Guill. Camden, Àngl. Norman, scriptores. Francfort, 1603.

(3) Dans son livre De Instructione principis , Giraud raconte qu'il fit ses études à Paris vers l'âge de vingt ans, en 1165, et il se plaint du surnom injurieux de Silvestris qui lui avait été donné par ses camarades. (Voir les Histor, de France, "t. XIII, p. 209, en note.)

18 SOURCES DE l'histoire DE FRANCE

Rigord (1), né dans le bas Languedoc, médecin de profession et historiographe du roi de France, clerc de Saint-Denis (2) , entreprit d^écrire l'histoire de Philippe-Auguste , qu'il dédia au prince Louis vers 1200 (3). Il la continua ensuite jusqu'à sa mort. Les Bénédictins se sont servis , pour leur édition , des éditions antérieures et du manuscrit n° 5925 , de la Bibliothèque nationale. Sainte-Palaye a publié un mémoire sur la vie de Rigord, t. VIII (p. 529-36) du recueil de l'Académie des Inscriptions. La chronique de Rigord est la plus importante que nous possédions sur le règne de Philippe- Auguste. Nous l'emploierons pour l'étude des luttes entre le roi de France et les rois d'Angleterre.

Après Rigord nous devons placer, par ordre d'importance , Robert du Mont.

Robert de Torigni(4) , connu sous le nom de Robert du Mont, est le plus célèbre des continuateurs de Sigebert de Gembloux (5). Il fit profession au Bec en 1128, et fut élu, en 1154, abbé du mont Saint-Michel. Il mourut le 24 juin 1186. D'Achery a publié Robert du Mont en 1651 , à la suite des œuvres de Guibert de Nogent.

M. Léopold Delisle a distingué avec précision les trois rédactions successives de cette chronique : la première s'arrête à 1157 , la seconde à 1169 , la troisième à 1182, 1184 et 1186. Pour cette

(1) Edition de P. PiUiou. 1596. — Collection Duchesne. 1649 (t. V). — Histor. de France, t. XVII, p. t. — Guizot, Collection de Mémoires relatifs à Vhistoirê de France.

(2) Dans sa dédicace au prince Louis, Rigord s'appelle : c Magister Rigordus, natione Gothus , professione physicus , Régis Francorum chronographus, beati Dionysii Areopagitœ clericorum minimus... » (T. XVII des Historiens de France t p. l.)

(3) « In fine tamen hujus epistolse, Salvatoris exoramus clementiamut... ipse vos eâdem gratiâ quâ féliciter educavit in puerum, promoveat in juvenem. » (T. XVII des Historiens de France, p. 2.) Or, le prince Louis, fils de Philippe- Auguste, est né en 1187. C'est donc vers 1200 qu'il faut placer cette dédicace; car c'est vers treize ans que l'on passe de l'enfance à la jeunesse.

(4) Histor. de France, t. XIII, p, 283; t. XVIII, p. 333. — Monumenta Germa» niœ, VI. — Edition Léopold Delisle dans la collection de la Société d'Histoire de Normandie, 2 vol. 1872-1874. Rouen.

(5) Il nous donne lui-même quelques renseignements sur l'origine de son œuvre et sur les sources oîi il a puisé : « Sigebertus Gemblacensis monachus... : illius historiae aliquid continuare conabar. w Lettre à l'abbé du Bec {Histor. de France, t. XVIIl, p. 333, en note). Il dit ailleurs (voir au t. XIII des Histor. de France, p. xxx, en note) : « Ad quod opus me adjuvabit... historia praedicti Henrici archidiaconi, quam composuit de rébus Anglite, incipiens cam a Julio Csesare, et texens ordinatim... usque ad millesimum centesimum tricesimum quintum annum Dominicae incarnationis. »

dernière rédaction, la seule qui offre de Tintérêt à nos yeux, nous avons la bonne fortune de posséder, dans le manuscrit du mont Saint-Michel , une copie faite sous les yeux mêmes de l'auteur et retouchée de sa propre main.

Robert du Mont est un chroniqueur exact. On peut citer en son honneur une lettre de Thistorien anglais Henri d'Huntington , lettre publiée p. 736 des œuvres de Guibert de Nogent (édition d'Achery) et p. xlvii du xii® volume des Historiens de France : a Hoc anno , qui est ab incarnatione Domini millesimus centesimus trigesimus nonus, cùm Romam proficiscerer cum Theobaldo Cantuariensi archiepiscopo , apud Beccum , ubi idem archiepiscopus abbasfuerat... Robertum de'Torinneio ejusdem loci menachum , virum tam divinorum quam secularium librorum inquisitorem et coacervatorem studiosissimimi conveni. »

Parmi les autres historiens de la même époque dont nous aurons à faire un moins grand usage, nous citerons Guillaume Le Breton.

Guillaume Le Breton (1) est Tauteur d'une histoire en prose et d'une histoire en vers du règne de Philippe- Auguste. Les premières lignes de l'histoire en prose nous expliquent dans quelles conditions elle a été écrite : « Gesta Francorum Régis Philippi magnanimi, quœ ipse praeclarè gessit... usque ad vigesimum octavum annium regni sui, in arChivis ecclesiae beati Dyonisii hieromartyris habentur, a magistro Rigoto (2)... perenni mémorise commendata. Quoniam autem sequentia ejusdem Régis opéra non minori laude... digna sunt, ego Guillelmus, natione Armoricus , officie presbyter, qui pro maximâ parte non solùm his , sed et prœcedentibus ejusdem Régis operibus interfui... eadem gesta... litteris commendavi... Et quoniam libellus ille magistri Rigoti a paucis habetur... omnia quae in eo plenariè continentur summatim tetigi... quaedam adjiciens breviter prsetermissa ab ipso... » Ainsi Guillaume raconte les événements de visu, — Il n'ajoute aux récits de Rigord, du moins antérieurement à 1209, que des faits relatifs à la Bretagne.

Quant à son curieux poème , il est fort intéressant au point de vue de l'histoire des mœurs. Mais il n'apporte aucun élément nouveau au détail des faits , et nous n'aurons pas à l'employer.

(1) Du Chesne, t. V, p. 68. — Histor. de France» t. XVII, p. 62, 117 et 769.

(2) Rigord.

20 80URGBS DB l'hISTOIRB DB FRANGB, ETC.

Nous devons dire aussi quelques mots des Annales d'Anchin et d'une Généalogie des comtes de Flandre, que nous aurons occasion de citer.

Les annales de Tabbaye d'Anchin (1) (Aquicinctini monasterii) (2), qui vont de 1149 à 1201, ont été publiées partiellement, à la suite des continuateurs de Sigebert, par Aubert Le Mire (Anvers, 1608), d'après le manuscrit même d'Anchin et d'autres manuscrits avec interpolations.

Des trois généalogies des comtes de Flandre que publient les Historiens de France (3), une seule, qui est plus qu'une généalogie, nous intéresse. Elle avait été publiée en 1643 par George Galopin sous le nom de Flandre généreuse. Mais D. Martène l'a publiée de nouveau (t. III du Thésaurus anecdotorum, c. 380) d'après un manuscrit plus complet,, contenant deux continuations. C'est l'édition de D. Martène que suivent les Historiens de France.

(1) Histor. de France, t. XIII, p. 278 , et XVIII, p. 534.

(2) Anchin est dans le diocèse d'Arras.

(3) T. XIII, p. 411 ; t. XVm, p. 559.

DU

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