‹ Du rôle historique de Bertrand de Born (1175-1200)Chapitre 6 sur 47 · PREMIÈRES ANNÉES DE BERTRAND DE BORN · texte numérisé non relu

PREMIÈRES ANNÉES DE BERTRAND DE BORN

Nous ignorons l'époque du second mariage de Bertrand de Born. Ce qui est certain , c'est que sa première femme vivait encore en 1179 (1), et qu'il était remarié en 1192, époque où nous le voyons figurer dans un acte avec sa nouvelle femme Philippa et les deux fils qu'il avait eus de la première (2). C'est précisément entre ces deux dates que nous aurons occasion de placer les aventures galantes de Bertrand de Born et les poésies qui s'y rapportent.

Le cartulaire de Dalon nous fournit peu d'autres détails sur la première partie de la vie de Bertrand de Born. Il nous le montre cependant figurant avec son frère Constantin dans un acte, qui est antérieur à 1170, puisque l'abbé Amelin y est partie contractante (3).

Bertrand de Born eut des querelles fréquentes avec son frère Constantin. Le principal objet du litige était la possession du château d'Hautefort. Il nous est bien difîicile de dire quels étaient les droits de l'un et de l'autre. Nous savons seulement, par Geoffroy du Vigeois , qu'à l'origine Hautefort appartenait à la famille de Lastours. Or, d'un côté, Constantin de Born , frère de Bertrand, se maria avec Agnès de Lastours ; d'un autre côté , Aymeline de Born, fille de Bertrand, épousa Séguin de Lastours. Voici le tableau des deux branches de Lastours :

Gui de Lastours

Géraud de Lastours.

Séguin de Lastours, qui épouse Aymeline de Born.

Gouffler de Lastours.

Agnès de Lastours , qui épouse Constantin de Born.

Il paraît résulter des poésies de Bertrand de Born que, pour une raison ou pour une autre , le troubadour et son frère possédaient en commun le château d'Hautefort. Peu faits pour s'entendre, ils s'en expulsèrent plusieurs fois l'un l'autre à tour de rôle. Nous verrons ces querelles domestiques se mêler aux divers événements politiques auxquels Bertrand de Born prit une part si active.

Geoffroy du Vigeois (4) dit en parlant du château d'Hautefort :

(1) Voir p. 33-34 du Cartulaire.

(2) Ibid,, p. 6.

(3) Ihid., p. 2.

(4) Histor. de France, t. XVIII, p. 218.

castrum valdè inexpugnabile. On comprend que Bertrand do Bom, avec ses instincts turbulents, y tînt beaucoup. Aujourd'hui même le château d'Hautefort, — entièrement refait, bien entendu, — étonne ejacore par sa superbe situation.»

Au moment où Bertrand de Born entre en scène , c'est-à-dire vers 1175 , les plus belles provinces de la France étaient placées directement sous la domination du roi d'Angleterre, quoiqu'elles demeurassent, médiatement et par droit de suzeraineté, sous celle du roi de France.

Pour retrouver la première origine de cet état de choses, il faut remonter à plus de deux siècles en arrière. En 911 , le roi de Franco, Charles le Simple, pour mettre fin aux incursions et aux ravages des Normands, avait cédé à leur chef, RoUon , la province qui s'appela depuis Normandie , et qui prospéra si rapidement entre les mains de ses nouveaux maîtres. En 1066, Guillaume le Bâtard s'emparait do l'Angleterre , et y prenait le nouveau surnom de Conquérant. Les ducs de Normandie devenaient ainsi rois d'Angleterre.

A l'Angleterre et à la Normandie vinrent bientôt se joindre l'Anjou et la Guyenne, lorsque, en 1154 (1), Mathilde, petite-fiUe de Guillaume le Conquérant et veuve de Geoffroy Plantagençt, duc d'Anjou, réussit à faire valoir ses droits et ceux de son fils Henri à la couronne d'Angleterre. Henri Plantagenet possédait déjà l'Anjou depuis 1151 (2) , du chef de son père, et la Guyenne , depuis 1152 (3) , du chef de sa femme Eléonore , épouse divorcée de Louis VII, roi de France.

Enfin, il faut ajouter la Bretagne. En 1167 , Conan IV , duc de Bretagne, avait appelé Henri II d'Angleterre à son secours contre ses compétiteurs. Henri II avait profité de l'occasion pour fiancer son fils Geoffroy à Constance, fille de Conan, quoiqu'elle ne fût alors âgée que de cinq ans. C'est en vertu de ces fiançailles que, deux ans après, en 1169, Geoffroy fut reconnu duc de Bretagne (4) .

Comme on le voit, cette domination des Anglais en France était le résultat de mariages et d'événements divers, mais ce n'était ni

(1) Gervais de Cantorbéry (Twysden, col. 1376), etc.

(2) Ibid., col. 1370 , etc.

(3)Ibtd., col. 1371, etc.

(4) Voir Robert du Mont (BUtor. de France, t. XIII, p. 313).

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