‹ Du rôle historique de Bertrand de Born (1175-1200)Chapitre 8 sur 47 · JETAT DES POSSESSIONS ANGLAISES EN FRANCE · texte numérisé non relu

JETAT DES POSSESSIONS ANGLAISES EN FRANCE

enflammée. Ses yeux pers, injectés de sang, lui donnaient un air menace. Il était sobre , et cherchait à dompter son embonpoint par la fatigue. En temps de paix, dès le point du jour, il partait à . cheval pour la chasse, et, lorsqu'il rentrait le soir, il s'asseyait rarement , soit avant , soit après le repas , obligeant ainsi toute sa cour à se tenir debout. Il parlait bien et était instruit, qualité remarquable pour l'époque. Il était affable, mais il lui arrivait plus souvent de pleurer les morts que de flatter les vivants. Il était constant dans ses affections et dans ses haines, libéral pour les dépenses publiques, parcimonieux pour les dépenses privées. Quoique très-courageux , il recourait à tous les moyens avant de tenter la fortune des armes.

Giraud le Cambrien (1) nous trace aussi les portraits des fils de Henri II : Geoffroy était petit, Henri et Richard d'une taille un peu au-dessus de la moyenne. Le premier était éloquent et rusé , c'était l'Ulysse de la famille. Richard était d'humeur sévère, et peu porté à l'indulgence. Henri, au contraire, avait reçu en partage les* qualités les plus aimables : plus disposé à pardonner qu'à condamner, il oubliait vite les injures et savait gagner tous les cœurs. La douceur de son caractère n'enlevait rien à ses vertus guerrières. Le casque en tête, il n'était plus le même. Les chroniqueurs ne tarissent pas d'éloges sur son compte, et ceux mêmes qui, par exception, ne lui sont pas favorables , sont obligés , conune Guillaume de Newbridge, de convenir qu'ils ont tout le monde contre eux. On chanta aussi ses louanges en vers latins :

Omnis honoris honos , décor et decus urbis et orbis ,

Militiœ splendor, gloria , lumen , ape^ ; Julius ingénie , virtutibus Hector , Achilles

Viribus, Augustus moribus, ore Paris (2).

L'idée la plus funeste qu'ait eue Henri II fut de partager , de son vivant, ses provinces et ses honneurs entre ses fils. Vers 1169, il céda le Poitou et l'Aquitaine à Richard (3). Le 15 juin 1170, à Westminster, il fait couronner roi son fils aîné, Henri, par Tar-

(1) Topographia Hihemica , édit. Dimock, t. V, p. 198.

(2) Brompton (éd. Twysden, Angl. rer. scriptores),

(3) V. Gervais de Cantorbéry (Twysden, col. 1404), Geoflfroy du Vigeois {Histor. de France^ t. XII, p. 442), etc. —Richard est le plus souvent désigné par Bertrand de Born et par les historiens sous le titre de comte de Poitiers. Raoul de Dicet {Histor, de France, t. XVII, p. 647) ne le fait créer duc d'Aquitaine qu'en 1179.

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chevôque d'York (1) : il lui donnait un titre sans pouvoir, probablement parce qu'il se défiait de ses prodigalités. Vers la môme époque, nous savons que Geoffroy devenait duc de Bretagne. Quant au plus jeune, Jean, il fut nommé roi dlrlande en 1185.

Bertrand de Born paraît n'avoir pris aucune part à la première révolte des fils de Henri II contre leur père (1173). Le chef de cette révolte et le principal intéressé fut Henri le Jeune : ses deux frères, Geoffroy et Richard , ne furent alors que ses alliés. Jean était encore un enfant. Le jeune roi reprochait à son père de ne lui avoir donné qu'un titre, et il demandait des provinces et des terres ; il était excité à la rébellion , d'abord par sa mère Eléonore, jalouse de Rosamonde Cliffort, maîtresse de Henri II, puis par ses nombreux amis, qu'un changement favorable au jeune prince devait enrichir, enfin par le roi de France, dont l'intérêt constant était d'entretenir la désunion dans la famille d'un si puissant voisin. Nous n'entrerons pas dans le détail des événements ; il nous suffira de dire que Henri II triompha complètement de cette première révolte. Mais elle eut des suites inattendues : plusieurs des barons d'Aquitaine qui s'étaient réunis à leur suzerain Richard contre son père, n'ayant pas reçu les satisfactions promises, continuèrent contre Richard, après la réconciliation ^ la guerre qu'ils avaient commencée avec lui contre Henri II. Telle fut la cause des premiers événements où nous verrons intervenir Bertrand de Born.

Vers cette même époque,le 13 septembre 1 174, Richard était fiancé à Alix, fille de Louis le Jeune, âgée alors de six ans, et la princesse était conduite en Angleterre pour y être élevée, jusqu'àsonmariage, à la cour de son futur beau-père. Nous verrons quelle sera l'importance de ce fait dans les luttes ultérieures entre la France et l'Angleterre , et dans les discordes intestines de la famille royale d'Angleterre. Une autre fille de Louis le Jeune, Marguerite, avait été mariée à Henri le Jeune , en 1160 , grâce à une dispense du pape , quoiqu'elle ne fût âgée que de sept ans et Henri de trois ans : ce mariage précipité , célébré à l'insu de Louis VII, et qui avait pour but la prise de possession des places fortes promises en dot, avait été la cause d'une guerre entre Louis VII et Henri II.

Tels sont les principaux faits , relatifs à l'Angleterre et à la France, qu'il était utile de connaître avant de conmiencer l'étude des sirventes de Bertrand de Born.

(1) Benoît de Peterborough , éd. Stubbs, t, I, p. 5.

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