‹ Du rôle historique de Bertrand de Born (1175-1200)Chapitre 9 sur 47 · LES PREMIERS SIRVENTES · texte numérisé non relu

LES PREMIERS SIRVENTES

Révolte des barons d'Aquitaine contre Richard en ii76.

La première poésie politique de Bertrand de Born commence par : Un sirventes on motz non falh (1).

L'argument qui , dans la biographie originale , précède ce sirvente , est ainsi conçu :

flc Bertrand de Born , comme je vous Tai dit dans les autres razos (2), avait un frère qui avait nom Constantin de Born, et qui était bon chevalier d'armes , mais ce n'était pas un homme qui s'entremît beaucoup de valeur ni d'honneur ; mais tout le temps (litt. toutes les saisons) il voulait mal à Bertrand et bien à tous ceux qui voulaient mal à Bertrand , et il lui enleva une fois le château d'Hautefort , qui était à tous deux en conununauté , et Bertrand le recouvra et chassa Constantin de tout le pouvoir. Et celui-ci s'en alla trouver le vicomte de Limoges, lui demandant de le soutenir œntre son frère (3), et le vicomte le soutint, et le roi Richard le soutint contre Bertrand. Et Richard faisait la guerre à Adhémar, le vicomte de Limoges. Et Richard et Adhémar faisaient la guerre à Bertrand, et lui ravageaient sa terre et la lui brûlaient. Bertrand avait fait jurer le vicomte du Limousin et le comte de Périgord, qui avait nom Talleyrand, auquel Richard avait enlevé la ville de Périgueux , et qui ne lui en faisait aucun dommage , (c'est-à-dire qui n'en tirait aucune vengeance), car il était flasque

(1) Toutes les pièces de Bertrand de Born pour lesquelles nous ne mettons en note aucune indication de source sont dans le Choix des poésies des trouha^ dours de Raynouard, où on peut facilement les retrouver à l'aide de la table alphabétique du V* volume.

(2) Il 7 a d'autres razos avant celle-ci , parce que , comme nous l'avons déjà fait remarquer, les razos ne sont pas rangées dans l'ordre chronologique.

(3) Y. sur ces mêmes faits le commencement de la razo de Ges de far.

et vil et nonchalant. Et Richard avait enlevé Gourdon à Guillaume de Gourdon , et celui-ci avait promis de jurer avec le vicomte et avec Bertrand de Boni, et avec les autres barons du Périgord, du Limousin et dii Quercy, que Richard déshéritait : ce dont Bertrand les reprit fort , et il fit de toutes ces raisons le sirvente qui dit : Un sirventes que mot non faill. »

Cet argument, un peu confus dans les détails, peut se résumer ainsi : Bertrand de Born avait formé contre Richard une ligue de barons du Périgord , du Limousin et du Quercy : Adhémar, vicomte de Limoges, Talleyrand, comte de Périgord, à qui Richard avait enlevé Périgueux, Guillaume de Gourdon, à qui il avait enlevé Gourdon, faisaient partie de cette ligue ou avaient promis de s'y joindre. Mais plusieurs des alliés manquaient de décision et d'ardem\ Sur ces entrefaites (ou un peu avant), Bertrand de Born et son frère Constantin se disputèrent la possession du château d'Hautefort, dont, à l'origine , ils avaient la jouissance commune : Bertrand , chassé d'abord d'Hautefort , réussit à son tour à en chasser son frère , qui alla demander aide et protection au vicomte de Limoges et à Richard. Adhémar et Richard , répondant à cet appel, ravagèrent chacun de leur côté les terres de Bertrand de Born, qui se consola en continuant à soufQ.er la guerre entre les barons et Richard.

Bertrand de Born (1) se félicite d'avoir fait un sirvente où a pas un mot ne manque, » et qui ne lui a pas « coûté un ail. » Il est prêt à partager avec un frère ou un cousin « l'œuf et la moelle, » mais si l'on s'avise de toucher à sa part, alors il prend le tout (2). Il s'escrime et bataille sans cesse , assailli de tous côtés. « Il n'y a pas d'ennemi, hardi ni couard, qui ne m'attaque. » On dévaste ses terres , on les brûle , on abat ses arbres , on mêle le grain avec la

(1) Je dois prévenir qu'en parlant des pièces de Bertrand de Born , j'ai sous les yeux des copies de tous les manuscrits de chacune de ces pièces. Cest d'après ces manuscrits que je donne des résumes et des traductions fragmentaires, n m'arrivera donc souvent de m'écarter du texte de Raynouard.

(2) Raynouard met i

Ë s'el pueys vol la mia part leu lalh giet de comunalha.

Ce qu'on traduit mot à mot par : a Et s'il veut ensuite ma part, je la lui jette de communauté. » On voit que le dernier vers n'a aucun sens. Mais la comparaison des manuscrits nous permet de le rectifier ainsi :

leu l'en giet de comunailha.

Ce qui veut dire : « Je l'en chasse de communauté. »

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