‹ Du Rôle Pathogène Du Bacillus RamosusChapitre 12 sur 20 · LE BACILLUS RAMOSUS DANS LES AFFECTIONS LOCALES · texte numérisé non relu

LE BACILLUS RAMOSUS DANS LES AFFECTIONS LOCALES

Le Bacillus ramosus est un saprophyte, habituel commensal des cavités naturelles du corps humain : bouche, oreilles, pharynx, intestin, voies urinaires, voies génitales de la femme.

Partant de ces cavités, on a pu le retrouver en symbiose ou en association avec d’autres germes, à l’origine d’affections locales.

C’est ainsi que Veillon et Zuber le découvrirent dans le pus de certaines otites, mastoïdites et appendicites, ainsi qu'au niveau de caries dentaires et dans un foyer de gangrène pulmonaire.

Guillemot, Hallé, Rist préciséèrent l’importance et le rôle de ce germe dans la gangrène et dans la pleurésie putride.

Veillon et Revol devaient par ailleurs montrer la présence de Bacillus ramosus dans les tuberculoses secondairement infectées.

Rhumberg retrouva le Bacillus ramosus dans lPappendicite ; Sott étudia son rôle dans les infections intestinales.

Albarran et Cottet l’isolèrent dans les infections urinaires telles que la cystite purulente.

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A la suite des travaux de Monnier, Netter attribua un point de départ bucco-dentaire aux affections pulmonaires putrides à Bacillus ramosus.

Mehnotte et Armand, en 1936, ont observé un volumineux abcès interabdominal à Bacillus ramosus qui se fistulisa spontanément à la peau.

A. Lemierre, J. Reïlly et H. Bloch-Michel ont publié, d’autre part, cette observation caractéristique d'affection locale provoquée par le ramosus.

Gangrène gazeuse de la cuisse.

(A. LEMIERRE, J. REILLY et H. BLOCH-MICHEL.)

A. F., 49 ans, horloger, est admis le 22 avril 1936 à l’hôpital Lariboisière, plongé dans un coma dû à l’ingestion de gardénal. Il est traité par des injections intraveineuses de sulfate de strychnine et reçoit de plus dans la cuisse droite une série d’injections sous-cutanées de sulfate de strychnine, de solu-camphre et de sérum glucosé. Le coma se dissipe au bout de 24 heures.

La température, qui était de 40° le jour de l'entrée à l'hôpital, s’abaisse graduellement et tombe à 37° le matin du 27 avril. Dans la soirée du même jour, le malade éprouve des frissons et la température monte à 39°7. Elle se maintient entre 39° et 40° les jours suivants.

Le 29 avril apparaît à la face externe de la cuisse droite un placard rouge d'aspect érysipélateux ; dans la soirée le malade a de nouveaux frissons et la température atteint 40°2.

Le 30 avril au matin la température est à 38°7; le placard inflammatoire de la cuisse s’est élargi. Dans

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l’après-midi le malade est envoyé à Claude-Bernard avec le diagnostic d’érysipèle.

A son arrivée à Claude-Bernard, bien que la température soit tombée à 38°, le malade paraît être dans un état alarmant. C’est un homme amaigri, presque cachectique.

L'état de prostration est extrême, entrecoupé de phases d’agitation et de délire. La langue est sèche. La face antéro-externe de la cuisse droite, dans la partie supérieure de laquelle se voient encore de nombreuses traces de piqûres, est le siège d’un vaste placard inflammatoire rougeâtre, mal limité, sans bourrelet périphérique, s’étendant depuis la racine du membre jusqu’à la face externe du genou.

La palpation, assez douloureuse, donne une sensation d’empâtement diffus et profond. Mais surtout elle permet de percevoir une crépitation, prenant dans la région la plus externe de la plaque le caractère d’un véritable gargouillement perceptible à l'oreille. Nulle part il n'existe de fluctuation nette. La région inguinale est le siège d’une adénopathie discrète.

Levpouls est à20;"la tension artérielle à 10,7 ; les bruits du cœur sont normaux. Dans les poumons on perçoit quelques sibilants. Il y a quelques vésicules d’herpès sur les lèvres, et sur les membres supérieurs une éruption morbilliforme assez pâle. L’examen des urines ne montre que de l’urobiline. Le restant de l’examen étant négatif. L’examen hématologique donne :

GI. rouges : 4.090.000.

Gl. blancs : 19.200.

Poly neutro : 80 %.

Lymphocytes : 12 %.

Moyen mono : 4 %.

Monocytes : 4 %.

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Une hémoculture en milieu aérobie et anaérobie restera négative. A 18 heures, on pratique sous anesthésie locale au chlorure d’éthyle une large incision verticale de la plaque, qui donne issue à 100 ce. environ de sérosité louche mélangée de gaz fétide, La collection liquide siège entre l’aponévrose partiellement sphacélée et le tissu musculaire de coloration grisâtre.

Le 1% mai, l’état général reste grave, le malade est prostré, la langue sèche. La température est à 39° le matin, à 39°6 le soir. Le pouls est à 80 ; la respiration à 22 par minute ; le malade a de la rétention d’urine et doit être sondé : on retire 750 cc. d’urine. Mais l’infiltration est discrète et on ne perçoit pas de crépitation. Cependant la pression des bords de la plaie fait sourdre de la sérosité louche mélangée de bulles de gaz.

L’éruption morbilliforme, toujours assez pâle des membres supérieurs, s’étend maintenant aux lombes et à la cuisse droite. On pratique une injection sous-cutanée de 100 cc. de sérum antiperfringens. Un frottis de la sérosité recueillie la veille au moment de l’intervention chirurgicale, montre la présence de streptocoques et de bacilles Gram positifs. Les cultures donnent en milieu anaérobie le même streptocoque hémolytique aérobie et un B. ramosus typique.

Une hémoculture anaérobie et aérobie est pratiquée qui reste négative.

Le 2 mai, la prostration persiste, entrecoupée de mouvements d’agitation. La température est à 38° le matin, à 40° le soir. La rétention d’urine continue. L’éruption morbilliforme a disparu. L'infiltration inflammatoire s’est étendue à la face postérieure de la cuisse droite. Il existe de la crépitation au pourtour de la plaie dont la pression donne issue à une notable quantité de pus. Une nouvelle incision est pratiquée en dedans de la pre-

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mière, elle donne issue à de la sérosité louche et à quelques débris sphacélés. |

Un nouvel examen de sang donne 3.410.000 globules rouges et 23.000 globules blancs, avec 84 % de polynucléaires neutrophiles.

Le 3 mai, l’état général est meilleur ; le malade a dormi ; la langue est humide ; la rougeur et l’infiltration de la cuisse ont diminué ; Il n’y a plus de crépitation. Les incisions donnent un pus plus épais qui ne contient plus que des streptocoques. La température à 40° le matin, tombe à 39° le soir. Une hémoculture aérobie et anaérobie pratiquée restera négative.

Les jours suivants, l’amélioration de l’état général s'affirme ; la température s’abaisse graduellement et tombe à 37° le 6 mai. La rétention d’urine cesse. Le placard inflammatoire rétrocède rapidement après allongement des deux incisions. Le pus ne contient plus que des streptocoques. Les plaies se détergent et les muscles prennent une coloration rouge.

A partir du 9 mai, la température commence à s’élever à nouveau pour atteindre 39° le 12 mai et oscille jusqu’au 21 mai à 38°5. Au cours de cette période fébrile, le malade présente des accidents sériques cutanés ; puis une otite moyenne droite qui nécessite une paracenthèse le 19 mai. Une hémoculture aérobie et anaérobie pratiquée le 13 mai reste négative. Malgré les accidents fébriles, l’infiltration inflammatoire de la cuisse continue à régresser et finit par disparaître ; les plaies bourgeonnent et commencent à se cicatriser.

À partir du 21 mai, l’apyrexie est définitive et au bout d’un mois la cicatrisation des incisions est complète. Cependant le malade reste longtemps amaigri et assez prostré.

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Puis l’état général s'améliore ; l'appétit devient très vif. Le malade engraisse et quitte le service le 24 septembre 1936.

En un mot, c’est là l’histoire d’une gangrène gazeuse après injection médicamenteuse. L'examen bactériologique révèle comme agent microbien en cause le Bacillus ramosus en symbiose avec un streptocoque hémolytique aérobie. Son rôle est indubitable, car le streptocoque seul n'aurait pu être à l’origine d’une telle gangrène.

Un fait est frappant au point de vue clinique : c’est l’évolution favorable d’une telle affection que lon aurait pu, à juste titre, considérer comme fatale. On sait quelle est l’évolution de cas analogues de gangrène gazeuse après injection médicamenteuse lorsque le Bacillus perfringens est en cause: en 30 heures au plus la mort survient. Sur 84 cas de cet ordre rassemblés par Touraine et par Mabin, 79 ont eu une issue fatale.

Ici la nocivité, bien que nette, ne s’est pas montrée excessive, et de loin inférieure à celle de Bacillus perfringens, agent habituel de cette complication.

Cette observation vient à l'appui des faits signalés par de nombreux auteurs, reconnaissant un rôle pathogène au Bacillus ramosus dans des affections locales et respectant le milieu sanguin comme le laissent supposer toutes les hémocultures négatives.

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