‹ Du Rôle Social du MédecinChapitre 11 sur 18 · RARE · texte numérisé non relu

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dépenser? Et les goûts et la liberté, celle de s’alcooliser, de se tuberculiser ? Elle est jolieet à supprimer justement au nom de celle de se bien porter et de bien vivre.

Ainsi il serait facile de montrer l'influence du médecin nécessaire, efficace, bienfaisante, portant en tous lieux, voire aux colonies. Pour récent que soit son rôle ici, il a de suite été de premier plan et au Congrès colonial de Paris, en 1903, un rapport remarquable du docteur Matignon sur le rôle du médecin comme agent de pénétration en Chine l’a bien établi. Par son genre d’études, par sa profession, dit-il, il est observateur temporisateur, et apte à faire plus que tout autre de la biologie sociale. Par sa science, par le bien qu'il fait autour de lui, par ses instruments, il en impose, tel un thaumaturge, et est admiré, aimé et craint. Au reste, les Anglais et les Américains, gens pratiques, l'ont si bien compris qu'ils ont inondé la Chine de leurs médecins, convaincus avec raison que là où l’homme de prières ne pourra se faire entendre, le guérisseur sera écouté. Ainsi donc la création, la substitution d’un cadre de médecins coloniaux aux administrateurs est en expeclalive. D'un côté, le médecin administrerait, tiendrait la main, de l’autre, il soignerait, guérirait gratis ses administrés, se les attachant ainsi par la reconnaissance peut-être moins chimérique, chez ces êtres frustes, et tout d'impulsion que chez nous,

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gens civilisés. A ce propos, Marcel Monnier, l'explorateur, dit : «Mieux que personne le médecin est à même de pénétrer dans une certaine mesure les secrets de cette société chinoise si jalousement fermée ». En effet, quels avantages n’a pas sur le missionnaire, explorateur, l'ingénieur, et surtout sur les fonctionnaires, le médecin dont la science bienfaisante est désintéressée, alors que l’un parle au nom d’une religion étrangère, les autres au nom d'intérêts multiples. C’est ainsi que Yersin est regardé comme un demi-dieu, et qu’au moment de la peste il fut question d’introniser sa statue dans le temple des 500 génies de Canton, Dans la terrible insurrection des Boxers, les médecins seuls trouvaient grâce.

Les témoignages, au reste, abondent. C’est le docteur Kermorgant qui dit à l'Académie de médecine : « Les médecins par les opérations, les consultalions, les services qu'ils rendent aux indisènes, établissent notre ascendant sur le pays et sont nos meilleurs agents de pénétration à Madagascar. Ils ont traité la rage, les maladies vénériennes, la variole, la lèpre, le paludisme ; désinfecté, évité des épidémies ». C'est M. Doumer, une voix autorisée s’il en füt, ancien gouverneur général de l’Indo-Chine, qui, dans un de ses rapports, affirme que : « Rien ne sert mieux nos intérêts dans les milieux chinois, que les institulions médicales. A l’aide des médecins on y fait

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œuvre bonne pour l’humanité et aussi pour la France, c’est double profit. » C’est encore un médecin qui dit : « Après la défaite des Espagnols à Cuba, les Américains ont occupé la Havane; l’occupation a été intelligemment organisée, et dans un pays où les gens mouraient de paludisme et de fièvre jaune, le président Roosevelt a jugé bon de mettre, à la tête des troupes, non pas un général, mais bien un médecin, le major général Wood. À partir de ce moment une nouvelle campagne à commencé qui valut bien la première. » Au cours de cet exposé rapide du rôle protée du médecin, nous avons été obligés de n’exposer que sommairement certaines questions intéressantes sur lesquelles nous nous réservons de revenir plus à fond dans un travail postérieur. Ce que nous avons voulu seulement, et nous pensons y avoir réussi, c’est montrer ce rôle sans trève grandissant du médecin dans la société, faisant de celle-ci sa tributaire, ce qui va nous permettre, en un dernier chapitre, certaines conclusions.

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