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religieux, est sans direction, inquiète, désorientée. Un médecin, au reste, M.le docteur Fiessinger, rédacteur en chef du Journal des Praliciens, écrivain de valeur, penseur, voyant juste et profond, que nous lisons depuis des années, toujours avec grand plaisir et fruit, disait à ce propos dans un article reproduit par la Revue de Déontologie :
« Le médecin doit être homme de cœur, entrer dans les souffrances de son malade, les comprendre, et parce qu'il sait les comprendre, trouver les paroles qui consolent. La vie moderne fait du médecin un homme pressé et qui n’a pas le temps; il calcule la durée de ses visites, ne dépasse pas de cinq minutes la hâlte prévue et réglementaire auprès du malheureux chent. Ce dernier attend son médecin comme le Messie ; le médecin, à peine entré, a hâte de reprendre la porte. Le courant sympathique ne s'établit pas; le malade cherche à la fois l'homme de science et l’homme de cœur. Il ne trouve que le
premier. »
Et il ajoute,avec une générosité d'âme peut-être un peu trop grande, pour excuser l'infidélité du
malade :
« N’imputons pas celte disparilion à la versatilité du malade, n’en accusons que notre sécheresse de cœur et notre égoïsme. C’est toujours d’une excellente hygiène morale, quand un ennui vous arrive, de se frapper la poitrine et de dire : C'est ma faute. En se gourmandant soi-même, on arrive à bien
des choses. »
pores
Hélas, le médecin est trop souvent accusé, comme le lièvre de la Fable, d'avoir commencé le premier. N’empêche que l’idée qu’il émet, que le médecin s’en prenne à lui-même tout le premier, est en effet d'une puissante hygiène morale qui l’aidera, certes, à se dominer pour mieux dominer lesautres.
Toujours est-il qu'actuellement la situation est simple. D'abord les médecins fortunés, titrés, à eux les riches clients, lès honoraires élevés ; puis ceux de condition moyenne, qui sont forcés de se mettre en frais pour la clientèle, qui ne les en récompense parfois qu'imparfaitement ; enfin ceux, et ils sont l'énorme majorité,qui n’ont que leur diplôme pour vivre. Qu'ils exercent à la ville ou à la campagne, pour ceux-là la société tend à se montrer inexorable et s'ils ne s’unissent, ne réagissent ella dominent, elle les réduira à la famine d’abord, à l’esclavage ensuite. Corps élus, municipalités, administralions, syndicats, sociétés de secours muluels, collectivités de tous genres, s’entraînent à les traiter en mendiants. Ne vient-on pas de voir, et nous n’affirmons ici, impartialement, sans acrimonie, que Ce que nous pouvons prouver, que ce qui est de triste notoriété, ne vient-on pas de voir, disions-nous, le conseil général d’un département du midi offrir aux médecins deux sous et demi par vaccination ? Dans un autre conseil voisin, la question de la médecine et de la phar-
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macie gratuites fut discutée. Ce sont encore des maires qui inscrivent,sur la liste des ayants-droit à l’assistance médicale, leurs meilleurs électeurs exigeant des médecins qu'ils traitent en subordonnés, qu’ils les soignent en hâte avant leurs clients payants. (Presse médicale, 11 mars 1904). C'est l'Etat qui, tout le premier, donne ce pitoyable exemple de notre mise en coupe réglée. Ainsi les médecins appelés à donner leurs soins aux gendarmes et à leurs familles, ont droit, pour tous honoraires et dédommagements, après 10 ans, à une lettre d’éloge et au titre de médecin de MM. les gendarmes, après 15 ans, à une médaille de bronze, après 30 ans enfin à un ruban de couleur. Ce serait à en rire,fsi cette exploitation éhontée n’était le fait de l’Elat lui-même. Qu'on aille s'étonner après cela que tant réclament la médecine gratuite. Ainsi aujourd'hui pour nombre c'est l’humiliation, la misère, mais que sera-ce demain ? Demain, point d'interrogation qui 1nquiète tout le monde, ilsulfit pour s’en convaincre de parcourir les revues et journaux médicaux, Au hasard, qu’il nous soit permis de citer de M. le D: Fiessinger, dans le Journal des Praticiens, les
passages suivants :
« L'heure est grave pour le médecin et son avenir s’y dessine. Les tendances politiques actuelles tendent de plus en plus
à subordonner les avantages de l'individu aux intérêts de la
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communauté. La liberté du médecin menace de sombrer devant les revendications sociales. On a accordé l'instruction gratuile, on commence à parler de la santé gratuite. De même que les instituteurs et professeurs divers de l’esprit, les médecins seront-ils enrégimentés demain à titre d’éducaleurs ou de gardiens de l'enveloppe physique ? Seront-ils considérés comme fonclionnaires ? Des journaux avancés ont déjà émis l’idée d’une affectation différente du budget des cultes. Des prêtres il passerait aux médecins. Au lieu d’un desservant par paroisse, il y aurait un médecin par demi-douzaine de villages, le traitement supprimé des desservants étant rassemblé en une seule somme et reporté sur la tête du confrère. Pareille modification
s’opérera-t-elle jamais et assisterons-nous à celte surprise ?»
Et, à propos de la médecine gratuite :
« Dans une nation où l'instruction est gratuite, tôt ou tard la médecine devient gratuite. On soigne l'esprit aux frais de la communauté, pourquoi pas le corps? S’occuper du cerveau et négliger l'enveloppe physique est une de ces demi mesures qu’un pays logicien comme le nôtre ne saurait tolérer longtemps. D'ailleurs, à quoi sert l'instruction si le corps est ma-
lade ? Avant d'aller à l’école, il faut se bien porter ».
C'est pour continuer d’assombrir le tableau, que le D° Legendre nous avertit des « divisions profondes que créent entre les citoyens la résurreclion, avec une acuité digne du xvr° siècle, des querelles non seulement politiques mais religieuses, qui empoisonnent les rapports sociaux et
tendent à fausser jusqu'à l’esprit de notre profession ».
Nous voilà bien convaincus une fois pour toutes que la médecine est, dans un avenir proche, appelée à se fonctionnariser. Avec la société socialiste, voire collectiviste de demain, le malheureux médecin livré seul à ses propres forces ne pourrait lutter, il serait broyé, jamais le Væ soli n’a régné plus inexorablement ; leurs syndicats déjà même sont impuissants. Les médecins sont donc destinés à être des salariés et de ce fait leur liberté, seul gage du bon exercice de leur art, est menacée, à moins qu'ils ne s'entendent, ne s'unissent dès maintenant et n’imposent leurs volontés. Conserver leur liberté d'action, d'appréciation, tout est là ! Qu'ils s'unissent donc, grands et petits, multititrés et simples docteurset, que sans plusattendre, dans de grandes assises ils fixent eux-mêmes leur sorten même temps que celui de la société. Puisque le salariat semble devoir être leur condition de demain, qu'ils en fixent les règles, qu'ils organisent leur budget, leur corporation, qu'ils établissent leurs lois propres, les rendant justiciables de leurs pairs, au point de vue professionnel, bien entendu. Qu'ils fassent eux aussi un bloc bien compact, sans fissures, ne permettant ni l'intrusion de la politique, ni du favoritisme si possible, un bloc insensible, invulnérable aux jalousies, aux critiques qui, trop malheureusement, sont
l'apanage des démocraties niveleuses sous prétexte d'égalité. Sans doute à ce sujet n'est-il pas hors de propos de rappeler que ce fut Charles- Quint qui sauva la vie à Vésale pour une autopsie malencontreuse et que Louis XIV soutint Molière dans sa lutte contre la Cour et l'Eglise.
Mais c’est un Etat dans l'Etat, cela, et rien n’est plus dangereux, ni moins égalitaire, affirmeront certains. N'importe, si cet Etat a ce qu’il faut pour diriger l’autre ce pour son plus grand bien. La société dans son intérêt doit au médecin une situation privilégiée, lui assurer sa vie et non l’absorber et le domestiquer, ce qui serait une erreur et ferait son malheur. La médecine a pu être un sacerdoce, tant que les questions d'argent n’ont pas été prépondérantes, désormais elle devra tenir et du fonclionnarisme pour vivre et du sacerdoce pour l'exercice de l’art. C’est ainsi qu’en prévision de cet avenir, les médecins hollandais travaillent, paraît-il, à la constitution d’un fonds d'Etat destiné à fournir un traitement fixe à tous pour les débarrasser du souci de vivre. Leur assoclation a proposé de prélever 1 à 2 0/0 sur les revenus dépassant 500 florins ; seules ainsi les classes aisées contribueraient à l'entretien de ces fonctionnaires de la santé dont on compterait un par 2.000 habitants. Ici qu’il nous soit permis en jetant un coup d'œil sur l'histoire de constater qu'aussi bien que dans l’évolution de notre art,
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dans notre évolution corporative, le nil novt sub sole, est toujours vrai et que ce fonctionnarisme médical, vers lequel nous marchons fatalement, existait de toule antiquité. Ainsi les villes grecques avaient un médecin publie, le plus souvent désigné à l’élection, lequel était entretenu par les citoyens de la ville qui s’associaient el s’imposaient à cet effet. [1 leur était décerné des récompenses, une couronne d’or pour soins gratuits, couronne que l’on avait sans doute la ressource de pouvoir monnayer en cas de besoin et seulement une couronne de feuillage pour la bonne préparalion des médicaments. Au médecin ainsi choisi on donnait une officine, latrium, où il habitait, donnait ses consultations, opérait, pansait; aans une des salles étaient ses médicaments, dans une autre des malades ayant subi une opération et enfin dans une autre encore, les pauvres sans gile. Ainsi donc dans sa demeure, le médecin réunissait l’officine, la maison de santé et l’hospice. Encore une fois, ce médecin élait payé à l’aide d’un impôt prélevé sur les citoyens, quelque chose,sans doute, comme notre cote personnelle. Ce médecin publie avait des élèves. A Rome, les médecins fonctionnaires étaient les archiâtres, ils étaient nommés par le Conseil de chaque cité ; leur salaire était fixé par les décurions (conseillers municipaux), ils devaient leurs soins aux pauvres et pouvaient former des élèves. C’étaient, en somme, des médecins
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municipaux que l’administralion consultait pour l'assainissement, l’embellissement de la ville, pour la défense des épidémies et la réglementation d’une bonne hygiène publique. A Rome, la médecine administrative acquit son entier développement. Il y avait les médecins du gymnase, du collège des vestales, du cirque, des gladiateurs, des associalions d’arlisans, correspondant à nos sociétés de secours mutuels, du théâtre,des Bibliothèques, des Jardins. De nos jours enfin, en Roumélie, en Anatolie, quand une commune est assez riche, elle impose ses membres et s'offre un médecin. En France, les projets ne manquent certes pas, le D' Filoundam en exposait un entre autres dans la /evue de Déontologie basé sur l'assurance. Qu'il nous soit permis d’en exposer succinclement un auquel nous avons songé, peut-être a-t-il été en partie, voire en lotalité, déjà préconisé, auquel cas nous abandonnons sans difficulté la paternité. Voici: de même que le clergé catholique a sa vie assurée et sa liberté d'exercice garantie par le Concordat, de même un compromis serait à intervenir entre la corporation médicale et l'Etat assurant aux médecins un budget, tel le budget des cultes, prélevé au litre contribution directe, soil proportionnel au revenu, soit fixe, lelle la cote personnelle. Un Comité supérieur de la santé publique, ce vocable n’a rien d’effrayant, il y a bien eu un Comité de salut public, sorte de ministère
de la santé dont la composition à déterminer comprendrait par exemple l’Académie de médecine, les professeurs des Facultés, des délégués élus par suffrage, pourvoirait aux nominalions aux posles médicaux, disposerait, répartirait le budget, connaitrait des différends entre confrères, médecins et malades, aurait voix prépondérante et pouvoir exéculifet judiciaire en matière d'hygiène, c’est-à-dire le droit de poursuivre et punir ceux qui ne voudraient pas se conformer aux lois d'hygiène établies, risquant ainsi de nuire à la santé géntrale, par exemple ceux qui crachent par terre. Enfin, il serait encore consulté par les autres assemblées législatives d'Etat dans les autres questions sociales. Il estbien entendu que dans ce court exposé nous n’avons pas la prétention d’avoir établile modus vivendi, définitif, à venir, résolu cette grosse question sociale. Non, nous nous estimerions trop heureux si nous pouvions provoquer seulement le réflexe de la discussion, quoique l’on prétende que n’en jaillisse pas la lumière. Que si, d'aventure, quelqu'un venait nous dire : mais la liberté qu’en faites-vous, ainsi une partie des actes de notre vie sera contrôlée par le médecin. Nous leur répondrions sans ambage : la liberté, mais grâce à eux vous jouirez de la plus belle, celle de vous bien porter, ce qui vous permettra de concevoir plus sainement les autres libertés et d’en jouir plus aimablement.
En prévision de ce rôle directeur à jouer, les médecins devront tendre à développer encore plus leurs qualités morales, plus grandes sont les charges, plus grandes doivent être les qualités, 1ls n'y failliront pas, le passé est ici sûr garant de l'avenir, cependant il sera bon que leurs études - soient dès l’abord orientées dans ce sens,au cours de celles-ci on développera davantage l'esprit philosophique, les facultés psychologiques et par dessus tout celles d'humanité, d’affectivité, de dévouement, de bonté, de cœur. Or, pour cela rien ne vaut la clinique, la vue, la fréquentation journalière des malades. On a dit avec raison que si l'étude de la médecine faisait les savants, la pratique des malades faisait le médecin. Certes, la clinique nous enseigne les maladies mais combien plus,elle nous fait pénétrer, entrer en communion avec les malades, nous permettant d’adoucir d'un mot la détresse morale qui souvent complique . leur déchéance physique, de leur faire entrevoir, à ces vaincus de la vie, des temps proches meilleurs, de les encourager à la résignation dans leurs crises, en un mot de les bercer moralement comme de grands enfants qu'ils sont redevenus. « Savoir écouter celui qui souffre, n'est-ce pas en partie le consoler déjà ? N’y a-t-il pas dans la manière d'écouter quelque chose qui témoigne de la bienveillance », dit, dans son Perfectionnement moral, de Gérando : « Observez les médecins qui
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guérissent le plus, vous verrez que ce sont presque tous des hommes habiles à manier, à tourner en quelque sorte à leur gré l’âme humaine, à ranimer l'espérance, à porter le calme dans les imaginations troublées », affirme de son côté Cabanis, dans son traité du degré de la certitude en médecine. C’est V. Hugo qui dit : « Une cure est une paternité ».
Encore une fois rien comme la clinique pour développer les sentiments d’altruisme ; rien que la vue du malade dit à qui sait le voir ses luttes, ses déboires, ses misères, expliquant ainsi ses tares.
La clinique, cenous est un vif plaisir de le constaler, a été noblement, brillamment représentée en France. À cela rien de surprenant, si l'on veut bien réfléchir que la clinique exige l'esprit clinique d’abord, soit à dire clarté, sens généralisateur, qualités bien françaises, cela s'alliant au sens psychologique, à la douceur, à la bonté. La plupart de nos gloires médicales furent de grands cliniciens, de grands cœurs doublés de profonds philosophes. À ce propos, depuis quelques années on va répétant volontiers que la clinique chez nous tend à disparaître au profit du laboratoire. Nous ne le croyons pas, ce serait grand dommage. Tous deux peuvent se compléter, sous cette réserve toutefois que si le laboratoire est plus scientifique la clinique, elle, est plus humaine. Cette soi-
disant faillite de la clinique, nous n'y pouvons croire, ayant en effet eu la bonne fortune d’être l'élève d’un de ces bons cliniciens, nous voulons nommer M. le professeur agrégé Chauffard, qui synthétise par excellence pour nous le maître dans toute la noble acception du terme comprenant science et bienveillance ! Qu'il nous permette de lui exprimer ici notre reconnaissance pour nous avoir fait comprendre ce que c'est qu’un bon clinicien, ce que c’est surtout qu’un bon médecin, de quel rayonnement de bonté il est susceptible et de ce fait de quelle influence il peut jouir. Une bonne parole vaut souvent autant qu’un traitement, parfois même elle en lent lieu. La bienveillance est une thérapeutique et non la moins efficace. EL à ce propos que notre maître nous permelte de rappeler ici une anecdote qui blessera peut-être sa modestie mais qui vaut trop par son enseignement pour la laisser inconnue.
Un matin donc que nous suivions sa visite à l'hôpital, notre maitre s'approche du lit d’un entrant, el, après la lecture de l'observation par l’externe, le diagnostic posé, il se met en devoir de le corroborer. Ayant constaté, au cours de son examen, une série de cicatrices, indices de profondes brûlures anciennes, et une jambe amputée, il en demande l'origine, alors le malade lui raconte que, ouvrier revenant de son travail, il passal rue de Charonne lors du terrible incendie où