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fut lué le colonel Froidevaux ; bien entendu, ajoutait-il avec son accent faubourien demigouailleur, j'ai donné un coup de main! Ah! là, là, il faisait chaud, je vous en réponds, quelle suée ! enfin on à fait ce qu’on a pu, pas vrai! Et ce qu'il avait pu, lui, c'était y laisser sa jambe, mais il fallait entendre cela, dit avec ce sans-façon sublime, ce fatalisme souriant de cet enfant du pavé. Notre maître lui dit simplement : « Mon ami,vous êtes un brave ; donnez-moi votre main ». L'autre, croyant qu’on allait lui täter le pouls, selon l'habitude, tendait son poignet. Non, votre main, répéta M. Chauffard, et, la lui serrant devant tous : «Mon ami, vous avez fait là ce que pas un de nous sans doute n’aurait fait, moi le premier. — Allons donc, reprit le malade. — Mais non, répliqua simplement notre maître. » Et ce fut tout, et ce fut grand cette scène, et il fut beau ce geste. En ces dernières années il a beaucoup été question de la beauté de certains gestes, Je crois que peu pourraient soutenir le parallèle. Que dire de tels maîtres, sinon qu'ils sont la gloire de la médecine française.
Ah ! l'influence souvent décisive du maître sur l'élève, qui n’en est convaincu? Voici deux ans, M. le professeur Blanchard, qui nous à fait l'honneur de vouloir bien accepter la présidence de cette thèse, ce maître à l'esprit brillant, ce lettré, ce curieux de toutes les manifestations de
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l'esprit, qui a si vaillamment lulté pour faire disparaître cette appellation ridicule, ce barbarisme, de sciences accessoires. Sciences accessoires, ces sciences naturelles qui, par un de ces coups de baguette magique, sont devenues sciences de premier plan d'actualité, et viennent de nous ouvrir les horizons du paludisme, de la fièvre jaune et de toute une série de maladies exotiques dont notre avenir colonisateur ne saurait se désintéresser, et dont la plus terrible et non la moins curieuse est cette maladie du sommeil. Eh bien, ce maître, disions-nous, voici deux ans, dans un discours prononcé sur la tombe de Bichat, pour son centenaire, le 22 juillet 1902, prononçait, à propos de l’influeuce décisive du maïtre sur l’élève, de Desault sur Bichat, les éloquentes paroles suivantes :
« Ce sont là des faits bien connus, qui parlent hautement en faveur du maître et de l'élève, qui font le plus bel éloge des mœurs simples et familiales de l’époque; au contact journalier de Desault, Bichat ne pouvait manquer de subir l’influence de ce génie actif et ardent qui entrainait, d’une façon irrésistible, ses auditeurs vers l'étude et la pratique de la chirurgie. Je formule au passage cette appréciation afin de noter l’action
exercée par le maître sur l’élève. »
Cette influence, nombre de nos maîtres l’ont subie et lui doivent, pour beaucoup, ce qu’ils sont. Que ne font-ils de même, dira-t-on ? Ils essayent,
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mais de nos jours, malheureusement, l'intimité de l'hôpital n'existe guère plus. Malgré toute leur bonne volonté, dont nous ne saurions douter, combien de maîtres ignorent en parlie leurs élèves, ils sont trop haut, trop absorbés et les autres sont trop loin. La grande famille médicale s'en est allée à la suite de la Révolution, comme la famille en général en France, el pourtant il va falloir de toute nécessité la reconstituer, nous avons dit plus haut, en vue des luttes de demain, afin de nous imposer à la société pour qu’elle nous écoute, nous respecte el ne nous écrase pas. Ce lit du malade, quelle occasion de philosopher, quel prétexte à leçons de vie à donner par le maître à ses élèves. Un lit d'hôpital, en effet, quand il n'est pas l’aboutissant de la fatalité qui s’est acharnée est fort souvent celui d’une vie mal comprise, mal conduite. De ces exemples chaque jour renouvelés, que de morales fructueuses à tirer, à ajouter aux leçons de convenance, de douceur envers les malades. Où sont les beaux jours de Trousseau ? À ces jeunes gens arrachés de la veille à leurs familles, à ces esseulés dans la grande ville, n'ayant plus pour tout foyer qu'une chambre d'hôtel triste, manque certes l'appui du maître. Que de malheurs irréparables, que de larmes, que de regrets, que d’avaries, que de vies empoisonnées, manquées, qu'un mot, un conseil, une attention, auraient peut-être empêchés ! Ah!
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