‹ Du Rôle Social du MédecinChapitre 6 sur 18 · DNS UE · texte numérisé non relu

DNS UE

la fatigue et conclure que c'étaient les mathématiques qui fatiguaient le plus, et le dessin le moins. D'où le besoin de varier et surtout de frapper l'œil, les sens, avant que de faire appel au raisonnement et surtout à la mémoire; donc plus d’automatisme récitatif. L'éducation, encore une fois, est une science qui ressorlit de la médecine. C’est ainsi qu’en Amérique bien entendu, dans le Nouveau Monde, à Washington, existe,sous la direction du D' Mac-Donald, un bureau d'éducation. Déjà est introduite dans les Lycées l'inspection corporelle par le médecin avec, relevés sur une feuille, taille, poids, périmètre thoracique. Ce sera la gymnastique suédoise, particulière à chacun, établie par le médecin, développant chez l’un le thorax, chez l’autre les jambes. Plus d'appareils brutaux ; plus d’acrobatie.

A l'entrée de chaque élève sera constitué son dossier de santé, carnet ou fiche, qu'importe, avec détails sur les ascendants, comme ainsi seront facilitées désormais l’étiologie, la pathogénie. Ce sera l'éclairage, l’aération, les bains que devra encore réglementer le médecin, ce seront, faites aux élèves, de petites conférences d'hygiène de la peau, des muqueuses et surlout, l'âge de la puberté venu, des conférences sur l’onanisme, les maladies vénériennes, leur inculquant qu’il n’y a pas de maladies honteuses pas plus qu’il n’y a de parties du corps honteuses, qu’une maladie véné-

BU; ut

rienne on doit l'avouer, s'en plaindre comme d’un mal de dent ; et, pour frapper l’œil, des moulages à l'appui. A Berlin existe ainsi un cours de prophylaxie pour les étudiants, subventionné par la cassette parliculière de l'Empereur. Au médecin encore le soin de reconnaitre les enfants anormaux et de les diriger sur une école spéciale, maison d'orthopédie morale, dirigée évidemment par un médecin ; de dépister les tuberculeux, les rachiliques et àe les aiguiller sur des institutions établies au bord de la mer. Ainsi devra se constituer forcément un cadre de médecins scolaires. Dès lors que sur les adultes où les vices, les tares sont ancrés, nous n'avons que peu de prise, concentrons tous nos efforts sur cette jeunesse, pâle molle prêle pour toutes les empreintes et imprimons-lui la bonne. C’est ainsi que M. le professeur agrégé Letulle estime que l'hygiène, par ses bienfaits prodigieux, est en train de s'élever à la hauteur d’une religion, ayant sa morale, son décalogue, ses adeptes, voire ses martyrs. Les instituteurs sous la direction des médecins devront enfin devenir des éducateurs physiologiques et plus des pédagogues seulement. Assez d'histoire et de système métrique, un peu plus d'hygiène. On ne crachera plus par terre peut-être enfin. Toute cette jeunesse propagera dans les familles celte foi nouvelle ; les parents comprendront et les imnteront. Pour les filles les mêmes règles seront applicables

Pose

dans les écoles, les pensions, avec cette différence qu'ici on pourra faire surtout appel aux femmesmédecins, ce qui risquera moins d'effaroucher certaines pudeurs.

Cet enseignement bien compris pourra avoir sur le relèvement de notre race une influence décisive. Au reste, la ligue de prophylaxie sanitaire el morale a entrepris sous ce rapport une croisade dont il faut altendre les meilleurs effets, oh! à une condition, pour elle comme pour toutes les autres ligues, pas trop de conférences, pas tant de prèches, où nous risquons de tout compromettre, de tout voir sombrer sous ce flux de paroles ; nous n'en voulons comme preuve que les universités populaires. Oui, trop de chaires, trop de conférenciers de bonne volonté, à verre d’eau, cravate blanche et habit, trop de jeunes Démosthènes en mal de s’entraîner, non plus avec des cailloux, mais avec de grands mots devant des bancs vides. Non,ce qui convient mieux à notre caractère français, c’est le conseil amical, dit en passant sans insister, c’est l'exemple, l’enseignement par la vue, par l’en‘rainement.

Et àce propos qu'il nous soit permis de soumettre 1ci une idée que nous croyons fertile, qui nous est venue en contemplant dans une fête foraine un de ces musées anatomiques ayant, comme toile enseigne, une salle d'opération avec le traditionnel chirurgien à favoris et à grosse roselte

SOL pal

rouge, ne faut-il pas sacrifier à la mode ! Toujours est-il qu’en voyant toul ce monde s’arrêter curieusement devant le trépané en cire de la porte, nous songeâmes combien cette curiosité plutôt malsaine pourrait être heureusement exploitée.

La leçon de choses, tout est là. Qui empêcherait pour lors certains musées ambulants de se monter sous la direction de médecins amis des voyages, renouvelanten cela les médecins voyageurs de l’antiquité, musées comportant des moulages pour les maladies vénériennes, la tuberculose, l'alcoolisme, des tableaux,un cinématographe ; qui, sans revêtir la forme baraque de foire, ce qui serait peut-être le plus sûr gage de succès, iraient de villes en villes, s’installant dans des salles d'écoles ou de mairies, l'entrée étant gratuite, les explications et projections non moins gratuites, bien entendu. Il y a là une croisade moderne à entreprendre pour laquelle il faudrait avoir la foi, se placer au-dessus des dénigrements, des critiques'acerbes, mépriser les quolibets des vaudevillistes et des chansonniers, gens quiont tué chez nous bien des idées généreuses. Cette croisade que nous tenterons peutêtre, pourquoi une ligue comme la ligue de prophylaxie sanitaire et morale ne l’organiserait-elle pas, ne donnerait-elle pas son appui ? Il faut être bien convaincu de ceci que rien n’est petit ni ridicule quand le but à atteindre est grand.

Herbert Spencer, le grand philosophe anglais, di-

sait: « Quel est le savoir le plus utile? La science qui concourt à la préservation directe de soi-même en empêchant la perte de la santé... Il faut que la diffusion de l'hygiène précède et prépare dans un avenir plus ou moins éloigné une manière de vivre plus conforme à la raison ». Au régiment les médecins militaires continueront, parachèveront l'œuvre de leurs confrères eivils par des conseils, des appréciations sur les maladies vénériennes, l'alcoolisme, l'hygiène, la propriété.

Ce sera aulant d'acquis sur la cantine, le petit verre et sa suite. L'armée, au reste, n’a pu résister, heureusement, à ce courant d'humanité qui sera, nous espérons, la caractéristique de ce siècle.

Enfin nous en arrivons à l’homme et à la femme en état d’être mariés ; ici encore et toujours le rôle du médecin doit être décisif. Nous allons aborder, ici, un des points les plus conteslés, cela bien entendu au nom de la liberté qui, sans aller jusqu’à l’apostrophe de madame Rolland, est cependant trop sans limites. La liberté, ont défini les droits de l'homme, finit là où celle du voisin commence.

En vertu de cette définition, pour être libre de se marier, 1l ne faut pas risquer d’attenter à la li- berté de se bien porter de l’autre conjoint, d’où la nécessité absolue du certificat de santé pour contracter mariage. Jadis il fallait justifier de son

le —

billet de confession, demain on exigera en plus ou à la place celui de santé, d’aplitude au mariage et à la procréation qui en est la fin, le but. De même que le Conseil de révision rejette les déchets, de même il en sera pour le mariage, acte plus grave, plus gros de conséquences au point de vue de l'intégrité de la race qu'un soldat malingre. Encore une fois l'intérêt particulier cédera devant l'intérêt général et l’on ne verra plus bientôt, nous l’espérons, de malheureux médecins pris entre leur conscience qui leur dit qu'ils vont laisser s’accomplir un crime parfois et la loi qui vient leur fermer la bouche et leur cadenasser la conscience. Nous avons le livret de travail, le livret de mariage, nous aurons le livret de santé et ce sera un bienfait. Donc, pour se marier, pour l’'homme,examen par une commission de médecine, analogue à celle du conseil de revision, et, pour la femme, certificat de deux médecins. Pourquoi cette inégalité, nous demandera-t-on? Parce, qu’en l’état actuel de nos mœurs on ne peut exiger plus et puis, il faut bien l'avouer, Phomme est plus sujet à caution, étant ce qui le distingue de l'animal, toujours homo malefaciens en tout temps, àloute heure. Et le sentiment, le cœur, nous répliqueront d’autres, qu’en faites-vous ? Ce cœur à des raisons que notre raison médicale ne devra pas connaître. Ainsi, nous venons de voir le rôle du médecin, assistant l’homme du bercau au mariage,

LU

heure où celui-ci va créer un être qui recommencera le cycle. Dans le chapitre qui suit, nous allons le voir en face de la collectivité et constater combien son rôle devient encore, si c’est possible, plus grand, plus prépondérant.

Page 1