‹ Du romantisme au réalismeChapitre 100 sur 268 · Hustin, Jules Dupré (/.'Art, i5 octobre 1889, p · texte numérisé non relu

Hustin, Jules Dupré (/.'Art, i5 octobre 1889, p

forment des empâtements énormes, une sorte de crépi qui prête aux plaisanteries des caricaturistes1. « Ses tableaux », assure-t-on, « se voient mieux de profil que de face. » D’ailleurs, malgré la recherche perpétuelle des recettes, malgré des tâtonnements incessants, on ne voit pas qu’il y ait à aucun moment, dans cette cuisine, progrès ou changement essentiel.

A vrai dire, la seule nouveauté réelle de cette technique réside en sa complication. Obtenues à plus de frais, les harmonies sont analogues à celles que désiraient les Hollandais, les Vénitiens ou les Anglais, plus subtiles certes mais non pas différentes. Les procédés de Delacroix ouvrent à la peinture des perspectives infinies, ceux-ci sont laborieusement traditionnels. Le seul exemple qu’ils offrent aux artistes est le fruit qu’on peut attendre d’un travail acharné. Decamps, plus que tout autre, défend la cause du métier obstiné et la pratique des empâtements.

L’objet que Decamps poursuit n’est pas l'imitation des harmonies naturelles, il ne lutte pas avec la nature. Sans doute, il cherche à donner la sensation des matières, rend l’aspect spongieux des étoffes laineuses, les reflets d’une soie, le grain d’une pierre, l’éclat mat des porcelaines, les jeux durs des métaux. Ce sont là tours de virtuose. Mais, de ces éléments assemblés, il ne vise qu’à obtenir une unité de tableau. Si, dans les quatre baguettes du cadre, il a serti un bijou riche, il a réalisé ses désirs. Il ne se soucie, au fond, ni du plein air, ni des rapports exacts, ni des diaprures d’un couchant réel ; et on lui reproche à tort de ne pas sentir les valeurs ou de les observer mal, car son art est tout subjectif et la sensation qu’il veut provoquer doit nous être agréable par elle-même, en dehors de toute relation ou de toute comparaison avec la réalité. Il nous soumet un ensemble

x. Le Salon caricatural, 1846, p. 14.

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