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DECAMPS. LE SUPPLICE DES CUOCHETS

de taches somptueuses et homogènes, beau comme une agate merveilleusement veinée.

La tonalité générale de ses tableaux est chaude : les blancs sont parcimonieusement ménagés, la lumière elle-même est jaune, les notes sombres ou intenses dominent, et les ombres restent colorées. La toile est rouge ou dorée, parfois un peu cuite. La grande, l’essentielle action de Decamps, c’est d’avoir fait connaître le prix des belles colorations, d’avoir intéressé à des beautés toutes de métier et d’avoir, par là, rendu les yeux plus exigeants1.

Il s’imposa, nous l’avons dit, presque sans résistance, et l’on comprend que son esprit lucide et ses effets sans imprévu n’aient provoqué ni désarroi ni terreur. D’ailleurs, il n’était pas peintre d’histoire et l’Institut ne redoutait pas cet auteur de petites toiles, cantonné, pour des esprits traditionnalistes, dans un domaine secondaire. Il ne recevait pas de commandes de l’État. On s’en prit moins à lui parce qu’il dissimulait sa force. Ajoutons qu’il fut soutenu près de la presse, au moins à ses débuts, par son frère, Alexandre Decamps, critique notoire, l’un des esprits les plus sagaces de ce temps.

Pas plus que Delacroix, Decamps n’eut, à proprement parler, de disciples directs. Son action devait être diffuse2; à l’approcher trop, on risquait d’être absorbé par lui. C’est le malheur que n’évita pas un artiste remarquable, Adrien Guignet. Épris de Decamps3, il arriva à s’assimiler la facture de son modèle au point de rendre la confusion possible. 11

1. C’est en visitant la collection Wallace à Londres que l’on est le mieux à même d’apprécier le charme précieux de Decamps.

2. Je crois la reconnaître dans la facture de la Mort du Précurseur grande machine de Glaize (1846), au Musée de Toulouse. Voir encore, de Glaize, Sainte Élisabeth de Hongrie (Salon de 1844), au Musée de Valenciennes; le Sang de Vénus (i845), au Musée de Montpellier.

3. Cf. une lettre de Guignet datée de 1844 (Bulliot, Le peintre A. Guignet, p. 3g sqq).

mérite cependant d’intéresser, car ses conceptions, où le souvenir de Salvator Rosa s’allie aux réminiscences de Decamps1, restèrent souvent originales. Dans ses combats de barbares, dans ses condottieri , règne une sorte de poésie mystérieuse, un silence, qui frapperaient davantage s’ils ne s’exprimaient pas par des pastiches2 3.

IV. — Delacroix et Decamps nous ont révélé l’apport essentiel du Romantisme. Les artistes qui les ont entourés ont répété avec moins de puissance quelques-unes des vérités nouvelles; ils l’ont fait parfois avec infiniment de talent, avec un agrément délicat, mais, à laisser de côté les paysagistes, ils n’ont rien ajouté de capital.

Romantiques, ils choisissent leurs sujets en toute liberté et ne s’y intéressent qu’autant qu’ils sont pittoresques. Ils ont tous le souci du métier; à des degrés divers, ils sont des coloristes.

Ils recherchent la vie et le caractère. La prédication de saint Jean-Baptiste* que Champmartin exposa, en 1 835, est un bon exemple de ce double souci. Le peintre a essayé d’imaginer, de voir la scène ; il a remplacé les personnages traditionnels par des figures familières. Il a accentué les traits, individualisé les types. D’ailleurs, il a cherché le pittoresque dans les détails, le groupement ; il a eu la volonté de faire un œuvre libre.

Les mérites qui nous paraissent dominer la Prédication de Saint Jean retiennent, à un moindre degré, en d’autres œuvres où a été surtout poursuivi un ensemble harmonieux. Si nous regardons l’esquisse faite par Eugène Devéria pour

1. Une lithographie de Decamps : Le défilé , publiée par Y Artiste en 1 834 (t. II, p. 188) annonce l’inspiration de Guignet.

2. Voir, au Musée de Rouen, Joseph expliquant les Songes (Salon de 1 844) • et, au Musée d'Autun, Une mêlée (même salon).

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