A l’église Saint-Thomas-d Aquin
son plafond du Louvre, nous verrons que le peintre, indifférent aux conditions décoratives, a, par contre, étudié, avec un soin extrême, l’esquisse libre et les convenances des taches colorées.
Voici, à présent, des artistes pour lesquels le Romantisme prend une signification amenuisée : ils profitent de la liberté pour s’abandonner à leur fantaisie ; au métier enrichi ils demandent, avant tout, de l’agrément. Sans se cantonner dans les toiles de chevalet, ils y obtiennent plus aisément les effets qu’ils désirent et affectionnent les dimensions médiocres ou minuscules. Doués de qualités brillantes ou exquises, virtuoses de la palette, ils sont les petits maîtres du Romantisme et ont conquis la notoriété ou la gloire dans ce domaine restreint où Delacroix se sentait à l’étroit et où Bonington leur livrait des exemples inégalés l. Poterlet, qui mourut très jeune, Roqueplan et Diaz dans leurs meilleurs jours, Eugène Isabey, Eugène Lami sont, chacun, dotés d’une sensibilité différente mais ils se ressemblent tous par la qualité de leur vision et le luxe raffiné de leur palette. Les harmonies sont éclatantes, nacrées, ramenées à des masses plus simples chez Diaz; Poterlet ou Roqueplan, par des notations sommaires et intenses, créent des ouvrages chauds et vigoureux. Eugène Isabey accumule les détails ingénieux, les traits spirituels et ne craint pas de faire papilloter les lumières; Eugène Lami, lorsqu’il est en verve, trouve naturellement les nuances les plus fines et les rapports les plus délicats. Sujet, composition, tout se subordonne pour eux à l’exécution. La dispute de Vadius et de Tris salin ( 1 83 1 ) , de Poterlet, l’ Alchimiste (i836)et les scènes historiques d’Eugène Isabey, les Cerises ( 1 836) , Van Dyek a Londres ( 1 838), de Roqueplan, telle scène contemporaine
1. La vente de la collection Brown en 1837 où figuraient de nombreuses aquarelles de Bonington rappela l’attention sur la mémoire de l'infortuné artiste.
de Lami et les femmes nues, dans les paysages lunaires, de Diaz, sous des prétextes variés, sont uniquement des morceaux de facture. L’intérêt en serait mince si le faire n’en était pas précieux. Ce sont des pages de signification légère mais d’écriture très étudiée; parfois des véritables chefsd’œuvre 1.
Même réduit à ces proportions étroites, le Romantisme se défendait contre le discrédit. Entre le métier des tableaux de genre peints vers 1820 et celui des tableautins de 1 8 3 5 , la différence est prodigieuse.
V. — Il a contribué, d’une façon certaine, à enrichir le portrait. Sans doute quelques artistes se sont plû, sous prétexte d’effigies, à faire des pages outrancières, peu consistantes, où l’étude du modèle même était sacrifiée. Ainsi procédaient Debon quand il se peignait en bourreau ou Louis Boulanger quand il représentait Balzac (1837) ou Decéria. Mais d’autres, et Delacroix, inégal et parfois excellent portraitiste, leur en donnait l’exemple dans ses propres portraits, ont cherché par des moyens picturaux plus complexes et plus sensibles, à définir la figure et l’âme humaine avec plus d’intensité. Ils ont ainsi composé des pages dont quelques-unes sont excellentes. 11 suffit de rappeler le Baudelaire de Deroy, très voulu, très conventionnel d’attitude et de facture et cependant si vivant, l 'Antonin Moine ( 1 833) de Mme Dehérain, plus sobre, d’une richesse plus contenue, ou encore cette figure de Buonarotti où Jeanron a exprimé,
1. Le tableau de Poterlet au Louvre. — L'Alcliimiste d'Isabey au Musée de Lille ; l'Arrivée du duc d ’Albe à Rotterdam ( r 844) dans la collection Chauchard ; Un mariage dans l'église de Delft (1847I dans la collection Thomy Thierry au Louvre; les Cerises de Roqueplen à la collection Wallace à Londres. — Folles filles, Petits enfants et petits chiens de Diaz dans la collection Moreau Nélaton ; Vénus désarmant l'amour (1837) dans la collection Thomy Thierry au Louvre.
avec une vigueur saisissànte, l’énergie indomptable d’un vieillard déjà marqué par la mort1.
Les premiers portraits de Champmartin, le duc de Fitz- Jarnes 2 ( 1 83 1) , Madame de Mirbel (i 83 1) , le baron Portai (i 833), furent salués comme des chefs-d’œuvre 3. Celui de Mme de Mirbel que l’on voit à Versailles séduit encore par sa grâce aisée, sa fraîcheur. Les portraits qu’il peignit ensuite furent durement accueillis par la critique, qui lui reprocha de chercher un agrément factice et de se contenter d’un travail bâclé. Cette décadence, que lui dissimulait l’engouement du public, fut peut-être exagérée par la presse. Quelques petits portraits du moins, celui d 'Émile Deschamps (1840), plusieurs de ceux qui furent réunis à Bagatelle, en 1912, donnent une idée encore très favorable du talent de l’artiste.
La conception romantique du portrait se rapproche évidemment de l’art britannique et quelques morceaux furent influencés par Reynolds ou Lawrence. Pourtant les Romantiques tendirent moins, que les Anglais, à concentrer sur le visage du modèle l’intérêt de leur ouvrage. Ils sacrifièrent moins à l’unité de lumière et, d’autre part, ils eurent, plus que les Anglais, le souci des vérités de détail. Le Fourier de Jean Gigoux « le meilleur portrait du Salon de 1 836 » au dire de l'Artiste 4 5, est romantique et fort peu anglais6.
Cette façon savoureuse de comprendre le portrait agit en
1. Baudelaire et Antonin Moine à Versailles. — Buonarotti a figuré au Salon d’Automne de 1912.