CHASSÉRIAU. APOLLON ET DAPHNE
(Collection Arthui' Chassériau.)
LE ROMA.NTISME
cience de lui-même, l’artiste allait se sentir comprimé dans les cadres ingresques : la graine d’aloès allait faire éclater le vase.
Dans une lettre décisive, écrite à Rome en 1840 et adressée à son frère, Chassériau exprime avec force les raisons de sa rupture avec Ingres. « Je regarde », écrit-il 1, « Rome comme l’endroit de la terre où les choses sublimes sont en plus grand nombre, comme une ville où l’on doit beaucoup réfléchir, mais aussi comme un tombeau... Quand on reste les yeux toujours tournés vers le passé on risque beaucoup de rester en ses œuvres dans une agréable béatitude qui vous endort... Dans une assez longue conversation avec M. Ingres, j’ai vu que sous bien des rapports jamais nous ne pourrions nous entendre. »
Et, dur pour le maître qu’il quittait et auquel, malgré tout, il devait tant : « pour lui », concluait-il, « c’est très bien, il restera comme un souvenir et une reproduction de certains âges de l’art du passé, sans avoir rien créé pour l’avenir. »
Il est impossible de s’exprimer avec plus de netteté. Entre Chassériau et Ingres, il n’y a point désaccord sur un point technique, la divergence est plus haute et plus essentielle ; elle porte sur le principe et la source même de l’inspiration.
L’objet que ce jeune homme de vingt ans propose désormais à son art, c’est la vie : terme magnifique. Ya-t-il traduire le spectacle de l’univers, l’activité, chaque jour renouvelée, de l’homme ? Oui, à certaines heures, ce fut là son dessein et, lorsque nous étudierons son œuvre monumental, nous le verrons à la recherche d’une formule objective et philosophique. Mais, si important que soit, en ce sens, son effort '2, il y est guidé par son intelligence plus que par son
1. Le 9 septembre 1840 in Valbcrl Chevillard, Chassériau , p. 42.