‹ Du romantisme au réalismeChapitre 109 sur 268 · Id. ibidem, p · texte numérisé non relu

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3. Id. ibid„ p. 224. Ces notes, par malheur, ne sont pas datées.

petite toile datée de 1846, Apollon et Daphné ', semble résumer la complexité de cet art. Le dessin s’appuie sur une ossature ingresque, mais, très étudié, il est en même temps très libre ; la couleur vibre en ondes nombreuses dominées par une tache magnifique d’un rouge vénitien. Par le moyen de ce dessin et de cette couleur, on devine, sans oser s’arrêter à une interprétation précise, que l'artiste a voulu fixer quelque pensée secrète, la suprématie de l’amour sur la gloire" ou plutôt les aspirations vaines d’une âme inassouvie.

Les contemporains, habitués surtout à discuter des problèmes techniques, lurent beaucoup moins sensibles à la personnalité de Chassériau que déroutés par la complexité et les retours perpétuels de son métier1 * 3. Ils lui prêtèrent le désir d’amalgamer les styles de Delacroix et d’Ingres 4 et ne virent que des efforts de dosage maladroit dans le travail par lequel l’artiste visait à souligner les nuances de sa pensée. Seul ou presque seul, Théophile Gautier, compréhensif et enthousiaste, fut séduit par ce qu’il y avait de précieux et de rare dans ce talent inquiet ; en toute occasion, il exalta Chassériau comme le plus remarquable artiste des générations nouvelles et salua en lui l’héritier présomptif

1 Collection Arthur Chassériau.

2. C’est l’interprétation que Marc Fournier donnait dans un sonnet médiocre, inspiré par une première traduction du même thème, et publié par l" Artiste en 1844 (4e série, t. I, p. 142).

3. Yoici, par exemple, l’impression que faisait sur Louis Peisse, au Salon de 1842, une Descente de Croix de Chassériau, aujourd'hui dans une église de Saint-Etienne : « Considérée dans l’ensemble, cette composition pèche surtout par le défaut d’unité de pensée, de style, de manière. On cherche en vain à discerner à quelle école, à quel maître, à quelle tradition cette peinture se rattache; il y a des velléités florentines, bolonaises, allemandes, mêlées avec les plus flagrantes inspirations de la couleur des ateliers ; elle n’est empruntée à personne sans appartenir pour cela à l’auteur. On n’y voit que des disparates. Ce qui est vrai du style ne l’est pas moins de l’exécution et de sa couleur » (Revue des Deux Mondes, Ier avril 1842, p. j 1 3) .

4. Dans les eaux-fortes d'Othello, l’Artiste, en 1 844» « trouve réunie à la couleur de Delacroix toute la fermeté de style de l’École d Ingres » (8 septembre 1844. P- 3a).

des génies en possession de la maturité. Le recul des ans venu, des écrivains perspicaces ont discerné ce que Gustave Moreau et Puvis de Ghavannes, ce que l’art moderne devaient au génie de Chassériau.

IX. — Malgré la valeur des artistes et des oeuvres que nous venons d’analyser les contemporains eurent l’impression, sous la monarchie de Juillet, d’assister à la faillite du Romantisme. Ils furent sensibles, plus que nous le pouvons être, aux défections éclatantes, aux exagérations et aux parodies de la doctrine. Leur indignation fut provoquée par des faits dont nous n’avons plus que de vagues témoignages : toiles extravagantes qui ont disparu sans laisser de trace, exentricités de costume et de langage de quelques rapins, violences de polémique. Ils virent la jeunesse, entraînée par des mouvements que nous allons bientôt étudier, se détourner du Romantisme. Dès i834, les œuvres romantiques n’apparaissaient plus dans les Salons qu'en nombre infime. Perdues parmi des toiles hostiles, elles ne formaient même pas un faisceau cohérent ; toutes contestables, quelques-unes étaient ou paraissaient être d’une ridicule faiblesse.

Bientôt le terme même de Romantisme fut couvert de discrédit. Musset déclarait, en 1 836, que « le temps n’était pas loin où le Romantisme ne barbouillerait plus que des enseignes »‘. Les novateurs évitèrent de porter une étiquette compromettante. Delacroix la répudia. Baudelaire ne faisait pas seulement preuve de perspicacité mais de courage, lorsqu’en 1846, il faisait l’éloge du Romantisme2. En 1848, Théophile Gautier se défendait d’employer un mot « auquel les disputes d’école avaient donné une signification presque ridicule3 ».

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