‹ Du romantisme au réalismeChapitre 110 sur 268 · La Presse, 10 mai · texte numérisé non relu

La Presse, 10 mai

Pour l’opinion la plus accréditée, le Romantisme n’avait été qu’une fièvre éphémère au cours de laquelle s’étaient manifestées quelques individualités brillantes mais isolées.

Nous avons vu combien un tel jugement était injuste.

Le Romantisme avait apporté une série d’affirmations essentielles, dont quelques-unes enrichissaient la cause générale de l'art, tandis que d’autres assuraient sa propre vitalité.

Pour Part tout entier, il était un agent libérateur1; il avait imposé l’individualisme avee ses périls et ses luttes et conquis « la liberté pour les organisations les plus diverses2 » ; parla il avait rendu les esprits plus compréhensifs et dirigé la curiosité vers les œuvres du passé ou vers les artistes étrangers.

Il avait donné les formes les plus absolues à la doctrine, toujours contestée et toujours défendue, de l’art pour l’art.

Il s’était montré amoureux de la vie et de la réalité et il avait ainsi acheminé certains esprits vers le réalisme.

Toute cette action le dépassait infiniment et quelquesunes des forces qu’il provoquait devaient se retourner contre lui. Mais il proclamait aussi le droit, pour une âme riche, sensible, repliée sur elle-même, de consacrer son activité à célébrer ses propres trésors, et ce droit que peu d’artistes étaient capables de revendiquer, qui ne pouvait, en aucune façon, devenir populaire, assurait la persistance de la tendance romantique, illustrée dans chaque génération par une poignée d’artistes d’élite.

Les conquêtes techniques n’étaient pas moins importantes. Le Romantisme avait réintégré le beau métier. Il avait défendu la liberté dans l'exécution comme dans la pensée,

i. L'Artiste, décembre 1 838 .

■i. Hippolyte Castille, Les hommes et les mœurs sous Louis-Philippe, i853, p. 317.

soutenu la peinture empâtée, contribué à un progrès général d’exécution dont les contemporains, sans lui en faire toujours l’honneur, furent presque tous touchés. Il apprenait à mieux voir et à traduire avec plus de finesse.

Surtout, par Delacroix, par Chassériau, il donnait une première application aux vérités scientifiques dégagées par Chevreul, tentait des méthodes toutes nouvelles et préparait les voies à l’Impressionnisme.

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