Au Musée de Saint-Etienne
uniquement d’obéissance formelle, la nature, le fond même de l’inspiration firent naître, chez les disciples les plus dociles, de très notables divergences.
Ingres prêchait le spiritualisme, mais ce spiritualisme était tout païen. Il encourageait à la méditation et conseillait la lecture. Mais c’était, avant tout autre, la lecture des classiques latins ou grecs *. L’idéal se révélait à lui par la pureté des lignes. Ses élèves restaient en conformité parfaite avec sa pensée, quand ils peignirent des académies ou des sujets antiques.
Ils se dégagèrent, au contraire, lorsqu'ils appliquèrent les formules qu’il leur avait enseignées, à exprimer une pensée religieuse sincère. Pour Chassériau, lorsqu’il représente Sainte Marie V Égyptienne ou le Christ au jardin des Olives , pour Amaury Duval, quand il raconte la vie de sainte Philomène, pour Mottez, pour Hippolyte Flandrin et Janmot surtout, l’art n’a plus un idéal uniquement plastique. Leur spiritualisme est chrétien, dégagé de la matière et étranger à elle. Par là ils diffèrent profondément d’Ingres.
Ils lui demeurent attachés par la technique. Les formules abstraites du maître se plient à leur dessein. Par lui, encore, ils vont vers les préraphaélites; séduits par leur sincérité, comme l’avait été Ingres, mais retenus aussi par leur foi.
La tradition est donc injuste qui considère Hippolyte Flandrin comme un pur séide d’Ingres. Il diffère essentiellement de son maître par le seul fait de ses sentiments chrétiens ; il a, nous le verrons, une part très personnelle dans l’histoire de la peinture monumentale. Sa facture même n'est pas un pur écho de celle d’Ingres.
1. H. Flandrin se faisait certainement l’écho de son maître quand il écrivait à son frère Auguste : « Travaille, élève ton esprit, pense au beau et au large, et si tu peux, lis. Je te le dirai toujours : on a besoin de renouveler, de retremper ses idées... Homère, Plutarque, Tacite, Virgile, ceux-là inspirent le beau que nous aimons. »