MOTTEZ. PORTRAIT DE FEMME ( I
(Collections nationales.)
LA PEINTURE ABSTRAITE
Dès Dante et Virgile dans le cercle des Indifférents ( 1 835) , dès le Saint Clair guérissant les aveugles ( 1 836) *, dans le Christ appelant à lui les petits enfants (1839), se manifeste une onction qui ne vient pas des leçons ingresques ; il y a, dans la composition, une sobriété dont Saint Symphorien n’offrait pas le modèle ; il y a, enfin, dans la couleur, un parti pris beaucoup plus net que le système, en réalité si flottant, d’Ingres.
Ajoutons que Flandrin est dans une position beaucoup moins assurée, beaucoup plus périlleuse qu’Ingres. Le maître poursuit un idéal unique vers lequel convergent tous ses soins. L’artiste chrétien doit concilier son respect de la forme avec les exigences de sa piété. Il faut, pour maintenir l’équilibre entre les droits de l’une et de l’autre, une fermeté qui fait le plus grand honneur à Flandrin.
IV. — L’équilibre a été rompu au profit de la pensée par d’autres artistes suscités ou encouragés par la réaction abstraite et sur lesquels Ingres n’a exercé aucune action. Ceux-là ont trouvé une autorité et des exemples auprès des Nazaréens allemands. Nous avons dit la réputation dont jouissaient alors en Europe Overbeck et ses disciples \ Leur préoccupation dominante avait été de régénérer l’art chrétien. Persuadés que le xvi0 siècle avait étouffé, dans la peinture, toute inspiration religieuse, ils s’étaient adressés aux précurseurs de Raphaël comme à des maîtres de sincérité.
Malheureusement, pour mieux se pénétrer du sentiment ingénu des trecentistes et des quattrocentistes, ils imitè-
1. Théophile Gautier, La Presse, 3o août i836. — Dante et Virgile dans le cercle des Indifférents, au Musée de Lyon; Saint Clair guérissant les aveugles, à la cathédrale de Nantes; esquisse au Musée d'Angers; Le Christ appelant à lui les petits enfants , au Musée de Lisieux.