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L'Enfer au Musée de Montpellier

4. « Le martyre de saint Polycarpe indique un esprit sérieux, savant et réfléchi sans inspiration personnelle. » Eugène Pelletan, Salon de 1841 [La Presse, 4 avril 1 84 1 )- — « Tout change et Chenavard succède à Michel- Ange » ( Le Salon caricatural , 1846, p. 12).

LA PEINTURE ABSTRAITE

Ce peintre médiocre qui peignait, non par tempérament mais par système, et proscrivait la couleur, parce qu’il la croyait hostile à l’idée l, était un esprit original et un brillant causeur. Ami de Delacroix, de Meissonier, de Théophile Gautier2, il amusait, séduisait et décourageait par ses paradoxes et ses rêves pessimistes. Les tableaux n’étaient, pour lui, que des exercices préparatoires et il passait le meilleur de son temps à établir et à consolider une théorie de l’évolution humaine, attendant l’occasion de la produire sur les murailles. Comme Orsel et Périn, nous le retrouverons dans notre étude de la peinture monumentale et l’on ne saurait s’étonner que des peintres, dédaigneux de l’agrément et inclinés vers la prédication, aient tendu à abandonner la peinture d’atelier pour l’art monumental.

Y. — Convaincus de la suprématie de la forme ou épris, avant tout, de l’idée, les peintres, que je viens d’évoquer, étaient trop caractérisés pour rallier à eux un grand nombre de partisans. Mais leur intransigeance répondait à une inclinaison générale des esprits et, sans réduire la peinture à d’impalpables abstractions, beaucoup d’artistes, à leur contact, baissèrent leur palette d’un ton. A Versailles, dans la peinture de batailles, c’est-à-dire dans le genre qui semble réclamer, plus que tout autre, le mouvement et le bruit, plus d’une page exsangue ou pâlie montre cette influence. Deux succès retentissants témoignèrent, en 1 843 et en 1847, l’ascendant des doctrines abstraites. En 1843, Gleyre avait les honneurs du Salon avec Le Soir de la vie 3 ; en 1847,

1. Théophile Silvestre, Les peintres vivants, 1878, Chenavard , p. 309.

a. Théophile Gautier [La Presse, 1 avril 1846).

3. Le soir de la vie, au Musée du Louvre ; Le combat de coqs, au Musée du Luxembourg. — Gleyre (1806-1874) avait déjà exposé en 1 838, une Jeune Nubienne (Musée de Lausanne) ; en 1840, un Saint Jean à Pathmos. 11 avait fait, auparavant, un long séjour en Egypte dont Charles Clément a raconté les péripéties parfois douloureuses (Ch. Clément, Gleyre, 1878). C’est en Egypte

Gérome exposait, au milieu du même enthousiasme, Le combat cle coqs. Les deux œuvres étaient fort différentes d’inspiration et de technique; leur succès tenait pourtant à des causes semblables. La limpidité apparente de leur conception, leur aspect décoloré, l’absence de couleurs vives et d’ombres fortes, le sujet ou le cadre antiques, séduisirent un public désireux de repos1.

Dans la toile de Gleyre, on aima à suivre un lieu commun développé avec une élégance poétique qui le renouvelait. La lumière blafarde, la tonalité grise parurent adaptées nécessairement au sujet. La critique ne pouvait, d’ailleurs, manquer d’estimer un ouvrage qui donnait un si joli prétexte à des développements littéraires2.

Le combat de coqs avait coûté à Gérome moins de méditations et de tâtonnements, mais le parti pris en était plus net. Le sujet moins accessible à la foule, moins séduisant, était délicat et respirait un parfum d’anthologie3.

Avec un moindre retentissement, Jalabert marquait des tendances analogues dans Virgile , Horace et Varius chez Mécène, au Salon de 1847 4-

que, malade, le sujet du Soir lui serait apparu en i835 comme en une hallucination.

1. L. Peisse. Salon de 1843 [Revue des Deux Mondes, i5 avril i843, p. 256 sqq).

2. Gleyre exposa, en i845, le Départ des Apôtres, grande composition où il visait la puissance de la forme et de la pensée (Église de Montargis ; esquisse au Musée de Lausanne) ; en 1846, la nymphe Echo morceau très simple, d’un sentiment délicat. Quand Delaroche partit pour Rome, en i843, il lui confia la direction de son atelier. Très aimé de ses élèves, il leur enseignait la crainte de la couleur. C’est pourtant de son atelier que sortirent quelquesuns des plus illustres révolutionnaires de la dernière partie du xixe siècle.

3. L année suivante, en 1848, Gérome allait exposer un Anacréon (aujourd’hui au Musée de Toulouse), dont le succès fut médiocre, bien qu’il présentât, peut-être, plus de nouveauté véritable. Le paysage présente des indications que Gérome n’a pas développées par la suite et qui ont une analogie singulière avec l’art de Bœcklin.

4. Au Musée de Nîmes. Voir aussi une Odalisque (Salon de 1842) et La Madeleine (Salon de 1843), au Musée de Carcassonne.

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