AKV SCHEFFER. — LE CHRIST CONSOLATEUR
LA PEINTURE ABSTRAITE
Aucune de ces trois œuvres ne portait l’empreinte d’Ingres et Ingres aurait formulé, sans doute, sur elles les réserves les plus graves. Gleyre, sorti de l’atelier d’Hersent, s’était formé seul; Jalabert et Gérome étaient élèves de Paul Delaroche. Ces origines diverses soulignent pour nous l’extension et la force du mouvement.
Les sujets, sur lesquels les trois artistes avaient triomphé, montraient, d’autre part, jusqu’à quel point l’antiquité avait retrouvé son prestige. Elle s’imposait, de nouveau, aux esprits, mais nous avons vu, dans le précédent chapitre, qu’elle n’était plus associée à une cause unique et qu’elle avait servi les Romantiques mêmes. Elle reparaissait, d’ailleurs, ici, transformée et rajeunie. Elle avait dépouillé ses allures héroïques et ne servait pas non plus de prétexte à de correctes académies. On croyait la toucher de plus près, on pénétrait dans son intimité1 et, en cela, il y avait quelque chose de romantique.
On prétendait aussi la connaître davantage et l’on se targuait des scrupules historiques précis dont Ingres avait donné l’exemple dans la Stratonice.
Cette double tendance, anthologique et archéologique devait, après 1848, présider aux travaux des néo-grecs 2.
VI. — La réaction abstraite, par sa nature absolue, n’était pas susceptible de se généraliser. Des esprits jeunes, à qui elle fut enseignée, s’y dérobèrent. Nous avons raconté, en leur lieu, la défection éclatante de Chassérieau et les écarts ! de Guichard3. D’autres élèves d’Ingres, sans aller jusqu’à une
1. Déjà Gérard dans Psyché et dans Daphnis et Chloé, et Guérin, si 1 Anacréon de Dijon lui appartient, avaient montré de semblables velléités; Sigalon, en 1 834 , exposait un sujet anacréontique.
2. Hamon était, en 1 843 , dans l’atelier de Gleyre. Picou (i824 i8951, élève \ également de Gleyre, débuta, dès 1847, avec Les Enfants du Nil (Le Temps,
ïi juillet 1895).