Alfred de Musset, Salon de i83i
2. Alfred de Musset était, évidemment, conduit à celte doctrine par ses théories littéraires et sa rupture avec le Romantisme.
3. Pour donner une idée du diapason auquel s’élevaient ces apologies, voici en quels termes on caractérisait, dans la Revue de Paris en mai 1 83 1 . p. 3 1 4 ,
| « le talent si beau et si complet de Delaroche, élevé si haut au-dessus de I tous les préjugés de secte et d’école,... Science du dessin, étude profonde du I coloris, pensée haute et poétique qui domine toujours l’ensemble de l’outvrage, nous trouvons tout cela dans M. Delaroche. »
4- « Si l’ancienne école nous rebute par son impuissance, la nouvelle nous '■pouvante par ses écarts; nous ne voudrions pas reculer jusqu’à la première, jnous ne pouvons pas nous lier à la seconde, » écrivait Louis Peisse, dans le National du 4 mai i83i, aussi exaltait-il Schnetz et donnait-il son adhésion ! n u « bon système de peinture » de Paul Delaroche.
jamais plus tendres envers Delaroche ou Yernet que lorsqu’ils venaient d'accabler Delacroix et Ingres.
En face de tous ces apologistes, l’attitude de ceux qui soutenaient les droits de l’art pur et du génie était assez embarrassée. Il était loisible, dans une tirade, dans un aperçu général, de vilipender les favoris de la foule et de leur dénier tout talent1. On pouvait encore démontrer que Delaroche avait surpris la confiance publique 2 3 et expliquer, comme nous avons essayé de le faire, les raisons étrangères à la peinture à quoi il devait sa popularité. Decamps, Thoré, Théophile Gautier n’ont pas manqué de le faire. Mais, chaque année, aux Salons, si certaines œuvres des peintres honnis appelaient une condamnation totale, il en était d’autres qui avaient un mérite incontestable et qui exerçaient une séduction à laquelle on ne pouvait se dérober sans parti pris. Les meilleurs défenseurs de Delacroix étaient contraints, certains jours, à adresser des éloges au juste milieu. Des jeunes artistes distingués comme Flandrin 8, comme Fromentin4, se laissaient séduire au premier aspect par des toiles dont ils ne mesuraient la valeur réelle qu’à l'analyse. L’action du juste milieu s’étendait hors de France. Il envahissait la Belgique dont les meilleurs artistes se mirent à l’école de Delaroche. Par la Belgique, il allait s’imposer en Allemagne.
i. Ainsi Gautier qui, dans la Préface de Mademoiselle de Maupin (i835), se ■ moque des gens capables de « prendre le Pirée pour un homme et M. Delaroche pour un peintre ». Voir aussi l’éreintement de Yernet par Laurent Jan. Salon de 1839. p. 6 sqq.
a. n 11 ne faudra pas oublier, écrit Gustave Planche dès i83i, que MM. Paul Delaroche et Léopold Robert ont surpris la bonne foi publique, et qu’ils ont dû à la clarté apparente de leurs compositions, au mérite superficiel et sai-j I sissable du premier coup, un éclatant succès » ( Salon de i83i, in Eludes sui l'École française, p. 169). Voir, parmi d autres, Le Go, Salon de 1 834 danfl j la Revue de Paris , avril i834, pp. 199-200. etc.
3. n Cela m a séduit au premier aspect », écrit H. Flandrin au sujet des! j toiles de Vernet exposées en i83g, « par une certaine vie et par la manièri < claire et simple dont l’action est présentée, mais à l’analyse cela redescenc sensiblement. » Cité par Delaborde, //. Flandrin, p. 297.
4. Fromentin, dans son Salon de 1 845 , fait un grand éloge de \ernet.
LE JUSTE MILIEU
Tout semblait ainsi concourir à la fortune du juste milieu, mais cette fortune devait être éphémère. En fondant leur gloire sur l’opinion, Delaroche et Yernet ont bâti sur le sable. Leurs admirateurs inconscients les ont bien vite oubliés, ils ont salué d’autres renommées tout aussi peu durables. Les préoccupations publiques, les engouements ou les modes qu’ils avaient exploités ont changé de nature ; réduits à leur mérite réel, il leur faut subir les jugements réfléchis qu’ils avaient dédaignés tout d’abord. Si profonde que soit leur chute, ils tomberont plus bas encore. Les grandes machines subiront un total oubli. Seules quelques toiles de dimensions modestes protégées par le soin avec lequel elles furent écrites garderont — au second rang — une place dans l’estime des connaisseurs.