‹ Du romantisme au réalismeChapitre 139 sur 268 · Delaborde, L'académie des Beaux-Arts , p · texte numérisé non relu

Delaborde, L'académie des Beaux-Arts , p

2. Voir, de Garnier, un portrait du Cardinal Maury (Salon de 1 836) au Musée d’Avignon.

et oubliés, s’étaient retirés de la lutte. Guérin, le plus intelligent, le plus souple, avait toujours été paralysé par une santé débile et fut surpris par la mort, en 1 833 , tandis qu’il travaillait à une Mort de Priam. Cette toile inachevée fait grand effet au Musée d’Angers où elle est conservée ; elle aurait été capable de relever, pour un instant, le drapeau de l’Ecole, si elle avait été terminée et exposée1.

Guérin mort, Gérard, découragé, renonçant môme à paraître dans les Salons2 3 4 5, le poids de la défense de l’Ecole retomba sur le seul Gros. « Ce fils de Rubens qui eut bien le triste courage de résister à toute cette magie vers laquelle il inclinait en secret ! » s’épuisa à accomplir la mission dont David l’avait accablé. Pénétré de remords au souvenir de ses chefs-d’œuvre anciens dont les Romantiques invoquaient l’autorité \ il se refusait désormais à traiter un de ces sujets « dont la pratique », selon l oracle pesant de Quatremère cl e Quincy, « dans un de ses principaux points (comme par exemple de dessin), n exige de l'artiste ni la science profonde des proportions poétiques et des variétés de formes idéales du corps humain, ni l'expression des innombrables affections de l'àme* ». Il se déroba, par une lettre demeurée célèbre, à la commande d’une bataille d Iéna pour Versailles parce que « ayant déjà fait tant de tableaux de ce genre » il ressentait « la nécessité de s’en reposer par des sujets plus analogues à l’étude de l’art 6. »

i. Elle fut exposée, en 1846, à lexposition de la Galerie Bonne-Nouvelle au profit de 1 Association Taylor. Guériu. d ailleurs, sacrifiait aussi au goût du jour et il laissait, également ébauché, un Saint Louis rendant la justice, au Musée d'Angers.

а. E.-J. Delécluze, David, p. î85.

3. Delacroix, Prudhon {Revue des Deux Mondes, ier novembre 1846).

4. « N en doutons pas », écrivait Y. Schœlcher dans l'Artiste en 1 83 1 , t. I, p. an, « c'est dans Napoléon sur le champ de bataille d’Eylau qu est la naissance de l’Ecole romantique. »

5. Notice sur Gros dans la Suite du Recueil de Notices, 1837.

б. Delestre, Gros, p. ag5.

Son effort pour la défense de l’orthodoxie fut triplement malheureux. Professeur, il croyait prêcher une sévère doctrine, et ne communiquait qu’une rhétorique sommaire. Il enseignait l’abus du vermillon et des enluminures faciles. Parmi la foule qui, jusqu’au dernier moment, se pressa dans son atelier, on ne rencontre, à côté des médiocres et des inconnus, pas un jeune homme de talent auquel il ait transmis ses principes. Mais un de ses élèves, Boissard, devait lui emprunter des réminiscences à'Eylau ’, et nous verrons, dans un instant, le parti que Couture et Muller tirèrent des recettes qu’il leur avait livrées.

Membre de l’Institut, il aurait pu exercer une haute autorité sur ses collègues, sur les juges, mais il compromettait cette action par une brusquerie morose qui l’isolait1 2.

Comme peintre, enfin, on connaît sa fin lamentable. Après les tristes plafonds du Musée Charles X, après une faible idylle mythologique 3 au Salon de 1 833, il voulut, pour le Salon de 1 835, élaborer une œuvre où serait résumée et mise en valeur la doctrine davidienne. C’était une entreprise analogue à celle d’Ingres, dans le Saint Symphorien, et c’était un peu, aussi, une réponse orthodoxe aux hérésies ingresques. Ainsi fut composé le monstrueux Diomède 4 5.

La critique qui, jusqu’alors, avait témoigné de la déférence envers un artiste glorieux et vieilli, releva, d’une façon impitoyable, le défi lancé d’une main débile. Les classiques n’osèrent défendre leur champion imprudent4. Gros, désespéré, se suicida.

La cause était jugée devant l’opinion. Personne ne se

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