es Beaux-Arts , édites par Curmer, t. III. p
4- Une partie de leurs travaux ont été commandés par la Préfecture de la Seine, mais il est évident que ni M de Bondy. ni Piambuteau son successeur, ni la commission municipale n agissaient contre les désirs du gouvernement.
LES CONDITIONS SOCIALES
nement a eu d’autant plus de mérite à les soutenir que l’Institut et une partie de la presse l’encourageaient à une attitude toute contraire.
L’examen des livrets du musée du Luxembourg vient confirmer ces observations1. Delacroix, Delaroche, Eug. Devéria, Robert Fleury, Ingres, Schnetz, Ary Scheffer, Sigalon y figurent en i83o. En i834, parmi les nouveaux, à côté de Biard, Jolivard ou Steuben, je vois Brune, Dauzats, Larivière, Odier, Poterlet, Rioult, Henri ScliefFer, Ziégler ; Delacroix, à cette date, a trois tableaux ( Dante et Virgile, les Massacres cle Scio, les Femmes d'Alger), Ary Scheffer en a deux [les Femmes souliotes, le Larmoyeur ). En 1 8 3 6 , les nouveaux sont moins intéressants, je relève les noms de Decaisne et Gallait ; Beaume, Redouté et Rémond qui avaient disparu depuis 1 83 a rentrent en scène avec des œuvres nouvelles ; par contre, Ingres qui n’avait qu’un petit tableau (Roger délivrant Angélique ) ne figure plus dans la galerie. Les années suivantes virent entrer des œuvres de Clément Boulanger, de Champmartin, de Couture, de Glaize, de Gleyre, des deux Hesse, de Jalabert, d’Alfred Johannot, des paysages d’Achard, d’Aligny, de Gabat, de Paul Huet. Ingres reprit place avec la Remise des clefs à saint Pierre et Cherubini.
Sans doute ce relevé accuse des lacunes déplorables, les paysagistes novateurs sont presque tous éliminés. On s’explique mai l’absence de Decamps. Pourtant il faut reconnaître que les tendances les plus diverses ont été admises. L’art traditionnel, loin de régner en maître au Luxembourg, y est, à peine, mieux représenté que ses rivaux2.
i. On en trouvera la bibliographie dans le Catalogue de i863.
i. Philippe de Chennevières, dans la préface du catalogue du musée du Luxembourg et M. Léonce Bénédite, ont esquissé lhistoire de ce musée. Une monographie complète reste à écrire. Elle offrirait le plus haut intérêt et éclairerait aussi l’histoire de nos collections provinciales.
VI. — La bourgeoisie est devenue la classe dominante. Ses membres les plus distingués se piquent de goût et les deux hommes qui la représentent peut-être le mieux, Thiers et Guizot, n’ont pas seulement été des amateurs : ils ont été, à leur heure, des critiques d’art. Guizot a écrit, en 1810, un Saion remarquable et, en 1816, un curieux Essai sur les limites qui séparent et les liens qui unissent les Beaux-Arts' . Quant à Thiers, on sait qu’averti par Gros il salua, en 1822, la gloire naissante de Delacroix", et l’on n’ignore pas qu’il fut, toute sa vie, un protecteur actif, sinon toujours très éclairé, des arts1 * 3 4.
La bourgeoisie, en général, est moins passionnée pour le beau cpie ses deux chefs ; les plaintes sont générales que provoque son avarice; pourtant la majorité des artistes, ne pouvant escompter les commandes royales, sollicite son appui et elle exerce sur la production irlistique une influence prépondérante.
Elle lait, tout d’abord, prédominer le tableau de chevalet. Rares sont les amateurs ayant une galerie et, surtout, une galerie où les œuvres de grande-' dimensions puissent prendre place. Les bourgeois achètent des cadres pour les accrocher dans leurs salons Les peintres se trouvent donc amenés a délaisser les grandes toiles ou à ne les aborder • pie sur commande. Quand il> ne travaillent pas pour lÉtat, ils exécutent des toiles de chevalet. « Dans nos démocraties modernes », écrit Alexandre Barbier1, «où les richesses sont éparpillées, où la toute-puissance réside de fait dans les classes moyennes, il faut, bon gré mal gré, que fart
1. Les deux opuscules ont été réimprimes dans les Essais sur les Jleau-r- Arts en général.
a. Léon Rosenthal. La Peinture romantique, p. 92.
3. Jean Gigoiix, Causeries sur les artistes de mon temps, p. a35 ; — Amaury Duval. £ Atelier d' Ingres. p. 3).
4. Salon de i836. p. 38. Même idée dans 1 Artiste, 1 844 - p. 162.
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s’accommode au goût des nouveaux maîtres, qu’il se rapetisse au niveau de leur fortune, qu’il se proportionne à l’exiguïté de leurs demandes sous peine de mourir à l’hôpital. »
Les artistes ne se résignent pas sans regret à cette nécessité. Depuis David, ils sont habitués à ne pouvoir exprimer la moindre pensée, ni traduire la plus simple forme sans user de proportions colossales; le préjugé public mesure l’envergure des œuvres à leurs dimensions et on ne cherche pas de la grande peinture sur des petites toiles. Aussi ne manque-t-il pas de critiques pour déplorer ce fait social et pour en annoncer les pénibles conséquences. « Ce qui était jadis le partage de quelques-uns est devenu », écrit-on en 1839, « la prétention de tous ;... dorénavant n’attendez rien de grand de vos artistes.., ce sera la moyenne propriété qui paiera, et on lui en donnera pour son argent.., vous aurez du petit, du joli, du soigné et du bien conditionné ; mais du grand, jamais '. » « Le goût des grands ouvrages, le goût du grand style », dit-on encore, « s’affaiblit de plus en plus1 2. »
Il est clair que l’on confond ici deux phénomènes concomitants mais distincts. Un salon exigu n’entraîne pas nécessairement des goûts mesquins ; mais il est vrai, que dans le temps que nous étudions, les goûts mesquins se sont souvent rencontrés chez les possesseurs de salons exigus.
Pour un amateur intelligent comme Paul Périer, protecteur de Théodore Rousseau, il se trouva trop d’acheteurs peu raffinés auxquels suffisaient des œuvres d’une technique médiocre et d’une conception vulgaire. De telles œuvres se