Rapport sur les envois de Rome, j 833, p
paroles de sang, lave pour le sabbat la jeune fille nue. »
Si de pareils écarts furent rares, plus d’une fois l’Académie se lamenta de voir « certains sujets choisis de préférence et traités d’une manière qui décelait un secret espoir de les placer plus facilement que des ouvrages d'un style plus sérieux ». Elle eut fort à faire pour préserver « notre jeune école contre l’influence des succès de l’industrie et des séductions du mauvais goût 1 ».
A tant de raisons de faiblesse vinrent s’ajouter, enfin, des querelles intestines. Celles-ci ne furent le fait ni de Vernet, ni de Delaroche, élus par un libéralisme auquel l'Institut renonça par la suite et qui, isolés, sans doctrine nette, sans énergie, se consolèrent facilement de leur impuissance 2.
Mais, en 1820, l’Académie avait appelé à elle Ingres. Elle avait, à ce moment, surmonté d'anciennes préventions par l’espoir d’un concours énergique contre le Romantisme. Elle craignit, après iS3o, de s’èlre donné un maître.
Ingres avait acquis une grande autorité, mais il n’avait pas renoncé à ses vues personnelles, et son autorité servait, non l’Académie, mais ses doctrines propres. Son atelier était entré en lutte ouverte avec celui de Gros. Hippolyte Flandrin, dans une lettre du ier novembre i83o, montre le plus grand dédain pour les tableaux du maître rival. « Ils nous déplaisent », explique-t-il « parce que, sans compter le dessin qui est des plus faibles, on n’y trouve point de masse, point d'effet. Beaucoup de clinquant et de brillant qui saute à l’œil, voilà tout. J’y trouve une grande adresse de main, mais ce n'est pas celle qui convient, puisqu’elle ne rend pas la nature qui est beaucoup plus tranquille3. » Des
1 . Raoul Rochette. Rapport du 28 septembre 1844 sur les envois de Rome de i843.
2. Horace Vernet, pourtant, comme directeur de l’Ecole de Rome, eut quelques démêlés avec ses collègues mais sans importance réelle.