‹ Du romantisme au réalismeChapitre 150 sur 268 · Chapitre ix · texte numérisé non relu

Chapitre ix

années précédentes, attiré l’attention de la critique. L'Orgie vénitienne, en 1840, L'Enfant prodigue , en 1841, le Trouvère, en 1843, l'Amour de l'or, en 1 844 avaient été remarqués, louangés, discutés, sans que le nom de l'artiste arrivât jusqu’au grand public pour qui le tableau de 1847 fut une soudaine révélation.

Dans le même temps, un autre jeune peintre, camarade de Couture dans l’atelier de Gros, Charles Muller, par un Héliogabale, en 1841, par une Descente de croix et une Entrée du Christ à Jérusalem , en 1844? avait tenté, avec moins de bonheur, de forcer la renommée. Il devait, après un dernier effort1 2, avoir son jour, trois ans plus tard, en i85o, avec Y Appel des dernières victimes de la Terreur.

Un désir passionné de gloire ou de bruit animait Couture et Charles Muller. Ils escomptaient l’attrait de sujets tapageurs et les ressources d’un art spécieux. Leurs panégyristes reconnaissaient qu’il y avait, dans leurs œuvres, du clinquant et du faux aloi. Mais leur talent était indéniable et, par quelques-uns de leurs défauts mêmes, ils pouvaient se réclamer d’une tradition française ancienne. Ils étaient, en outre, servis par des circonstances favorables.

Le goût des grandes compositions d’un caractère emphatique et théâtral s’est manifesté en France à tant de reprises qu’il paraît s’accorder avec un besoin essentiel du génie national. Des artistes qui étaient éloignés par leur tempérament d’un vain étalage, comme Poussin et Lesueur, y ont parfois sacrifié. Le Brun s’y est adonné sans réserve. A la suite de Jouvenet, les artistes du xvm0 siècle avaient pratiqué, à l’envi, la grandiloquence. Gros, le maître de Couture et de Muller, y avait trouvé l’expression naturelle de son génie. La Renaissance de la peinture monumentale contri-

1. L’Enfant prodigue au Musée du Havre. — h’ Amour de l'or au Musée de Toulouse. — Les Romains de la Décadence au Louvre.

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