CHAPITRE VII LE PAYSAGE
I. L’École impériale. — II. Les novateurs. — III. L’essence du paysage romantique. — IV. L’apport du paysage romantique. — V. Le paysage néoclassique. — VI. L'apport du paysage néo-classique. Corot. — VIL La tendance réaliste. — N III. L'orientalisme. — IX. Les auimaliers. — X. Les Heurs, les marines, les montagnes.
Pessimistes ou inquiets sur tant d autres points, les critiques de la monarchie de Juillet reprenaient confiance lorsqu’ils examinaient le développement du paysage. Avec Gautier, il leur semblait que, jamais, l’école du paysage n’avait été plus forte et plus savante1; c’était le genre qui tendait à dominer2. L’avenir qui, par ailleurs, a démenti des craintes vaines, a continué ces jugements. Nulle gloire n’est aujourd’hui mieux établie que celle de Rousseau, de Dupré ou de Corot. Nous n’espérons pas ajouter à leur renom ; mais nous essayerons d’analyser les forces et les mouvements complexes qui ont présidé à l’évolution du paysage et nous montrerons, aussi, quels liens étroits rattachent cette évolution à la marche générale de la peinture française.
1. — Nous imaginons volontiers que. du jour où Paul Huet eut planté son chevalet dans l ile Séguin, les paysagistes de
t. Théophile Gautier. Salon de 1840 ( La Presse, 27 mars 1840).
2. L Artiste, t836. p. 25. — « Le paysage est véritablement la peinture de notre époque » Eug. Pelletan. Salon de 1841, La Presse, 5 mai 1841- — Hippolyte Flandrin visitant le Salon de 1842, éprouvait un semblable sentiment (Lettre du 24 mars 1842. in Delaborde. //. Flandrin, p. 334b
LE PAYSAGE
l’École impériale disparurent par enchantement. Gomme nous avons éliminé leurs noms de nos mémoires et relégué leurs toiles dans des greniers1, nous les supprimons volontiers de l’histoire. En réalité, en i83o, l’École impériale régnait encore d’une façon presque incontestée ; elle continua à produire, avec éclat, pendant toute la monarchie de Juillet. J. -Y. Bertin vécut jusqu’à 1842, J. -X. Bidauld disparut en 184a, Rémond ne devait s’éteindre qu’en 1875. Ces maîtres avaient des sectateurs, des élèves, des admirateurs. Le père de Fromentin exigeait de son fils, en 1843, qu’il prît des leçons de Rémond, et Béranger vantait au jeune Chintreuil les paysages de Valenciennes , de Michallon et de Bertin 2.
Des peintres nombreux continuèrent donc, par tempérament, par routine, par condescendance envers les habitudes du public, à se conformer aux doctrines exposées par Deperthès en 1 8 1 8 3 . Persuadés, comme l’avaient été les Davidiens de la prééminence de l’homme, ces paysagistes singuliers n’aimaient pas la nature; ils ne soupçonnaient pas qu’elle eût une vie propre, et ne cherchaient pas à l’interroger. Ils ne voyaient, en elle, qu’une architecture, ou un décor.
Un paysage pur n’aurait pas offert à leur gré un intérêt assez vif; pour retenir l’attention, il fallait que l’homme y marquât sa présence : des fabriques, des déesses ou des nymphes, desépisodes mythologiques ou historiques venaient
1. Ils occupent pourtant, encore, une large place dans les musées de pro- ! vince. Voir, par exemple, de J. V. Bertin, une Vue du mont Piéric (Salon de
1889) au Musée d’Autun et deux Paysages au Musée de Lille ; de Rémond, Ulysse et Nausicaa (Salon de i83i) et Vue du pont de la Crèvola (Salon ide i833) au Musée de Nantes, Vue d’une vallée des Vosges (Salon de i836) au Musée de Chartres, La mort d'Abel (i838) au Musée de Montpellier, Vue de Naples (1839) au Musée de Perpignan, Elie sur le mont Carmel (Salon de 1841) au Musée de Reims, Marius à Minturnes au Musée d’Angers ; de Watelet, Vue d'une partie de la ville de Lyon (Salon de i836) au Musée d’Aix, Paysage dans les Vosges (Salon de i83g) au Musée d’Amiens...
2. Champfleury. Souvenirs et portraits de jeunesse, 1876, XXVI, p. i65.