Album du Salon de 1843, p
LES CONDITIONS SOCIALES
ignore, daignez le lui apprendre1 2... et ce n’est pas là un acte de pure bienveillance qu’on vous demande. Vous êtes bien autrement intéressés dans la question : il y va pour vous de la vie ou de la mort... Les fortunes sont amoindries. Les communautés religieuses ont disparu... aujourd’hui la municipalité règne seule et la municipalité est faite avec le public. ., elle ne comprend pas encore l’utilité de l’art. Si vous vous tenez dans l’isolement et dans l’ombre, vous laisserez l’art se perdre, vous faillirez à votre cause. »
« Aujourd’hui cjue l’art se modifie et tend à descendre dans la famille », lit-on par ailleurs ", « aujourd’hui qu’il veut se plier à nos mœurs et à notre vie nouvelle, c’est le public qui doit lui servir, en quelque sorte, de Léon X, de Médicis et de Napoléon. »
La multiplication des portraits est une des conséquences les plus saillantes du mécénat bourgeois. Il n’est point nécessaire d’aimer l’art pour désirer une image peinte. La vanité, l’égoïsme, l’amitié ou l’amour y conduisent suffisamment. « Le bourgeois qui a son portrait à l’huile, méprise son voisin qui a son portrait à l’aquarelle ; il ne rend pas le salut à celui qui a son image en lithographie3 4 5. » Au salon de 1 834 il y a 65o portraits il y en a 5oo, sur 2 000 ouvrages exposés, en 1 84 1 s, 673 en 1 844 6 • Ce débordement provoque d’amusantes colères contre les bourgeois, leurs goûts, leurs figures et leurs costumes : « Notre frac moderne », prétend
1. [Le bourgeois] « ne demanderait pas mieux que d’aimer la bonne peinture, si ces messieurs [les critiques] savaient la lui faire comprendre et si les artistes la lui montraient plus souvent ». (Baudelaire, ibidem.) — Voir surtout la remarquable apostrophe « au bourgeois » qui sert d introduction à son Salon de 1846.
2. Annet et Trianon, Examen critique du Salon de i833, p. iv.
3. Maurice Alhoy, Les séances de l atelier [Musée pour rire, 1839).